Analyse de Jonas ABENA, DP TEMPÉRATURE et Afrikinfo.net
Depuis hier, 17 octobre, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun ( MRC) a une nouvelle présidente nationale. Tiriane Balbine NOAH, 46 ans, deuxième vice-présidente depuis 2018, devient la deuxième présidente de l’histoire du parti. Élue à 1246 voix sur 1286 votants soit 96,89%, elle succède au Prof. Maurice KAMTO, démissionnaire. À l’aube des municipales et législatives, une question brûle toutes les lèvres : avec Tiriane Noah, le MRC peut-il renaître ou va-t-il s’effacer ? Analyse.
L’histoire retiendra la date. Au terme d’une convention extraordinaire consacré à l’élection du nouveau président, Tiriane Balbine NOAH sort victorieuse. La princesse Mfida; née le 24 juillet 1980 d’un père Ewondo de la Mefou-et-Akono et d’une mère du Littoral, diplômée en science politique à l’université de Yaoundé II Soa, d’abord enseignante, puis secrétaire dans une entreprise du BTP et de l’hôtellerie puis consultante en marketing depuis 2021; est propulsée à la tête du navire.
Pendant huit ans, elle a vécu les événements au plus haut sommet du parti. Aujourd’hui, elle est la boss.
Seulement, il faut dire les choses froidement. Ces dix dernières années, le MRC a été le seul parti à secouer véritablement l’univers politique camerounais. Sous le Prof. Maurice KAMTO, Agrégé de droit, le parti est passé de parti de professeurs à machine politique. Il atteint son apogée en 2018. Deuxième à la présidentielle, le parti fait recours devant le Conseil Constitutionnel alors présidé par Clément ATANGANA de regrettée mémoire. Le Cameroun découvre le direct télévisé d’un procès constitutionnel, et le mot “Irrecevable” entre dans l’histoire populaire du pays.
Mais l’héritage est aussi fait de fractures. Le boycott des municipales et législatives de 2020 décidé par KAMTO. Conséquence directe, la perte de tous les élus, perte de la représentativité locale, la suite c’était des démissions en cascade de cadres et l’ incapacité de se présenter à la dernière élection présidentielle en 2026. L’autre fracture est l’incarcération du leader et de cadres en 2019. Certains toujours à ce jour derrière les barreaux. C’est l’image d’un parti de contestation permanente, soutenu par la BAS, mais aussi associé dans l’opinion à la montée du discours tribal et de l’invective sur les réseaux sociaux.
C’est cet héritage contrasté, à la fois puissant et encombrant, que Tiriane NOAH doit gérer. Elle rassure cependant sur la “continuité de l’œuvre”. Mais pourra-t-elle faire de la continuité sans porter le passif ?
Ses trois chantiers prioritaires
Chantier 1 : La participation aux élections. Le test de vérité.
C’est la question numéro 1. Avec elle, le MRC ira-t-il aux municipales et législatives ?
Si elle maintient le boycott de l’ère KAMTO, le parti risque la mort lente par absence sur le terrain. S’il y va, elle devra justifier le revirement et convaincre les militants déçus de 2020 de revenir. Son origine du Centre, région clé, et son profil de femme de terrain peuvent être un atout pour remobiliser là où le parti était absent.
Chantier 2 : Dédiaboliser et dé-tribaliser.
Le MRC de l’ère KAMTO a été perçu par une partie de l’opinion comme un parti clivant. Tiriane NOAH, fille de la Mefou-et-Akono, originaire du Centre et du Littoral par sa mère, casse le narratif d’un parti mono-ethnique. C’est son arme principale. Saura-t-elle imposer un discours de rassemblement, moins agressif, plus institutionnel, pour reconquérir les modérés ?
Chantier 3 : Remobiliser sans KAMTO.
Pendant 10 ans, le MRC, c’était KAMTO. Sans lui, qui est le MRC ? Elle peut compter sur des fidèles comme Mamadou MOTA et Emmanuel SIMH, mais elle doit créer sa propre légitimité. Elle n’est pas Professeur Agrégé, elle est activiste et femme de marketing. C’est une autre grammaire politique, moins juridique, plus populaire. Le risque : être perçue comme une présidente par intérim, en attendant le retour du “Prof”.
Les scénarios pour l’avenir
Scénario 1 : La Renaissance pragmatique. Elle annonce la participation aux prochaines élections, lance une tournée de pardon et de remobilisation dans les 10 régions, met en avant les femmes et les jeunes. Le MRC redevient un parti d’élus locaux et se reconstruit par la base.
Scénario 2 : La Continuité qui épuise
Elle maintient la ligne de la contestation radicale et du boycott. Le parti reste fort sur les réseaux sociaux et dans la diaspora, mais s’efface institutionnellement. Il devient un mouvement d’opinion, pas un parti de conquête du pouvoir.
Scénario 3 : L’implosion
Entre les pro-KAMTO qui ne jurent que par lui et les partisans du renouveau qui veulent tourner la page, le parti se divise. Les municipales seront le juge de paix.
Au pied du mur
Tiriane Balbine NOAH n’a pas le droit à l’erreur. La confiance placé en elle par les membres militants du parti est un tournant décisif. Pour la première fois, le principal parti d’opposition est dirigé par une femme, jeune, originaire du Centre, et non plus par un universitaire.
Sa recette devra être subtile : garder l’énergie militante léguée par Maurice KAMTO, mais y ajouter sa propre touche dont la proximité, l’organisation, et ancrage local.
La question n’est plus “Que va faire KAMTO ?” mais “Que va faire NOAH ?”. Ses 100 premiers jours, et surtout sa décision sur les municipales, diront si le MRC entame sa deuxième vie ou s’il entame son déclin.

