ECONOMIE

Promote 2026: La CAA éduque les Camerounais à la dette publique” Nous ne sommes pas une banque, nous sommes le conseiller financier de l’État” 

Written by Annette Olinga

La  10eme édition du Salon PROMOTE, qui s’est tenue  du  12 au 21 juin 2026 au palais des congrès de Yaoundé,  a accueilli  cette année un stand qui  a suscité un intérêt particulier. La Caisse Autonome d’Amortissement (CAA), cette institution souvent méconnue du grand public mais pourtant essentielle au développement du Cameroun, a fait le choix de s’y installer pour aller à la rencontre des citoyens. Une décision stratégique qui témoigne d’une volonté affirmée de transparence et de pédagogie autour des questions d’endettement public.

Une présence justifiée par la nécessité de vulgariser les missions de la CAA

« En tant qu’institution étatique, il est tout à fait normal que la Caisse Autonome d’Amortissement soit représentée à la foire PROMOTE pour pouvoir vulgariser ses missions et également pour se rapprocher du public », explique un responsable en service à la cellule de communication de l’institution. Cette présence répond à un constat simple mais préoccupant : la plupart des Camerounais ignorent ce qu’est réellement la CAA et à quoi elle sert. « Beaucoup d’entre eux ne connaissent pas les missions de la Caisse Autonome », confie-t-il. Le Directeur Général a donc souhaité envoyer une équipe sur place pour expliquer aux usagers le rôle et l’utilité de cette institution dans la vie des Camerounais.

L’objectif est clair : éduquer les populations à la dette publique et aux finances publiques. Chaque jour, sur les réseaux sociaux et dans les conversations, les citoyens s’interrogent sur l’endettement du pays. Des « pseudo-experts » se créent et tentent d’expliquer pourquoi le Cameroun s’endette, mais leurs analyses sont souvent erronées. La CAA entend rétablir la vérité et apporter un éclairage pédagogique sur ces questions complexes. « C’est même l’objectif », insiste le responsable, « se rapprocher de la population, éduquer les populations à la dette publique, aux finances publiques ».

Les visiteurs au rendez-vous : trois grandes préoccupations

Depuis l’ouverture officielle du salon le lundi 22 juin, le stand de la CAA ne désemplit pas. Entre 50 et 100 visiteurs se pressent chaque jour, animés par des questions variées. Les préoccupations du public se sont  déclinées en trois grandes catégories. La première, et sans doute la plus récurrente, concerne les raisons de l’endettement du Cameroun : « Pourquoi sommes-nous endettés ? Pourquoi sommes-nous trop endettés ? » Les spécialistes présents sur le stand apportent des réponses précises et documentées à ces interrogations légitimes.

La deuxième catégorie de visiteurs est constituée de jeunes en quête d’opportunités professionnelles. Ils viennent s’informer sur les stages et les emplois à la CAA, cherchant à comprendre comment intégrer cette institution. Enfin, une troisième catégorie, composée d’investisseurs et de porteurs de projets, espère trouver des solutions de financement. Convaincus que la CAA est un organisme qui finance les projets, ils viennent exposer leurs besoins. Les responsables leur expliquent alors le type de projets que la Caisse Autonome aide effectivement à financer, dissipant ainsi certains malentendus.

La CAA, une institution au service de l’État, pas des particuliers

Une confusion persiste dans l’esprit de nombreux Camerounais : certains croient que la CAA est une banque. Une erreur que les responsables s’emploient à corriger. « La différence : nous ne sommes pas une banque classique qui fait des opérations commerciales normales, nous ne sommes même pas une banque. Nous sommes juste le bras séculier de l’État. Nous conseillons l’État sur la question de la dette », précise un responsable. La CAA ne détient pas d’épargne, ni de comptes chèques. Elle n’intervient pas directement auprès des particuliers, mais agit comme le conseiller financier de l’État en matière d’endettement.

« La Caisse Autonome, c’est le conseiller de l’État en matière d’endettement. Donc, il ne travaille pas directement avec les particuliers. Il passe par l’État, ou alors l’État passe par la Caisse Autonome pour pouvoir financer des projets de développement qui bénéficient aux usagers, aux populations du pays », explique un responsable. Cette clarification est essentielle pour que les citoyens comprennent le rôle exact de l’institution.

Un bâtiment imposant qui intrigue

Le siège de la CAA, situé au niveau de la Poste centrale à Yaoundé, est un bâtiment imposant qui suscite la curiosité. Beaucoup se demandent ce qui se cache derrière ces murs. « Est-ce que c’est par le bâtiment ? Parce qu’on voit un grand bâtiment, on se demande… on se pose des questions : “Qu’est-ce qu’il y a derrière tout ça ?” » . Pourtant, cette apparence ne devrait pas effrayer, car la Caisse Autonome est là pour servir l’intérêt général. Sa mission, bien que discrète, est d’une importance capitale pour les finances publiques et le développement du pays.

Le cycle du financement des projets : de la négociation au remboursement

Pour comprendre pleinement le rôle de la CAA, il faut saisir les différentes étapes du cycle de financement des projets de développement. Un responsable du service Négociations des financements détaille ce processus en trois phases.

Première phase : la négociation des financements

Tout commence lorsque le gouvernement décide de réaliser un projet, par exemple la construction ou la réhabilitation d’une route. Le Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT) émet alors une requête de financement auprès de partenaires étrangers. Ces partenaires peuvent être des bailleurs multilatéraux (Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement, Banque Européenne d’Investissement), des partenaires bilatéraux (France, Espagne, etc.) ou des partenaires commerciaux (banques commerciales de pays amis).

Ces partenaires répondent avec une offre de financement, qui est ensuite transmise au MINEPAT, puis à la CAA. « La Caisse Autonome d’Amortissement est la seule entité à pouvoir analyser cette offre et à pouvoir conseiller le gouvernement quant à cette offre de financement », souligne le responsable. Les services internes de la CAA examinent l’offre et rendent un avis. Si l’offre est inadaptée au projet, ils peuvent recommander au gouvernement de privilégier d’autres types de partenaires. Par exemple, pour la construction de salles de classe, un projet social, il est préférable de s’orienter vers des partenaires multilatéraux dont les offres sont plus concessionnelles, c’est-à-dire moins chères et plus accessibles.

Deuxième phase : la gestion des appels de fonds

Une fois le financement obtenu, la CAA intervient dans la gestion des appels de fonds. Les sommes ne sont pas versées en une seule fois. Si, par exemple, 600 milliards de FCFA sont mobilisés pour une route, la CAA ouvre un compte dans une banque commerciale et procède à des appels de fonds progressifs. Une avance de démarrage, souvent de 20 % du montant, est d’abord mise à disposition de l’entreprise adjudicataire. Celle-ci commence les travaux ou les indemnisations. Lorsque ces 20 % sont épuisés, l’entreprise revient vers la CAA pour obtenir le complément, selon le calendrier établi.

La CAA s’assure alors que les fonds ont bien été utilisés. L’entreprise doit fournir des justificatifs. Une fois la vérification effectuée, la deuxième tranche est débloquée, et ainsi de suite jusqu’à l’épuisement des 100 %. « Nous sommes donc en fait le comptable de l’État pour tout ce qui est endettement. Par cette fonction et mission, on comptabilise, on vérifie, on s’assure que c’est utilisé à bon escient », résume le responsable.

Troisième phase : le remboursement de la dette

Une fois le projet achevé, il faut rembourser la dette. La CAA réalise alors des études, des analyses et des prévisions. Chaque année, dans la loi de finances, des prévisions sont établies pour le remboursement du service de la dette. Par exemple, pour 2027, le montant à rembourser pourrait être de 1 400 milliards de FCFA. La CAA se tourne alors vers le Ministère des Finances (MINFI) pour que les fonds soient mis progressivement à sa disposition, afin de rembourser les créanciers.

Le respect des échéances est crucial. « Si il y a un défaut, c’est grave pour le Cameroun. C’est très grave pour le Cameroun, ça peut être la dégradation de la note sur les marchés », avertit le responsable. Une dégradation de la note obligerait le Cameroun à emprunter à des taux plus élevés, alourdissant encore la charge de la dette. Heureusement, le Cameroun n’a pas connu d’échéances impayées. « Il nous arrive de payer avec des retards, c’est des problèmes administratifs en lien avec la BEAC, mais il n’y a pas de retard de paiement ou de non-paiement », précise-t-il.

L’endettement : un outil de développement, pas un fardeau

L’endettement du Cameroun est souvent perçu négativement par l’opinion publique. Pourtant, il est essentiel de comprendre qu’il s’agit d’un outil de développement. En 2023, la dette publique s’élevait à environ 12 000 ou 13 000 milliards de FCFA. Fin mars 2026, l’encours de la dette atteint 15 416 milliards de FCFA. Un rythme soutenu, certes, mais justifié par des investissements concrets.

« On emprunte pour quoi ? C’est pour réaliser des projets pour nous tous, nous tous citoyens. C’est pour construire des routes, comme j’ai dit, construire des hôpitaux, investir dans tel outil de production qui va profiter et qui va augmenter le PIB, le niveau de richesse », explique le responsable. L’argent de la dette finance des hôpitaux, des routes, des projets d’énergie, d’eau potable, d’agriculture, d’éducation et de logements sociaux. Tous ces projets améliorent les conditions de vie des Camerounais.

Le Cameroun respecte par ailleurs les critères de la CEMAC, qui fixe un seuil d’endettement maximal de 70 % du PIB. Avec un taux de 44 %, le Cameroun dispose encore d’une marge de manœuvre. « Mais ceci dit, il faut quand même faire attention, on s’assure justement que la dette soit et reste soutenable et viable », tempère le responsable.

Des projets mieux préparés pour éviter les erreurs du passé

Le processus de maturation des projets a été considérablement renforcé pour éviter les déconvenues. « On nous reproche souvent : “Ah, ça met trop de temps.” Parce qu’on veut s’assurer que ce qui s’est passé par le passé ne se reproduise plus », explique le responsable, en référence aux projets morts-nés comme les tracteurs d’Ebolowa ou l’usine de manioc de Sangmélima.

Désormais, un projet passe par de multiples étapes : commissions internes de maturation au sein du ministère sectoriel, visa de maturation du MINEPAT, examen par le Comité National de la Dette Publique (CNDP), présidé par le ministre des Finances et vice-présidé par le ministre de l’Économie. L’objectif est de s’assurer que les financements sont adaptés. Pour les projets sociaux (écoles, hôpitaux), qui ne génèrent pas de revenus, il faut des financements concessionnels, donc moins chers. Pour les projets productifs (usines, infrastructures génératrices de revenus), on s’assure que les revenus dégagés pourront servir à rembourser la dette. « C’est ce serait l’idéal que les projets remboursent. Comme ça, ça fait en sorte que l’État ne sorte plus beaucoup l’argent, mais que les projets se cofinancent et ça permettrait de soulager l’État », conclut-il.

Des perspectives pour l’année 2026

À mi-parcours de l’année 2026, le bilan est contrasté. « Mon ressenti personnel, c’est que c’est un peu timide », confie le responsable. Chaque année, la loi de finances vote un plafond d’endettement, généralement autour de 950 milliards de FCFA. Or, de nombreux décrets d’habilitation ont été signés en 2025, mais les conventions de financement n’ont pas encore été signées, ce qui reporte les montants sur l’année 2026. Résultat : l’enveloppe disponible pour 2026 est amoindrie.

Cette situation pose problème pour des projets prioritaires comme l’autoroute Yaoundé-Nsimalen, pour lequel un financement de 200 milliards est nécessaire. « On est limité par le plafond d’endettement et c’est problématique », déplore le responsable. Des discussions sont en cours avec la présidence et les partenaires comme le FMI pour envisager une augmentation du plafond. L’avenir dira si cette requête aboutira.

La CAA en chiffres : une institution aux multiples facettes

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. À fin mars 2026, l’encours de la dette publique s’élève à 15 416 milliards de FCFA. Le volume d’investissements réalisés par partenariat public-privé (PPP) atteint 4 895,1 milliards de FCFA. Le service de la dette publique s’établit à 127,2 milliards de FCFA, dont 42,8 milliards pour le service de la dette extérieure. Les SEND’S (statistiques de la dette) représentent 5 044,6 milliards de FCFA.

La CAA ne se limite pas à la gestion de la dette. Elle gère également les actifs financiers de l’État, assure le Secrétariat Permanent du Comité National de la Dette Publique (CNDP), coordonne le STADE-C2D (Contrat de Désendettement et de Développement), accompagne les mécanismes innovants de financement et contribue à la modernisation financière du Cameroun. C’est un véritable architecte financier du développement, intervenant à chaque étape du cycle de financement : mobilisation des financements (Front Office), sécurisation et pilotage des engagements (Middle Office), et gestion et honorisation des engagements de l’État (Back Office).

Un bilan positif pour la présence à PROMOTE 2026

Au-delà des chiffres, c’est la proximité avec les citoyens qui marque cette participation à PROMOTE 2026. « Je pense que c’est une réussite parce que, vu le nombre de personnes qui s’arrêtent pour nous poser des questions, on peut dire que le passage de la Caisse Autonome ici au salon PROMOTE est une réussite », se réjouit un responsable. En expliquant ses missions, en répondant aux interrogations et en éduquant les populations à la dette publique, la CAA tient son rôle de conseiller et de guide. Une démarche qui renforce la confiance des citoyens envers les institutions et contribue à bâtir un Cameroun émergent, démocratique et uni dans sa diversité, conformément à la vision de la Stratégie Nationale de Développement (SND 35).

Alors que le salon PROMOTE 2026 bat son plein, le stand de la Caisse Autonome d’Amortissement continue d’accueillir les visiteurs, portant haut les couleurs d’une institution discrète mais indispensable au développement durable du Cameroun.

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Annette Olinga

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