Le ministre des Finances a officiellement lancé, le 3 juin 2026 à Yaoundé, l’opération de sécurisation et d’assainissement du fichier des allocations familiales des agents publics. Cette initiative s’inscrit en droite ligne des hautes directives du Chef de l’État relatives à la modernisation de la gestion des finances publiques, à la rationalisation de la dépense publique et à la lutte contre les flux financiers irréguliers. Si les allocations familiales incarnent l’engagement de l’État en faveur du bien-être des familles de ses agents, les récentes analyses de la base de données de la solde ont révélé des trajectoires statistiques anormales et hautement préoccupantes : en moins de cinq ans, l’enveloppe budgétaire dédiée est passée de 21 à 38 milliards de FCFA. Face à ce constat, l’opération actuelle – baptisée AALFA – vise à restaurer la transparence, la sincérité et la justice sociale au sein du système de redistribution. L’État rassure par ailleurs l’ensemble des agents publics que cette démarche n’est pas une mesure de réduction des droits, mais un acte d’équité : les droits de tous les agents de bonne foi, dont la situation familiale est régulière, seront scrupuleusement préservés et consolidés.
Le contexte et les constats de fait justifiant cette opération sont édifiants. À la suite de la revalorisation de l’allocation par enfant, passée de 2 800 à 4 500 FCFA en février 2024, le ministère des Finances a constaté un grossissement disproportionné et injustifié de la masse des enfants bénéficiaires dans le fichier solde. On observe ainsi une explosion budgétaire, une croissance exponentielle du volume, des anomalies biologiques (naissances multiples statistiquement impossibles, incluant des allégations de nonuplés), des doublons sur l’alignement des enfants, ainsi que des fraudes à base d’enfants fictifs. Concrètement, le nombre d’enfants enregistrés est passé de 594 728 en juin 2024 à 923 307 en mars 2026, soit une hausse de 55 % en 21 mois (plus de 18 000 nouveaux enfants alignés par mois). Le nombre d’allocataires a quant à lui progressé de 42 % sur la même période. Par ailleurs, plus de 27 980 enfants sont alignés au titre de naissances multiples (triplés à nonuplés), présumés frauduleux pour l’essentiel, et 10 160 enfants sont alignés par des femmes présentant des écarts d’âge biologiquement invraisemblables (aînés de moins de sept mois). Cette situation expose l’État à des risques majeurs de dérive de la masse salariale, de non-soutenabilité budgétaire et d’intégration massive de données sans vérification préalable.
L’opération poursuit cinq objectifs stratégiques : vérifier la conformité et la validité des pièces justificatives (actes de naissance, certificats de vie collectifs) ; actualiser en temps réel le fichier central des bénéficiaires ; épurer définitivement le fichier de la solde des enfants fictifs, doublons et alignements frauduleux ; prévenir et corriger les anomalies matérielles par des verrous systémiques ; et renforcer la fiabilité globale du système informatique de gestion des dépenses de personnel de l’État. Sur le plan méthodologique, la collecte des actes de naissance se déroulera du 25 juin au 15 juillet, puis du 25 juillet au 15 août 2026, dans 44 points de recensement répartis dans les douze régions, notamment au sein des banques et des trésoreries générales. Des dispositions particulières sont prises pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, avec l’implication des recettes des finances de Nkambe, Kumbo, Wum, Limbé, Kumba, Mamfe et Bangem. Chaque agent devra fournir un certificat de vie collectif des enfants âgés de moins de 21 ans ou handicapés, une photocopie d’acte d’avancement ou de bulletin de solde, une photocopie simple des actes de naissance de tous les enfants listés, ainsi qu’une photocopie de la carte nationale d’identité du parent bénéficiaire. Les documents collectés seront numérisés, saisis, puis authentifiés auprès des centres d’état civil avec l’appui du BUNEC, sur une durée globale de 24 mois.
Les résultats attendus sont ambitieux. Le ministère des Finances table sur un fichier solde 100 % assaini et fiable, reflétant la réalité démographique et légale des familles des agents publics. Sur le plan financier, l’opération devrait générer des économies budgétaires substantielles, avec une réduction immédiate des allocations indues. À titre indicatif, l’anticipation minimale est de 14 % du coût actuel des prestations familiales, soit environ huit milliards de FCFA par an. L’opération permettra en outre la détection et la sanction des fraudes, l’identification formelle des réseaux d’auteurs de déclarations frauduleuses, ainsi que des poursuites disciplinaires et judiciaires. Des barrières de sécurité automatisées seront implémentées (blocage en cas d’écart d’âge impossible ou de numéros d’actes dupliqués). Enfin, le renforcement de la confiance des usagers et des partenaires institutionnels démontrera une gouvernance rigoureuse des finances publiques. Comme l’a expliqué Robert Simo Kengine, directeur de la Dépense de Personnel et des Pensions et coordonnateur du secrétariat technique, « nous allons collecter près de 900 000 actes de naissance, les traiter et identifier les enfants sans support justificatif. Les actes collectés seront authentifiés dans les centres d’état civil pour distinguer la bonne graine du mauvais grain ». La cérémonie de lancement s’est déroulée en présence du ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, du représentant du ministre de l’Administration territoriale, ainsi que du secrétaire général de la Présidence de la République.

