SOCIETE

Maseru: le RINADH alerte sur « la barbarie des crimes >> contre des millions d’enfants africains

Written by Annette Olinga

Ce jeudi 17 avril 2026, la capitale du Royaume du Lesotho, Maseru, a accueilli la cérémonie d’ouverture de la 47ᵉ session ordinaire du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (COAEDBEE). L’événement, placé sous le haut patronage de Sa Majesté la Reine du Lesotho, du Premier ministre, du Président du Sénat et du Président de la Cour suprême, a été marqué par une allocution forte du Professeur James Mouangue Kobila, Président du Réseau des institutions nationales africaines des droits de l’homme (RINADH).

Prenant la parole au nom des 46 institutions nationales des droits de l’homme (INDH) du continent, le Pr Mouangue Kobila a d’abord salué le partenariat solide et croissant entre le RINADH et le Comité, qu’il a qualifié de « levier concret pour la protection de chaque enfant africain ».

Un continent confronté à des défis systémiques

Dans une déclaration sans détour, le président du RINADH a dressé un tableau alarmant de la situation des enfants en Afrique. « Des centaines de millions d’enfants vivent dans des contextes affectés par des conflits, faisant de notre continent l’une des régions les plus durement touchées au monde », a-t-il martelé, dénonçant la peur, la déscolarisation, les déplacements forcés et l’incertitude prolongée qui marquent leur quotidien.

Il a particulièrement insisté sur la vulnérabilité des enfants en situation de migration forcée ou irrégulière, exposés à la violence, à la traite et à l’exploitation. Il a également fustigé le recours persistant à la rétention administrative des enfants – fondée uniquement sur leur statut ou celui de leurs parents – dans des conditions souvent indignes.

Prenant l’exemple du Soudan, le Pr Mouangue Kobila a rappelé que plus de huit millions d’enfants y sont déscolarisés en raison des hostilités, qualifiant cette situation de « crise éducative parmi les plus aiguës au monde ». Citant l’académicien Michel Edwards, il a averti : « Ces hordes d’enfants privés de scolarité devront, demain, trouver leur chemin dans la nuit du non-savoir. »

Nouveaux risques, réponses insuffisantes

Le président du RINADH a également attiré l’attention sur les dangers liés à l’environnement numérique : temps d’écran excessifs, abus en ligne, exploitation et utilisation abusive des données personnelles. Face à ces menaces émergentes, il a déploré l’inadaptation et l’application inégale des cadres réglementaires sur le continent.

Le rôle central des institutions nationales des droits de l’homme

Face à ces défis, le Pr Mouangue Kobila a rappelé le rôle stratégique des INDH, qu’il a décrites comme étant « en première ligne de la protection des droits de l’enfant ». Ces institutions, a-t-il expliqué, traitent les violations, accompagnent les victimes, conseillent les gouvernements et maintiennent un dialogue direct avec les enfants et les communautés.

Il a mentionné la récente conférence biennale du RINADH tenue à Yaoundé les 5 et 6 février 2026, dont le thème – « Les aspects originaux des instruments et de la jurisprudence africaine des droits de l’homme » – soulignait déjà le rôle stratégique des INDH dans la réalisation effective de ces droits.

Une feuille de route concrète

Le président du Réseau a plaidé pour des réponses coordonnées et tangibles : amélioration de l’enregistrement des naissances, garantie d’un droit à l’alimentation (« au moins un repas complet par jour »), protection renforcée du droit à une éducation de qualité, et élaboration d’approches réglementaires novatrices face aux défis numériques.

Signature d’un protocole d’accord historique

Temps fort de cette session, la signature d’un protocole d’accord entre le RINADH et le Comité africain d’experts a été saluée par le Pr Mouangue Kobila comme « une étape importante ». Selon lui, ce texte ne se limite pas à formaliser la coopération : il établit un cadre structuré pour une collaboration orientée vers les résultats, incluant une meilleure participation des INDH aux travaux du Comité, la diffusion et l’utilisation de sa jurisprudence, ainsi qu’un suivi renforcé des recommandations au niveau national.

Un appel à l’action collective

En conclusion, le président du RINADH a lancé un appel solennel : « Les drames qui révoltent notre conscience, la barbarie des crimes commis contre les enfants doivent inciter les États à prendre de nouvelles mesures législatives, politiques et budgétaires. »

Il a également interpellé le secteur privé sur sa responsabilité dans la lutte contre le travail des enfants, réclamant des diligences raisonnables rigoureuses en matière de droits humains.

« La protection des droits de l’enfant est une responsabilité partagée, a-t-il rappelé. Mais elle exige plus qu’une volonté collective : une action coordonnée, une volonté politique ferme et des ressources adéquates. »

Le RINADH a réaffirmé son engagement à œuvrer aux côtés du Comité et de tous les partenaires pour que les délibérations de cette 47ᵉ session se traduisent par « des améliorations concrètes et mesurables dans la vie de chaque enfant du continent ».

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