Le Ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a présidé, ce jeudi à Douala, une réunion d’évaluation des actions engagées dans le cadre de la restructuration de la Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL). Cinq mois après l’installation de la nouvelle équipe dirigeante, l’heure était au bilan.
Créée par décret présidentiel du 4 mai 2026, la SOCADEL s’était vu assigner une feuille de route d’urgence destinée à restaurer ses équilibres financiers et à améliorer ses performances opérationnelles. La rencontre, tenue en présence du Gouverneur de la région du Littoral, du Préfet du Wouri et des Directeurs généraux de la SOCADEL, de la SONATREL et de l’ARSEL, a permis d’examiner les avancées enregistrées dans la gouvernance, le refinancement de la dette, l’accroissement des recettes, la maîtrise des dépenses, la maintenance des infrastructures et la modernisation des activités.
Des recettes en hausse, mais un déficit persistant
Au cœur de cette évaluation, la situation financière de la SOCADEL, dont dépend l’équilibre de l’ensemble du secteur électrique. L’entreprise assure en effet la collecte des revenus et leur redistribution aux différents acteurs de la chaîne de production, de transport et de distribution de l’électricité.
Gaston Eloundou Essomba a rappelé qu’au moment de la renationalisation, les recettes mensuelles avoisinaient 30 milliards de FCFA, pour des charges comprises entre 42 et 44 milliards. Ce déséquilibre, à l’origine d’un déficit structurel d’environ 13 milliards de FCFA par mois, explique les difficultés de paiement auxquelles le secteur demeure confronté. Les premiers efforts de redressement commencent néanmoins à produire des résultats. « De 30 milliards, aujourd’hui, l’entreprise collecte mensuellement 32 milliards », a indiqué le Ministre, relevant une progression de 2 milliards de FCFA.
Cette amélioration ne permet cependant pas encore de couvrir l’ensemble des engagements financiers. Les factures des principaux acteurs, notamment NHPC, Globeleq et la SONATREL, ne sont pas encore intégralement réglées. Des efforts sont toutefois engagés pour accroître progressivement les montants qui leur sont reversés.
Pour le Ministre, cette situation souligne l’importance de poursuivre les réformes, notamment le refinancement de la dette, l’élargissement de la clientèle, l’amélioration du recouvrement, la migration vers les compteurs prépayés et la maîtrise des charges. L’enjeu est de rétablir la capacité financière du secteur afin de relancer les investissements nécessaires dans la production, le transport et la distribution de l’électricité.
La lutte contre la fraude, un chantier prioritaire
Parmi les axes majeurs de cette évaluation figure la lutte contre la fraude, dont le coût est estimé à plus de 60 milliards de FCFA par an. Un manque à gagner considérable qui pèse lourdement sur les finances de l’entreprise et compromet sa capacité à honorer ses engagements. Le ministre a insisté sur la nécessité d’intensifier les actions de contrôle et de sanction, tout en renforçant les mécanismes de recouvrement.
Des coupures persistantes malgré les investissements
Au-delà des performances financières, la qualité du service demeure la principale préoccupation des consommateurs. Pourquoi les coupures d’électricité persistent-elles malgré les investissements consentis et les réformes engagées ? Gaston Eloundou Essomba a reconnu que les améliorations restent progressives et que les plaintes des usagers demeurent nombreuses.
L’évaluation a néanmoins permis de relever certaines avancées. Le bilan présenté fait notamment état de 45 053 normalisations de branchements basse tension et de la livraison de 16 000 compteurs communicants dans le cadre du programme P4R. Dans le cadre du PERACE, 34 000 branchements supplémentaires sont programmés d’ici la fin de l’année 2026. Les travaux ont également porté sur la maintenance des réseaux, la disponibilité des équipements et des pièces de rechange, ainsi que la modernisation des outils de gestion.
« On veut des ingénieurs qui agissent, et non des procéduriers »
Mais pour le Ministre, l’amélioration du service exige surtout une plus grande efficacité opérationnelle. « On veut des ingénieurs qui agissent, et non des procéduriers », a-t-il insisté, invitant les responsables techniques à privilégier les solutions concrètes.
Évoquant les manifestations de mécontentement auxquelles il est lui-même confronté au boulevard du 20-Mai, Gaston Eloundou Essomba a rappelé l’impatience des populations face aux perturbations récurrentes de la fourniture de l’électricité. Le membre du Gouvernement a également souligné que la mauvaise santé financière de la SOCADEL constitue un risque pour l’ensemble du système électrique. Les difficultés de paiement des producteurs et du transporteur limitent leurs capacités d’investissement et peuvent, à terme, affecter la qualité du service public.
Cent jours après l’installation de la nouvelle équipe dirigeante, le bilan reste contrasté : des recettes en légère progression, des chantiers engagés, mais des défis structurels encore immenses. Pour le Minee, l’heure n’est plus aux constats, mais aux actes. Le redressement de la SOCADEL conditionne l’équilibre de tout le secteur électrique camerounais.

