8 mars 2026
Thème.- Pour TOUTES les femmes et les filles : Droits, justice et action
La Commission souligne que négliger l’importance de la Journée internationale de la femme (JIF) ou la boycotter reviendrait à affaiblir la visibilité des enjeux liés à l’inégalité et à l’inéquité, à renforcer les inégalités et écarts en matière de genre et à invisibiliser les défis persistants auxquels les femmes sont confrontées, notamment la discrimination, les violences basées sur le genre et l’accès inégal aux ressources de production autant qu’au pouvoir ; qu’un tel désengagement risque de fragiliser le plaidoyer en faveur des Droits des femmes, de freiner leur autonomisation et d’éroder la solidarité mondiale en faveur de l’égalité, dans la mesure où les sociétés qui ne font pas de ces enjeux une priorité sous-estiment les contributions, les compétences et le potentiel de plus de la moitié de leur population, ralentissant ainsi le progrès social, économique, démocratique et culturel.
La Commission accueille favorablement le thème retenu par l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour la célébration de la 41e édition de la Journée internationale de la femme (JIF), à savoir Pour TOUTES les femmes et les filles : Droits, justice et action, un thème qui souligne l’urgence de garantir à chacune des Droits effectifs, une justice équitable et des actions concrètes – notamment par la lutte résolue contre les inégalités persistantes et les obstacles structurels – tout en promouvant l’égalité, la redevabilité et une autonomisation durable.
La Commission rappelle que le préambule de la Constitution du Cameroun du 18 janvier 1996 énonce, en son paragraphe 4, que « le peuple camerounais proclame que l’être humain, sans distinction […] de sexe […] possède des Droits inaliénables et sacrés » et ajoute, en son 17e tiret, que « [l] a nation […] protège la femme », consacrant de la sorte le principe d’égalité et reconnaissant le rôle essentiel que joue la femme dans la société camerounaise.
La Commission rappelle qu’à travers sa jurisprudence, la Cour africaine des Droits de l’homme et des peuples a profondément influencé les dynamiques juridiques sur le continent en ce qui concerne les Droits des femmes, notamment en matière de droit à l’égalité devant la loi, de droit à une protection égale de la loi et de non-discrimination fondée sur le sexe, à l’instar de sa décision prise à l’unanimité, dans l’affaire Association pour le progrès et la défense des Droits des femmes maliennes (APDF) et Institute for Human Rights and Development in Africa (IHRDA) c. République du Mali, arrêt du 11 mai 2018 dans laquelle elle a constaté des violations de l’âge minimum du mariage, du droit au consentement au mariage, du droit à la succession pour les femmes et les enfants naturels ainsi que de l’obligation d’éliminer les pratiques ou attitudes traditionnelles qui nuisent aux Droits de la femme et de l’enfant.
La Commission salue les actions menées par les pouvoirs publics et leurs partenaires en vue d’améliorer l’accès des femmes à la justice, d’éradiquer les inégalités structurelles et de favoriser une participation accrue des femmes autant que des filles au développement durable, notamment la nomination, par décret du président de la République n° 2025/527 du 20 novembre 2025, de Mme Marie Claire Dieudonné NSENG ELANG, magistrat hors hiérarchie du premier groupe, au prestigieux poste de procureur général près la Cour suprême ; une première pour une femme camerounaise, témoignant d’une avancée en matière de représentation des femmes au sein des institutions et en matière de reconnaissance de leur compétence dans la gouvernance judiciaire.
La Commission salue la signature d’un accord de partenariat entre le ministère de l’Enseignement supérieur (MINESUP) et le ministère de la Promotion de la femme et de la famille (MINPROFF), pour la promotion et l’encadrement des femmes et des personnes vulnérables par la capacitation en psychologie ainsi qu’en matière de lutte contre les violences à travers l’enseignement et la recherche le 6 mars 2026, au Centre national de supervision du numérique universitaire situé à Mélen, Yaoundé, sous le haut patronage et à la diligence de la première Dame du Cameroun, Madame Chantal BIYA, ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO, en présence des 11 vice-Chancellors et Recteurs des universités d’Etat du Cameroun.
La Commission demeure préoccupée par la persistance de la sous-représentation des femmes dans les instances de décision publique, en dépit des engagements nationaux et internationaux en faveur de l’égalité de genre – notamment l’objectif de 30 % de représentation minimale des femmes dans les instances de décision, consacré dans la Politique nationale genre et réaffirmé dans la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 – les femmes ne représentant qu’environ 16 % des membres du Gouvernement, 26 %de sénateurs, environ 24 de conseillers municipaux et 22,88 % de conseillers régionaux, ce qui met en évidence un écart à combler entre les engagements politiques et la réalité de leur représentation effective
La Commission demeure préoccupée par la persistance des VBG, notamment le phénomène des féminicides et des violences domestiques, exacerbé par la lenteur des procédures judiciaires et le recours aux règlements à l’amiable – un cas récent particulièrement préoccupant concerne le viol et l’assassinat de deux élèves du Lycée bilingue de Kribi, Sidonie Zeh Eyamo (18 ans) et Dili Hana Annonena (22 ans) ; leurs dépouilles ont été découvertes le 16 février 2026 après qu’elles ont été violées et assassinées, leurs corps ayant été abandonnés dans la broussaille à proximité de la Société camerounaise de palmeraies (SOCAPALM) ; les auteurs de ces crimes courent toujours – une enquête a naturellement été ouverte par les autorités judiciaires locales compétentes.
La Commission réitère les recommandations formulées à l’occasion de la précédente Journée internationale des femmes, exhortant le Gouvernement à renforcer le dispositif de répression des violences basées sur le genre et les pratiques néfastes à l’égard des femmes et des filles, notamment en finalisant l’Avant-projet de loi relatif aux violences faites aux femmes et aux enfants.
La Commission réitère ses recommandations formulées à l’occasion de la précédente Journée internationale des femmes au ministère de l’Éducation de base (MINEDUB) et au ministère des Enseignements secondaires (MINESEC), visant à intégrer les enseignements aux Droits de l’homme en tant que tels dans les programmes scolaires, avec un chapitre spécifique consacré aux Droits des femmes et des filles ainsi qu’à la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG), tout en y incorporant des modules éducatifs sur l’égalité des sexes et en intensifiant les campagnes de sensibilisation en milieu scolaire.
La Commission recommande spécifiquement :
- au Gouvernement et aux partis politiques d’introduire des quotas contraignants d’au moins 30 % (conformément aux engagements internationaux et à certains textes nationaux) dans toutes les nominations dans le service public et sur les listes de candidats aux élections des prochaines législatives et municipales ;
- au MINETAT/MINJUSTICE de rendre l’assistance judiciaire systématique et gratuite pour toutes les femmes victimes de violences et de créer ou de saisir toutes les occasions pour multiplier les audiences foraines dans les zones rurales, afin de rapprocher l’institution judiciaire des populations, de faciliter le traitement des plaintes, de lutter contre l’impunité et de garantir que les actes de violence à l’égard des femmes et des filles soient effectivement dénoncés, fassent l’objet de poursuites judiciaires et soient sanctionnées avec la rigueur requise.

