À l’aube de la célébration de la 60e Fête Nationale de la Jeunesse, L’École Citoyenne et Politique de Yaoundé (ECPY), institution de référence fondée et dirigée par l’Honorable Vincent de Paul Emma Etoundi, a organisé une « Classe Foraine » d’envergure sur une thématique brûlante : « Migration des jeunes : comprendre les risques pour mieux choisir son avenir ». En partenariat avec l’OIM Cameroun, le Réseau LeADER et l’Observatoire de la Presse Étrangère Nationale, cette journée d’échange a réuni plus de 150 jeunes, experts et acteurs de la société civile pour déconstruire les illusions de l’exil et valoriser les opportunités locales.
Un contexte mondial sous haute tension L’introduction des travaux a rappelé une réalité historique : la migration est inhérente à la civilisation humaine. Cependant, depuis la fin de la Guerre froide, elle est devenue un enjeu géopolitique majeur. Les chiffres cités durant la session donnent le tournis : de 84 millions en 1970, le nombre de migrants internationaux a bondi à 281 millions aujourd’hui.
Si l’exode vers l’Europe semble massif dans l’imaginaire collectif — avec par exemple une multiplication par 28,5 du nombre d’immigrés d’Afrique subsaharienne en France entre 1962 et 2004 — les experts ont rappelé que la grande majorité des humains vivent toujours dans leur pays de naissance. C’est la (sur)médiatisation des tragédies en Méditerranée qui alimente l’angoisse mondiale et la radicalisation des politiques migratoires en Occident.
Déconstruire la dialectique « Push-Pull » Au cœur des débats, le modèle théorique de la migration a été disséqué pour les participants :
Le « Push » (La Poussée) : Les facteurs économiques, l’insécurité ou le manque de perspectives qui repoussent les jeunes hors du Cameroun.
Le « Pull » (L’Attraction) : Les conditions de vie supposées idylliques en Occident (protection sociale, emploi) renforcées par le « mythe migratoire » entretenu sur les réseaux sociaux.
L’honorable Vincent de Paul Emma Etoundi et les intervenants ont mis en garde contre les réseaux d’exploitation et les programmes de bourses douteux, à l’instar du scandale Alabuga, qui piègent les jeunes diplômés dans des réseaux de traite ou de précarité extrême. Face à la « Migration Choisie », le pari du co-développement L’article de fond de cette Classe Foraine a souligné la radicalisation des politiques en Europe. Entre la fortification des frontières prônée par l’extrême droite et la politique de « l’immigration choisie » (visant à ne sélectionner que les cerveaux et les techniciens qualifiés), le jeune Africain se retrouve souvent soit rejeté, soit instrumentalisé.
Face à cette « fuite des cerveaux » qui agit comme une démission collective du projet de développement de l’Afrique, l’ECPY propose une troisième voie : trouver l’Eldorado chez soi.
« L’Afrique regorge d’énormes ressources. La fuite de nos forces vives est un frein direct à notre émergence », a martelé un expert du Réseau LeADER.
Les temps forts de la journée : Experts et Témoignages La méthodologie de la Classe Foraine, mêlant leçons magistrales et récits de vie, a permis une immersion totale.
Panel I : Les figures mouvantes du migrant clandestin Sous la direction du Pr Marc Luciani Ewodo Mbele, ce panel a exploré les difficultés d’intégration en Occident, souvent marquées par un repli identitaire ou une assimilation douloureuse. Le Pr Nicolas Yebega Ndjana a analysé comment le migrant se perd parfois entre deux cultures.
Panel II : Miser sur l’Afrique Animé par Wonouvo Kossi Gnagnon, ce volet a mis en lumière l’action des pouvoirs publics (via le MINJEC) et le rôle crucial de la société civile pour l’insertion des jeunes. Un moment fort a été le témoignage d’anciens migrants, revenus au pays après des périples traumatisants, pour encourager leurs cadets à investir localement.
Des résultats concrets pour la jeunesse L’objectif de l’Honorable Vincent de Paul Emma Etoundi était clair : outiller les jeunes pour qu’ils ne soient plus des victimes passives des réseaux de passeurs. Au terme de l’atelier, plusieurs résultats ont été enregistrés :
Une meilleure compréhension des risques invisibles (traite, isolement, précarité).
Une capacité accrue à analyser de manière critique les offres migratoires « trop belles pour être vraies » sur Internet.
La mise en avant de l’entrepreneuriat local comme alternative viable.
L’engagement citoyen comme boussole En clôturant les travaux, le Pr Frank Ebogo a rappelé que l’ECPY, fidèle à son plan d’action 2026, continuera de former des citoyens conscients et responsables. En choisissant de rester et de bâtir, les jeunes ne sauvent pas seulement leur vie ; ils sauvent l’avenir du continent.
La Classe Foraine du 29 janvier n’était pas seulement une leçon académique, mais un véritable acte politique et patriotique, rappelant à la jeunesse camerounaise que l’avenir ne se trouve pas nécessairement au bout d’un voyage périlleux, mais souvent au bout d’un effort collectif sur la terre de leurs ancêtres.