Yaoundé a abrité ce mercredi 12 mars 2025, la première session du Comité national des finances locales (CONAFIL) pour l’exercice en cours. Présidée par le ministre de la Décentralisation et du Développement local, Georges Elanga Obam, également président du CONAFIL, cette réunion avait pour objectif de poser un diagnostic précis sur la santé financière des collectivités territoriales décentralisées (CTD) et d’accélérer les mécanismes de transfert des ressources.
L’ordre du jour était chargé. Alors que l’année financière est déjà entamée, les membres du comité devaient non seulement adopter le budget de l’année en cours, mais aussi et surtout rattraper un important retard accumulé dans le reporting financier.
Rattrapage et planification : les urgences de 2025
Dans son discours d’ouverture, Georges Elanga Obam a listé les priorités immédiates. « Pour l’année financière en cours, nous avons deux principales préoccupations », a-t-il déclaré. La première consiste à évaluer l’exécution du budget passé et à s’assurer que les recommandations formulées aient été concrètement appliquées. La seconde, plus cruciale, concerne le cycle budgétaire : « Le budget de cette année doit être adopté, même s’il présente trois mois de retard », a concédé le ministre.
Mais le chantier le plus important concerne la transparence et le suivi. Le CONAFIL a pour mission de brosser un tableau fidèle de la situation financière des CTD. Or, sur ce point, l’institution accuse un sérieux décalage. « Nous voulons faire le point sur les finances locales en adoptant le rapport annuel des finances locales des années 2021 et 2022. Nous avons pris du retard », a reconnu Georges Elanga Obam.
Pour éviter que cette situation ne se reproduise, le ministre a donné des instructions claires : le secrétariat technique doit tout mettre en œuvre pour que les rapports des années 2023 et 2024 puissent être examinés d’ici la fin de l’année, lors d’une prochaine rencontre.
Le casse-tête du transfert des ressources et de la fiscalité locale
Au-delà de l’aspect comptable et documentaire, les discussions ont mis en lumière les dysfonctionnements chroniques qui entravent le bon fonctionnement des communes et des régions. La problématique est simple mais ses conséquences sont lourdes : l’argent ne parvient pas toujours à destination, ou alors avec des retards préjudiciables.
« Les collectivités territoriales décentralisées éprouvent des difficultés à bien fonctionner parce que les ressources que l’État leur transfère n’arrivent pas toujours », a déploré le président du CONAFIL. Il a identifié deux goulots d’étranglement majeurs : le retard dans la transmission de l’information financière (nécessaire à la signature des arrêtés de répartition) et les lenteurs dans la mise à disposition effective des fonds une fois ces arrêtés signés.
Face à ce constat, des solutions sont envisagées au plus haut niveau. « Nous avons prescrit qu’une réflexion soit engagée, l’une sous l’égide du Premier ministre, l’autre sous l’égide du ministre des Finances, pour adresser ces questions », a indiqué Georges Elanga Obam.
Autre point de crispation : l’application de la loi portant fiscalité locale. Les acteurs du secteur souhaitent une mise en œuvre plus efficace. Des discussions devraient être ouvertes prochainement entre les CTD, le ministère des Finances et le ministère de la Décentralisation, sous la houlette du Premier ministre au sein du Conseil national de la décentralisation. L’objectif est clair : « Ce que nous recherchons, c’est que l’ensemble des ressources destinées aux collectivités leur parviennent », a martelé le ministre.
Les maires exigent de la fluidité pour servir les populations
Du côté des bénéficiaires finaux, l’attente est immense. Albert Anicet Akoa, vice-président des Communes et villes unies du Cameroun (CVUC) et maire de la commune de Ngoulemakong, a salué la tenue de cette session tout en rappelant l’urgence de passer des paroles aux actes.

« C’est une rencontre importante pour les communes et les régions », a-t-il affirmé. « Nos attentes sont dans la fluidité et la mise à disposition des ressources aux collectivités pour qu’elles puissent travailler et atteindre les objectifs assignés pour le bien des populations. »
Pour le représentant des élus locaux, le chemin est encore long. Il a insisté sur la nécessité de rendre effective la loi sur la fiscalité locale et de fluidifier les circuits financiers. « Il faut que, entre la CAMPOST (NDLR : la Caisse autonome d’amortissement, qui gère une partie des flux) et les comptes des collectivités, que cela soit fluide. Il faut que les retards observés soient diminués, car ils paralysent le fonctionnement des communes », a-t-il plaidé.
Alors que la session se poursuit, les regards sont désormais tournés vers le MINDEVEL et le MINFI. Les discussions en cours doivent déboucher sur des réponses concrètes à ces préoccupations récurrentes, afin de donner aux collectivités les moyens de leurs ambitions pour le développement local.

