Face à la progression silencieuse mais fulgurante des Maladies Non Transmissibles (MNT) liées à l’assiette, le Cameroun a décidé de passer à l’offensive. Les 8 et 9 avril 2026, l’hôtel Hilton de Yaoundé accueille le tout premier symposium national sur le sujet, une initiative conjointe de l’Association pour la Réconciliation et le Développement (RADA) et du Ministère de la Santé Publique.
Placée sous le thème évocateur « Alimentation et MNT », cette grand-messe scientifique et citoyenne a été ouverte sous le parrainage du Premier ministre, Chef du Gouvernement, Joseph Dion Ngute. Un signal politique fort pour une urgence sanitaire qui, selon les spécialistes réunis, a changé de visage : ce n’est plus tant le tabac que la malbouffe qui est devenue le premier facteur de risque de décès prématuré dans le monde.

“Le luxe qui détruit notre santé”
Dès la cérémonie d’ouverture, le Professeur Jean Claude Mbanya, président du comité scientifique, a planté le décor en rappelant l’importance cruciale des échanges à venir. Mais c’est la prise de parole du Dr Magaran Monzon Bagayoko, représentant pays de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui a donné le ton de l’urgence.
S’appuyant sur des chiffres alarmants — 74 000 décès annuels imputables aux MNT au Cameroun selon les données OMS de 2022 — le représentant de l’agence onusienne a pointé du doigt la prolifération des produits transformés et ultra-transformés sur les étals.
« Nous savons aujourd’hui que les aliments transformés qui pullulent sur nos marchés sont à l’origine de l’obésité, de l’hypertension, du diabète et des maladies cardiovasculaires », a martelé le Dr Bagayoko, déplorant une dérive culturelle inquiétante : « Aujourd’hui, manger des aliments ultra-transformés est considéré comme un luxe, un signe d’aisance, mais en le faisant, nous sommes en train de détruire notre santé. »
Un tableau statistique préoccupant
Le contexte présenté lors du symposium vient étayer ces inquiétudes avec des données locales et globales particulièrement édifiantes :
· 1 Camerounais sur 4 est en situation d’obésité.
· Près de 60 % des enfants de 6 à 11 ans souffrent de caries dentaires, une conséquence directe de la surconsommation de sucre.
· 1 Camerounais sur 2 boit plus de trois canettes de boissons sucrées par semaine.
· En zone urbaine, 60 % des habitants consomment quotidiennement des produits ultra-transformés.
Ces aliments, définis comme des préparations prêtes à consommer denses en sucre, sel, graisses saturées et pauvres en nutriments, vont des biscuits industriels aux viandes transformées, en passant par les sodas et collations salées.
Les trois leviers de l’OMS : Science, Taxation et Promotion de la Santé
Face à ce “tsunami silencieux”, l’OMS a rappelé sa feuille de route pour soutenir le gouvernement camerounais. Outre la mise à disposition de directives scientifiques, l’organisation insiste sur deux axes majeurs :
- La fiscalité comportementale : « Il faut taxer ces produits », a insisté le Dr Bagayoko, appelant à un renchérissement des denrées importées ultra-transformées pour favoriser la compétitivité des produits locaux et sains.
- La promotion de la santé : Un vaste travail d’éducation passe aussi par la vulgarisation de l’étiquetage nutritionnel frontal (FoP). « Nous devons lire les étiquettes pour voir la quantité de sucre, de sel et de graisse », a-t-il conseillé, une pratique encore trop marginale dans les habitudes d’achat.
La première journée du symposium a d’ailleurs été marquée par un partage d’expérience inspirant venu du Mexique, pays pionnier en matière de législation sur l’étiquetage d’avertissement frontal.
Retour aux fondamentaux
Au-delà des mesures coercitives et réglementaires, le message central de ce symposium est un appel à un sursaut patriotique et gastronomique. Les intervenants ont unanimement invité les populations à revenir aux fondamentaux de l’alimentation camerounaise.
« Nous avons sur nos marchés beaucoup d’aliments sains, des légumes cultivés localement », a rappelé le représentant de l’OMS, prônant une réhabilitation du ndolè, du koki ou des fruits de saison face à l’invasion des paquets colorés.
Le symposium se poursuit ce 9 avril 2026. Les participants sont appelés à formuler des résolutions concrètes destinées à enrayer cette épidémie de MNT. L’enjeu est de taille : il s’agit ni plus ni moins de sauver des milliers de vies en changeant le contenu des marmites et des paniers de courses camerounais.

