Le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, a présidé à l’Hôtel Hilton de Yaoundé la cérémonie de revue à mi-parcours du Document de Stratégie Pays (DSP) 2023-2028, combinée à la revue 2026 de la performance du portefeuille des projets financés par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) au Cameroun.
Cet atelier de haut niveau a permis de faire le point sur l’état d’avancement de la coopération entre le Cameroun et la BAD, qui dure depuis plus d’un demi-siècle. Depuis l’approbation de sa première opération le 22 novembre 1972, le Groupe de la BAD a accordé au pays 130 prêts et dons, couvrant l’ensemble des secteurs socio-économiques, pour un montant cumulé d’environ 3 345 milliards de F CFA (5,10 milliards d’euros, 5,81 milliards d’USD), illustrant la solidité des liens de partenariat tissés entre les deux parties.
Un portefeuille en pleine expansion
Le portefeuille actif du Groupe de la BAD au Cameroun compte actuellement 30 opérations pour un montant total de 1 629,24 milliards de F CFA (2,48 milliards d’euros, 2,83 milliards d’USD). La répartition sectorielle est dominée par les transports (53,83 %), l’énergie (22,32 %), l’agriculture (10,8 %) et le social (9,19 %), ces quatre secteurs représentant plus de 96 % des engagements. Le reste du portefeuille est réparti entre l’eau et l’assainissement, la finance, la gouvernance et l’environnement. Le taux de décaissement cumulé s’établit à 26 %.

Au cours de la période sous revue du DSP, la BAD a approuvé 8 nouveaux projets sur les 11 initialement prévus, pour un montant total de 833,8 milliards de F CFA (1,068 milliard d’UC, 1,27 milliard d’euros, 1,45 milliard de dollars US), sur une enveloppe programmée de 1 227,47 milliards de F CFA. Les prévisions pour la fin de la deuxième période du DSP indiquent que la Banque dépassera largement ses objectifs de 2023, grâce à l’augmentation constante de l’accès du Cameroun aux ressources du guichet BAD, passé de 273,25 milliards de F CFA par an en 2023 à 429,39 milliards de F CFA par an en 2026.
Des réalisations tangibles sur le terrain
Les trois dernières années de mise en œuvre ont été marquées par des résultats notables, dont :
· La construction de 571 kilomètres de routes bitumées ;
· L’inauguration, le 28 avril 2025, du pont sur le fleuve Logone (bassin du lac Tchad), reliant Yagoua (Cameroun) à Bongor (Tchad), un ouvrage intégrateur qui devrait stimuler les échanges commerciaux en Afrique centrale ;
· La mise en service en 2025 du barrage hydroélectrique de Nachtigal (420 mégawatts), couvrant 30 % des besoins énergétiques du pays ;
· La mise en service en 2024 de la centrale hydroélectrique de Lom-Pangar (30 mégawatts), complétée en 2023 par une ligne de 90 kV reliant Lom-Pangar à Bertoua et un poste de transformation, améliorant significativement la qualité de l’approvisionnement électrique dans la région de l’Est;
· Le décaissement d’un appui budgétaire sectoriel de 48,7 milliards de F CFA en 2025 pour aider le pays à résorber le déséquilibre financier du secteur de l’électricité ;
· La construction de 30 magasins de stockage, 26 marchés de viande et de poisson, 25 adductions d’eau potable et 1 000 kilomètres de routes pour désenclaver les bassins de production dans les régions du Sud-Ouest, du Littoral, du Centre, de l’Est et du Sud ;
· La distribution de 5 millions de tonnes de graines pré-germées de palme (soit 33 333 hectares plantés) ;
· Le décaissement de 41,3 milliards de F CFA au titre d’un appui budgétaire sectoriel-agriculture, qui a permis de faciliter l’accès aux engrais (prise en charge de 30 % du prix par l’État), d’augmenter le taux de subvention des semences à 100 % (contre 30 %), et de distribuer 133 798 tonnes d’engrais à 974 037 producteurs, dont 39 % de femmes et 49,7 % de jeunes. Ces opérations devraient créer 14 509 emplois directs entre 2023 et 2025.
Performance du portefeuille : une tendance à l’amélioration
La revue du portefeuille montre que la performance, bien qu’encore faible, a amorcé une tendance positive. Le taux d’instruments financiers en alerte rouge est passé de 48 % à fin février 2026 à 26 % à mi-juillet 2026, contre un objectif institutionnel de 25 %. Cette évolution favorable résulte d’une volonté claire de la direction générale de la Banque, d’un suivi rigoureux des équipes assorti d’un plan d’action tripartite, de supervisions impliquant tous les experts (décaissement, acquisition, gestion financière, environnement et social), et de réunions régulières de suivi avec toutes les parties prenantes.

Cependant, des défis subsistent. La mission de revue a relevé plusieurs points d’amélioration : la nécessité de réduire les délais de signature et de mise en vigueur des nouvelles opérations, d’anticiper la planification pour la libéralisation des fonds de contrepartie, de soumettre plus rapidement les rapports d’audit, de maximiser l’utilisation des actions anticipées d’acquisition, de renforcer les capacités des unités de gestion de projet en matière de suivi de l’exécution des contrats, et de prioriser la fonction de suivi-évaluation.
Un plan d’action pour « reverdir » le portefeuille
Le Plan d’amélioration de la performance du portefeuille (PAPP), élaboré conjointement entre les équipes du Cameroun et de la Banque, connaît une exécution lente. Son évaluation finale est prévue lors de l’atelier de revue de la performance du portefeuille fin septembre-début octobre 2026. Le ministre Alamine Ousmane Mey a invité le gouvernement à prendre des mesures urgentes pour une mise en œuvre efficace et rapide des actions restantes du PAPP.
De son côté, le Groupe de la BAD s’est engagé à faire sa part, notamment en réduisant le délai de délivrance des autorisations de non-objection (ANO) à 21 jours maximum, afin de maintenir la dynamique amorcée depuis le début de l’année 2026 et de « faire reverdir » le portefeuille.
Les axes stratégiques du DSP 2023-2028
Le DSP 2023-2028 du Cameroun vise à répondre au défi majeur de la faiblesse de la transformation structurelle de l’économie, avec pour objectif principal une croissance forte, inclusive et durable. Les domaines d’intervention prioritaires sont : (i) le développement des infrastructures pour la promotion du secteur agro-industriel ; (ii) le renforcement du développement des compétences et de la gouvernance pour l’amélioration du cadre institutionnel et des affaires.
Les quatre secteurs couverts sont l’agro-industrie, les transports, le développement des compétences et la gouvernance économique. Les résultats stratégiques attendus incluent une augmentation significative de la production agricole (riz, bétail, transformation de noix de palme, maïs, ananas), une amélioration du linéaire routier pour faciliter l’accès aux marchés, le développement des compétences de 10 000 jeunes et femmes, la création de 500 nouvelles PME, et une augmentation de la pression fiscale de 11,8 % à 14 %.
Les thèmes transversaux que sont le genre, la fragilité, la croissance verte et l’intégration régionale sont intégrés dans toutes les opérations. Le DSP innove par la mise en œuvre de projets intégrés à fort impact transformateur, l’intégration d’une composante secteur privé dans toutes les opérations, et un accent particulier sur l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, notamment dans les zones fragiles.
Un financement sous tension
Le financement de la stratégie d’intervention de la Banque fait face à un double défi : la contrainte du plafond d’endettement du pays dans le cadre du programme avec le FMI, et la contribution fortement sollicitée par le gouvernement pour la mise en œuvre de la SND30, dont le coût total est désormais estimé à 88 000 milliards de F CFA (147,3 milliards d’USD). La Banque entend mobiliser des ressources supplémentaires par le biais de cofinancements et de syndications, en s’appuyant sur son expertise technique et ses partenariats.
Les risques majeurs identifiés – dégradation de l’environnement politique et sécuritaire, vulnérabilité aux chocs externes, exposition au changement climatique, et faiblesse des capacités institutionnelles – sont en voie d’atténuation progressive.
À l’issue de cette revue, le ministre Alamine Ousmane Mey et les responsables de la BAD ont réaffirmé leur engagement commun à renforcer la performance du portefeuille et à accélérer la mise en œuvre des projets, pour une transformation structurelle durable de l’économie camerounaise.

