ECONOMIE

23e Congrès de l’AAEA : L’Afrique unie pour sa souveraineté hydrique

Written by Annette Olinga

Sous le très haut patronage du Président Paul Biya, le Palais des Congrès de Yaoundé a servi de cadre ce 9 Février 2026, à la cérémonie d’ouverture du 23e congrès de l’AAEA avec une ambition continentale partagée : faire de l’eau et de l’assainissement pour tous une réalité tangible. Ouvert par le Ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, représentant le Chef de l’État, le 23ème Congrès de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA) a dépassé le cadre des discussions techniques pour devenir une plateforme historique de mobilisation politique et opérationnelle.

Placé sous le thème « Eau et assainissement pour tous : des actions fortes pour l’Afrique », ce rendez-vous a rassemblé dirigeants du secteur, ministres, bailleurs de fonds et opérateurs autour d’un constat sans appel : face à l’urgence, l’union des forces s’impose.

De la vision à l’action : l’AAEA comme bras opérationnel

Dès l’ouverture, Olivier Gosso, Directeur Exécutif de l’AAEA, a planté le décor en retraçant l’évolution de l’organisation, devenue une force incontournable avec plus de 300 membres dans 45 pays. « La crédibilité de l’Afrique repose sur sa capacité à creuser des canaux entre la vision politique et l’exécution technique », a-t-il affirmé, appelant à faire de ce congrès un « laboratoire de solutions africaines ».

Cet appel à l’action a trouvé un écho puissant dans le discours émouvant du Dr Blaise Moussa, Président de l’AAEA et Directeur Général de CAMWATER. Lançant « l’Appel de Yaoundé », il a exhorté l’Union Africaine et les Chefs d’État à une reconnaissance et un soutien structurel accru pour l’association, afin qu’elle devienne leur « bras opérationnel ». « L’eau n’est pas une dépense sociale, mais un investissement stratégique », a-t-il martelé, citant l’exemple du projet camerounais PAEPYS, qui apporte 300 000 m³ d’eau par jour à la capitale.

Une alliance stratégique : l’AMCOW tend la main aux opérateurs

La nécessité d’un pont solide entre politique et terrain a été renforcée par le Dr Cheikh Tidiane Dieye, Ministre sénégalais et Président de l’AMCOW (Conseil des Ministres Africains de l’Eau). Face aux chiffres alarmants – 2,2 milliards de personnes sans eau potable et 447 millions d’enfants privés d’eau à l’école – il a souligné que la convergence entre l’AMCOW et l’AAEA est le lieu où « les initiatives se transforment en résultats tangibles ». « La solidarité africaine est notre réponse la plus forte », a-t-il déclaré, tendant la main aux opérateurs au nom de tous les ministres du continent.

Le nerf de la guerre : combler un déficit financier colossal

Le réalisme économique est venu tempérer les ambitions avec l’intervention de Mtchera Johannes Chirwa, représentant de la Banque Africaine de Développement (BAD). Il a exposé sans détour l’ampleur du défi : un déficit de financement estimé entre 30 et 66 milliards de dollars par an. Pour la BAD, la sécurité hydrique est un pilier des « High 5 » et nécessite une feuille de route axée sur la mobilisation de fonds climatiques, la gestion intégrée des ressources transfrontalières et l’accélération de l’innovation numérique.

Un diagnostic lucide et un appel à l’action collective

Couronnant la cérémonie, le Ministre Gaston Eloundou Essomba a livré un diagnostic sans concession au nom du Président Paul Biya. Rappelant que près de 400 millions d’Africains n’ont pas accès à une eau potable de qualité et 800 millions vivent sans assainissement adéquat, il a pointé le paradoxe africain : des ressources abondantes mais mal réparties et exploitées.

« Notre continent dispose de ressources hydriques importantes qui restent inégalement réparties, mal exploitées et fortement exposées aux effets des changements climatiques », a-t-il analysé. Pour lui, la clé réside dans une refonte de la gouvernance et une convergence des volontés.

En déclarant ouvert ce congrès, il a invité les participants à faire de Yaoundé un « catalyseur de changement ». Pour le Cameroun et l’Afrique, ce rassemblement est bien plus qu’une rencontre technique : c’est l’acte de naissance d’un front commun déterminé à transformer l’eau en levier d’unité, de progrès et de stabilité durable pour les générations futures.

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