AFRIQUE/MONDE

Trois jours pour harmoniser les recensements en Afrique centrale: les experts de la CEMAC bouclent leurs travaux à Yaoundé

Written by Annette Olinga


Les travaux de l’atelier régional de validation du guide pratique des Recensements Généraux de la Population et de l’Habitat (RGPH) dans l’espace CEMAC se sont achevés ce Samedi à Yaoundé, après trois jours d’échanges intenses. Organisée du 23 au 25 avril 2026, cette rencontre stratégique visait à renforcer l’harmonisation et la qualité des statistiques démographiques en Afrique centrale, un préalable essentiel à une planification du développement fondée sur des données fiables.


L’atelier, piloté par la Commission de la CEMAC en charge des politiques économique, monétaire et financière, a bénéficié de l’appui technique du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et du soutien financier de la Banque mondiale, dans le cadre du Projet d’Harmonisation et d’Amélioration des Statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre (HISWACA). Une quarantaine de participants y ont pris part, incluant des experts des Instituts Nationaux de la Statistique (INS) du Cameroun, du Gabon, de la République centrafricaine, de la République du Congo, de la Guinée équatoriale et du Tchad, ainsi que des représentants d’institutions régionales (IFORD, ISSEA, AFRISTAT) et de partenaires techniques et financiers (CEA, STATAFRIC, BAD).

L’objectif principal était de doter les États membres d’un référentiel commun pour la conduite des RGPH de nouvelle génération, en tenant compte à la fois des standards internationaux et des réalités locales.


Des recommandations concrètes pour moderniser les recensements

À l’issue des travaux, plusieurs avancées majeures ont été enregistrées. Le guide a été révisé pour mieux refléter les expériences des pays de la CEEAC, dont cinq des six États ont déjà mené un recensement dans le cadre du cycle 2020. Des pratiques innovantes ont été mises en lumière, notamment :

· Le couplage du recensement général de la population avec le recensement général de la culture et de l’élevage au Cameroun ;
· Le déploiement de kits Starlink et d’agents locaux en République centrafricaine pour faire face aux contraintes sécuritaires ;
· Le suivi quotidien des données de terrain, garantissant une meilleure réactivité.

Cinq axes transversaux de recommandation ont été dégagés :

  1. Adapter le guide aux réalités des pays de la CEEAC en intégrant leurs expériences nationales ;
  2. Créer une section dédiée à l’assurance qualité, avec un canevas harmonisé des documents à produire à chaque phase ;
  3. Garantir la souveraineté et la transparence des données via des data centers nationaux sécurisés, hébergés par l’UNFPA ;
  4. Assurer une transition numérique différenciée, selon les capacités de chaque pays ;
  5. Intégrer les exigences de sauvegarde environnementale et sociale, conformément aux standards des partenaires techniques et financiers.

Trois points de débat : souveraineté, transparence et partenariats

Malgré un large consensus, trois sujets n’ont pas abouti à un accord définitif :

· La méthode de balayage (scanning) : son usage devrait être limité à des cas exceptionnels ;
· Le recours à l’UNFPA pour les acquisitions matérielles : la formulation devra être nuancée pour laisser aux pays la liberté de choisir leurs partenaires ;
· La tension entre souveraineté des données et transparence : un compromis a été proposé sous la forme d’un « club UNFPA » associé à un répertoire national des identifiants.

Pour finaliser le guide, chaque pays devra transmettre sa documentation nationale de recensement avant la mi-mai 2026.


« Un acte de souveraineté et un levier de développement »

Dans son discours de clôture, le commissaire de la CEMAC en charge des politiques économique, monétaire et financière Nicolas Beyeme Nguema, a salué la qualité des échanges et l’atteinte des objectifs fixés. Il a notamment insisté sur la dimension politique des opérations statistiques :

« Une opération statistique, le recensement, est un acte de souveraineté, un instrument de gouvernance et un levier essentiel pour la planification du développement. Les données issues des RGPH sont au cœur de la formulation, du suivi et de l’évaluation des politiques publiques, ainsi que de la mesure des progrès vers les objectifs de développement durable. »

Il a invité les instituts nationaux de statistique à s’approprier pleinement le guide et annoncé que la Commission de la CEMAC assurerait la coordination sous-régionale et le suivi de la feuille de route.


Un outil face aux défis persistants

Les pays de la CEMAC font en effet face à des défis récurrents dans la conduite des recensements : rupture de la périodicité, transition numérique inachevée, délais de traitement trop longs, et contraintes sécuritaires dans certaines zones. Le nouveau guide pratique constitue une réponse structurante pour produire des données démographiques fiables, comparables et conformes aux standards internationaux.

L’atelier a également permis de consolider un cadre méthodologique commun visant à réduire les délais de traitement et de diffusion des données, tout en améliorant leur utilisation pour la planification stratégique et la prise de décision.


Une étape décisive pour l’intégration régionale

En validant ce guide, la CEMAC et ses partenaires posent une pierre supplémentaire à l’édifice d’un système statistique régional intégré. Ces outils méthodologiques contribueront directement au suivi des Objectifs de Développement Durable (ODD) et à la convergence des politiques publiques dans l’espace CEMAC.

Comme l’a rappelé le commissaire en conclusion : « Le véritable défi commence maintenant : celui de la mise en œuvre effective dans chacun des États membres. »


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