DÉCLARATION DE LA COMMISSION DES DROITS DE L’HOMME DU CAMEROUN À L’OCCASION DE LA 8E ÉDITION DE LA JOURNÉE INTERNATIONALE DE L’ÉDUCATION
24 janvier 2026
Thème. – Le pouvoir de la jeunesse dans la cocréation de l’éducation
La Commission des Droits de l’homme du Cameroun (ci-après: << la Commission >> ou << la CDHC »), créée par la loi n° 2019/014 du 19 juillet 2019 et mise en place le 29 avril 2021, suite à la prestation de serment de ses membres devant la Cour suprême siégeant en chambres réunies,
Ayant à l’esprit que le 3 décembre 2018, l’Assemblée générale des Nations Unies (AGNU) a adopté, à l’unanimité, la résolution A/RES/73/25 proclamant le 24 janvier de chaque année Journée internationale de l’éducation, la première édition ayant été célébrée le 24 janvier 2019, consacrant ainsi l’éducation comme une priorité universelle et un pilier fondamental du développement humain,
Ayant également à l’esprit que l’adoption de ladite résolution est intervenue en marge de la Réunion mondiale sur l’éducation tenue à Bruxelles (Belgique) du 3 au 5 décembre 2018, une réunion qui a rassemblé les principaux acteurs internationaux de l’éducation autour d’un consensus fort reconnaissant que l’éducation constitue un moteur essentiel de la paix, de la cohésion sociale, de l’inclusion, de l’innovation et de la durabilité des sociétés contemporaines,
Considérant que cette dynamique internationale traduit la volonté collective de placer l’éducation au cœur des politiques publiques, non seulement comme un vecteur de transmission des savoirs, mais aussi comme un instrument de transformation sociale et de promotion des Droits de l’homme, Relevant que la célébration de l’édition 2026 de la Journée internationale de l’éducation, tout en mettant en lumière le rôle central des jeunes en tant que co-créateurs de l’éducation, vise à réaffirmer avec force l’éducation comme:
un droit humain universel et inaliénable;
un bien public autant qu’une responsabilité publique et
un levier stratégique pour la paix, le développement durable, l’égalité des genres, la justice sociale et la cohésion nationale,
Soulignant que la célébration de cette Journée constitue un appel solennel adressé aux gouvernements, aux partenaires techniques et financiers, ainsi qu’à l’ensemble des parties prenantes, à investir de manière accrue et soutenue dans un apprentissage inclusif, équitable et de qualité, accessible à tous, en transformant les systèmes éducatifs afin de répondre aux défis contemporains et de rompre durablement les cycles de pauvreté et d’inégalités,
Notant que sans une éducation inclusive, équitable et de qualité assortie d’opportunités d’apprentissage tout au long de la vie, les États ne peuvent atteindre l’égalité des genres ni briser le cycle de la pauvreté qui prive encore des millions de personnes de leur droit fondamental à l’éducation; qu’à l’échelle mondiale, 250 millions d’enfants et de jeunes sont exclus du système scolaire, et 763 millions d’adultes demeurent analphabètes, une situation qui appelle une action urgente et concertée, en vue d’une transformation systémique de l’éducation’,
Notant en outre que la célébration de cette Journée s’inscrit pleinement dans plusieurs domaines clés de la promotion et de la protection des Droits de l’homme, notamment:
le droit fondamental de toute personne à une éducation inclusive, équitable et de qualité ainsi qu’à l’apprentissage tout au long de la vie;
la promotion effective de l’égalité des genres dans l’accès à l’éducation, à travers un soutien renforcé à l’éducation des filles et des femmes;
le développement durable, dans la mesure où l’éducation contribue à la réduction de la pauvreté, à la lutte contre les discriminations, à l’amélioration de la santé, de l’employabilité et à la consolidation de la paix et de la gouvernance démocratique;
la participation citoyenne à la vie en société, étant donné que l’éducation dote les individus de connaissances, de compétences, de valeurs et d’attitudes nécessaires à une participation pleine et éclairée à la vie sociale, économique, culturelle et politique,
Reconnaissant que ces domaines constituent des piliers essentiels de l’épanouissement des individus autant que des communautés et que l’absence d’éducation accroît la vulnérabilité à l’exclusion, à l’exploitation ainsi qu’aux inégalités, compromettant la réalisation de l’ensemble des autres Droits de l’homme, Accueillant favorablement le thème retenu par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) pour la célébration de la Journée internationale de l’éducation 2026, à savoir Le pouvoir de la jeunesse dans la cocréation de l’éducation, un thème qui met en exergue le rôle central des jeunes, non seulement comme bénéficiaires, mais aussi comme acteurs et partenaires à part entière dans la conception, la mise en œuvre, la transformation et l’amélioration des systèmes éducatifs,
Notant que le thème susmentionné reconnaît la capacité des jeunes à contribuer activement à l’élaboration de solutions éducatives innovantes, adaptées à leurs aspirations et aux exigences d’un monde en constante mutation², notamment marqué par des évolutions technologiques rapides qui imposent la réinvention constante des méthodes d’enseignement et d’apprentissage³,
Soulignant que des politiques éducatives durables, inclusives et pertinentes ne sauraient être efficacement conçues ni mises en œuvre sans la participation active, la voix et le leadership des jeunes,
Relevant que ce thème s’inscrit pleinement dans la mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA), en particulier son Aspiration n° 1 visant Une Afrique prospère fondée sur un développement inclusif et durable, en ce que l’implication significative des jeunes dans la conception, la transformation et l’amélioration des systèmes éducatifs soutient les aspirations africaines à une main-d’œuvre instruite, créative et capable de répondre aux défis actuels et futurs sur le chemin du développement de l’Afrique,
Notant dans la même veine que ce thème est en consonance avec l’Agenda 2030 des Nations Unies relatif aux Objectifs de développement durable (ODD) qui met l’accent sur l’autonomisation des jeunes en tant qu’agents de changement pour co-construire des systèmes éducatifs inclusifs et de qualité, notamment l’ODD 4 qui vise à assurer une éducation de qualité, inclusive et accessible à tous d’ici à 2030,
Relevant que le terme << pouvoir » désigne << [la] possibilité d’agir [ou encore] le fait […] de disposer de moyens naturels ou occasionnels qui permettent une action »,
Relevant également que le terme << jeunesse » désigne << [le] temps de la vie entre l’enfance et la maturité »,
Relevant en outre que le terme « création >> fait référence à << [l’a]ction de faire, d’organiser une chose qui n’existait pas encore >> et que le concept de « cocréation >> renvoie au fait de créer ensemble ou, plus précisément, « un processus collaboratif où plusieurs acteurs travaillent ensemble pour concevoir ou produire quelque chose que ce soit une idée, un produit, un service ou un projet[, mettant ainsi] l’accent sur l’action conjointe et la contribution active de tous les participants », Relevant enfin que le terme « éducation >> renvoie à l’idée de « mise en œuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement d’un être humain »,
Rattachant ces définitions au contexte de cette célébration, il apparaît que le thème susmentionné offre au Cameroun l’occasion de réaffirmer son engagement en faveur du renforcement du rôle de la jeunesse comme acteur central de la transformation du système éducatif, en encourageant sa participation active et responsable à la cocréation des politiques, des contenus et des pratiques éducatives, dans la perspective d’une éducation inclusive, équitable et de qualité, propice au développement intégral de l’être humain et au progrès durable de la société camerounaise.
Considérant le 18º tiret du préambule de la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996 qui consacre le droit à l’éducation en ces termes : « [1] ‘État assure à l’enfant le droit à l’instruction. L’enseignement primaire est obligatoire. L’organisation et le contrôle de l’enseignement à tous les degrés sont des devoirs impérieux de l’État »,
Considérant également les instruments régionaux africains ci-après:
la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples (ChADHP), adoptée le 27 juin 1981 et ratifiée par le Cameroun le 20 juin 1989 qui, en son article 17, consacre le droit de toute personne à l’éducation;
la Charte africaine des Droits et du bien-être de l’enfant (ChADBEE), adoptée le 1 juillet 1990 et ratifiée par le Cameroun le 5 septembre 1997 qui, en son article 11, reconnaît le droit de l’enfant à l’éducation et encourage sa participation aux questions affectant son développement;
la Charte africaine de la jeunesse (ChAJ), adoptée le 2 juillet 2006 à Banjul et ratifiée par le Cameroun le 11 janvier 2011 qui affirme notamment, en son article 11, le droit des jeunes à participer pleinement et activement à la vie sociale, économique, culturelle et politique de leurs sociétés, ainsi que l’obligation pour les États parties de promouvoir cette participation à tous les niveaux de décision et, en son article 12, l’engagement des États à élaborer et à mettre en œuvre une politique nationale cohérente et intersectorielle en faveur de la jeunesse, fondée sur une consultation massive des jeunes et intégrant la perspective jeune dans les processus de planification et de gouvernance,
Considérant en outre que la Déclaration universelle des Droits de l’homme (DUDH), adoptée le 10 décembre 1948 et à laquelle le Cameroun adhère en tant qu’État membre de l’Organisation des Nations Unies depuis le 20 septembre 1960 consacre, en son article 26, le droit à l’éducation pour tous; que la Convention relative aux Droits de l’enfant (CDE), adoptée le 20 novembre 1989 et ratifiée par le Cameroun le 11 janvier 1993 reconnaît, en ses articles 28 et 29, le droit de l’enfant à l’éducation ainsi qu’à un développement fondé sur le respect, la responsabilité et la participation à la vie en société, Soulignant que les mécanismes des Droits de l’homme, notamment les mécanismes africains et universels de protection tels que les organes conventionnels des Nations Unies, le Conseil des Droits de l’homme et ses procédures spéciales, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (acronyme en anglais: UNESCO) ainsi que les mécanismes africains de protection des Droits de l’homme dont la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples (CnADHP) et le Comité africain d’experts sur les Droits et le bien-être de l’enfant (CoAEDBEE) -œuvrent à la participation active des jeunes à la construction et à l’amélioration de l’éducation en veillant à la mise en œuvre effective des traités internationaux et régionaux, à l’application des lois et politiques nationales autant qu’en soutenant le plaidoyer et l’action de la société civile, garantissant ainsi le plein exercice du droit de la jeunesse à une éducation de qualité, inclusive et équitable,
Notant qu’au Cameroun, la réalisation progressive du droit à l’éducation inclusive et de qualité repose sur l’action coordonnée des ministères sectoriels compétents, à savoir et par ordre logique: le ministère de l’Éducation de Base (MINEDUB), le ministère des Enseignements secondaires (MINESEC) et le ministère de l’Enseignement supérieur (MINESUP), en lien avec la CDHC, les partenaires des Nations Unies à l’instar du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (acronyme en anglais: UNICEF) et de l’UNESCO, ainsi qu’avec les organisations de la société civile (OSC), conformément aux engagements internationaux de l’État en matière d’éducation inclusive, équitable et de qualité.
La Commission salue la décision du Président de la République, Chef de l’État, Son Excellence Paul BIYA, de placer résolument les jeunes et les femmes au cœur des priorités de son nouveau mandat, conformément à la vision qu’il a exprimée en ces termes
l’amélioration de la situation des femmes et des jeunes sera au centre de mes priorités, tel que je me m’y suis engagé [:] le gouvernement, sous mon autorité, veillera à la mise en œuvre effective du Plan spécial de promotion de l’emploi des jeunes, dont les lignes directrices ont été présentées lors de ma prestation de serment [;] d’ores et déjà, une provision de 50 milliards de Francs CFA a été constituée dans le budget de l’État pour l’exercice 2026, dédiée au financement des premières tranches des projets initiés par les jeunes[, ainsi qu’à] l’application des mesures visant à [renforcer] la promotion des femmes et à garantir une [participation accrue de celles-ci à la gestion des affaires publiques,
La Commission salue les efforts des pouvoirs publics et de leurs partenaires visant à renforcer la participation des jeunes à l’amélioration des systèmes éducatifs, leur autonomisation et la modernisation des pratiques didactiques, ce dernier point étant illustré par la digitalisation des classes; dans le cadre du Projet d’appui au développement de l’enseignement secondaire et des compétences pour la croissance et l’emploi (PADESCE), mis en œuvre par le MINESEC avec l’appui de la Banque mondiale, 350 tableaux numériques interactifs (Magic Boards) ont été remis aux responsables d’établissements secondaires des 10 Régions du pays; les 100 premiers tableaux ayant été distribués le 11 avril 2025 aux établissements de l’Adarnaoua, de l’Est, de l’Extrême-Nord et du Sud en présence de partenaires internationaux et les 250 autres, offerts par le Commonwealth, le 10 décembre 2025 aux six autres Régions; ces équipements, dotés de fonctionnalités avancées
(couleurs multiples, photo et vidéo, travail collaboratif à distance, disque dur de 500 Go et caméra
4K), sont accompagnés de formations pour les chefs des cellules informatiques et les enseignants
d’informatique, afin de garantir leur utilisation optimale et leur maintenance,
La Commission rappelle les actions qu’elle a entreprises et celles auxquelles elle a pris part en vue de contribuer efficacement à une éducation inclusive et de qualité, particulièrement:
l’organisation, du 3 au 5 février 2025 par l’Antenne régionale de la CDHC pour le Littoral
d’une vaste campagne de sensibilisation contre les violences en milieu scolaire dans la ville de Douala, dans le cadre de la Onzaine de la jeunesse, avec la participation des Clubs Droits de l’homme d’une vingtaine d’établissements relevant du ministère des Enseignements secondaires; à travers une démarche d’éducation par les pairs, les élèves membres de ces Clubs ont joué un rôle actif dans la prévention des violences physiques, psychologiques et sexuelles, ainsi que dans la lutte contre la consommation des drogues et autres substances psychotropes, ainsi qu’à la promotion de comportements inclusifs et à la prévention de toute forme de discrimination; cette expérience a mis en lumière la capacité des apprenants à s’approprier les connaissances en matière de promotion et de protection des Droits de l’homme et à contribuer, de manière responsable, à l’amélioration et à la transformation de
leur environnement d’apprentissage;
l’opération de redynamisation du Club Droits de l’homme de l’Université de Douala
entreprise par l’Antenne régionale de la CDHC pour le Littoral entre janvier et février 2025, pour renforcer l’engagement citoyen des étudiants et promouvoir une approche de l’éducation fondée sur l’action, la responsabilité sociale et l’innovation; à travers cette opération, les étudiants ont été encouragés à concevoir et à mettre en œuvre des projets relatifs à la promotion des Droits humains, la lutte contre les violences basées sur le genre, l’inclusion sociale et la sensibilisation numérique dans le cadre d’une dynamique qui confirme le rôle de l’université comme espace privilégié de formation du citoyen et de co-production de solutions éducatives adaptées aux réalités sociales contemporaines.
Rappelant que les personnes les plus vulnérables, en particulier les jeunes, subissent de
manière disproportionnée les conséquences du trafic et de la consommation de drogues, principalement à travers les effets néfastes des substances psychoactives elles-mêmes, mais également du fait de la stigmatisation, de la discrimination et de réponses souvent répressives et peu efficaces au phénomène de la toxicomanie,
La Commission salue l’initiative de
la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN)
qui a organisé, le 8 mars 2025, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, un espace
de dialogue avec les élèves du Collège Adventiste Maranatha de Yaoundé (CAMY), en vue de renforcer la lutte contre la circulation et la consommation de stupéfiants en milieu scolaire, particulièrement à travers des actions de sensibilisation aux dangers liés à l’usage de drogues telles que le cannabis et autres substances psychoactives, Soulignant que, bien que les jeunes soient les principaux bénéficiaires de l’éducation, ils sont souvent marginalisés dans la conception et la mise en œuvre des politiques éducatives et des curricula les concernant, ce qui limite la prise en compte de leurs intérêts, de leurs réalités locales et de leurs aspirations professionnelles, ne mobilise pas pleinement leur engagement, leur créativité et leur pensée critique, empêchant les systèmes éducatifs de mobiliser pleinement leur potentiel innovant en tant que moteurs du développement sociétal; pour y remédier, il apparaît essentiel de renforcer leur participation effective à toutes les étapes de la définition et de la mise en œuvre des politiques éducatives;
La Commission s’inquiète du fait que le secteur éducatif camerounais est confronté à de nombreux défis, tant structurels que conjoncturels à travers les 10 Régions du pays, notamment:
le défaut, la vétusté et/ou le mauvais entretien des infrastructures qui doivent être adaptées et innovantes, y compris les salles de classes, les laboratoires et les aires de jeux, autant dans les grandes villes que dans les zones reculées;
le problème lancinant de la non-prise en compte rapide des avancements et de la mise à disposition tardive du paquet minimum;
les exactions des groupes armés sécessionnistes dans les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui ciblent des enseignants, des élèves ainsi que des écoles, entraînant la mort, l’enlèvement et l’intimidation de personnels éducatifs et d’élèves, le déplacement de milliers de familles et la fermeture de centaines d’établissements, privant ainsi des centaines de milliers d’enfants de leur droit à l’éducation et perturbant gravement les cycles d’apprentissage;
les incursions et les attaques répétées des groupes terroristes de Boko Haram dans la Région de l’Extrême-Nord, des méfaits qui ont également forcé la fermeture de nombreuses écoles, fragilisé la sécurité des élèves et des enseignants tout en exacerbant les traumatismes, les déplacements de populations et les obstacles à la scolarisation dans cette Région, limitant durablement l’accès à une éducation sûre et continue;
la persistance de la pauvreté, du travail des enfants et des mariages précoces qui limite l’accès à l’éducation-particulièrement pour la jeune fille dans certaines localités du pays;
l’insuffisance du personnel enseignant à laquelle s’ajoutent parfois de longues distances à parcourir pour atteindre les écoles dans certaines localités du pays encore enclavées, ce qui entrave davantage la réalisation du droit à l’éducation;
les effectifs pléthoriques dans certaines écoles ainsi que l’insuffisance du matériel didactique, ce qui limite le recours aux méthodes d’apprentissage actives et participatives,
La Commission est profondément préoccupée par le décalage entre les compétences acquises par les élèves à l’école et celles requises par le marché du travail, malgré les efforts de professionnalisation des enseignements dans certains curricula; nombre de curricula restent largement axés sur des matières théoriques et des disciplines académiques traditionnelles, tandis que les compétences pratiques, techniques et numériques indispensables pour l’emploi dans l’économie actuelle sont insuffisamment développées; par conséquent, même les élèves qui terminent leur parcours d’études se retrouvent souvent mal préparés pour le monde professionnel, contribuant à des niveaux élevés de chômage et de sous-emploi des jeunes ou de faible productivité, ce qui freine le développement économique du pays,
La Commission s’inquiète du fait qu’en dépit d’importants efforts de digitalisation des classes à travers les 10 Régions du pays, de nombreuses écoles manquent encore d’infrastructures numériques et de connexion à l’Internet, ce qui limite l’adoption de l’apprentissage en ligne et l’usage de méthodes didactiques modernes et participatives,
La Commission note, pour le déplorer, que la corruption constitue un obstacle majeur à la réalisation optimale du droit à l’éducation, dans la mesure où elle détourne des fonds alloués à la construction et à l’équipement des infrastructures scolaires, encourage les pratiques illicites dans les recrutements et évaluations académiques, ce qui exclut de facto les enfants issus de milieux défavorisés et affaiblit la confiance des citoyens dans le système éducatif public.
La Commission relève que sur les 220 recommandations acceptées par l’État lors de l’adoption du Rapport du passage du Cameroun au 4º cycle de l’Examen périodique universel (EPU) le 26 mars 2024, 13 sont en faveur de la promotion du Droit à l’éducation, parmi lesquelles quatre sont en consonance avec la thématique de l’édition 2026 de la Journée internationale de l’éducation; elles sont reproduites dans la Déclaration de la CDHC de ce jour, après avoir été ventilées par l’Institution nationale des Droits de l’homme du pays aux structures pertinentes de l’État, aux institutions spécialisées ainsi qu’aux OSC, chacune en ce qui la concerne, de la manière suivante:
la recommandation invitant à « renforcer les politiques existantes [avec la participation des jeunes] et [à] adopter de nouvelles mesures pour faire en sorte que le droit à l’éducation soit garanti pour tous sans aucune distinction a été adressée aux Services du premier ministre, chef du Gouvernement, au MINEDUB, au MINESEC et au MINAS;
la recommandation invitant à « continuer à renforcer les mesures prises [avec la participation des jeunes) à l’échelle nationale et la coopération internationale promouvant une éducation de qualité pour tous » a été adressée au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (MINEFOP), au ministère des Relations extérieures (MINREX), au MINESUP, au MINEDUB, au MINESEC, au ministère de la Décentralisation et du Développement local (MINDDEVEL) et au ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique (MINJEC);
la recommandation invitant à « donner suite aux engagements pris lors du Sommet de Nairobi à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD25), afin de garantir l’accès des adolescents et des jeunes à une information et à une éducation de qualité et adaptées à leur âge, à l’école et en dehors du milieu scolaire, et de les protéger efficacement contre les grossesses non désirées, les violences sexuelles, les infections sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA » a été adressée au MINESEC, au MINEDUB, au MINJEC, au MINSANTÉ et au MINPROFF; la recommandation invitant à << continuer à développer des programmes scolaires et des programmes de formation technique et professionnelle afin de répondre aux demandes et tendances du marché, ainsi qu’aux besoins et intérêts de tous les apprenants, y compris les groupes défavorisés et marginalisés » a été adressée au MINESUP, au MINESEC, au MINEDUB, au MINAS, au MINEFOP et au MINJEC,
La Commission réitère ses recommandations formulées à l’occasion de la précédente Journée internationale de l’éducation, appelant en particulier:
le ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation (MINRESI) à faciliter le retour au Cameroun et le recrutement de jeunes diplômés dotés de compétences techniques et industrielles nécessaires pour coconcevoir des politiques éducatives plus efficaces et participer au développement des infrastructures, tout en soutenant les efforts visant à renforcer l’éducation de qualité, y compris à travers l’usage de l’intelligence artificielle (IA);
le MINESUP, le MINESEC, le MINEDUB ainsi que les centres de formation publics et privés
o à prendre des mesures transformatrices avec la participation active des jeunes en offrant aux élèves et autres apprenants des programmes de formation adaptés, y compris l’enseignement à distance et les nouvelles opportunités offertes par les technologies numériques telles que l’IA, afin de garantir l’accès de tous au savoir universel, au savoir-faire, au savoir-être et au développement professionnel dans les établissements d’enseignement primaire, secondaire et supérieur, publics comme privés;
o à familiariser les enseignants avec l’utilisation de l’IA, en impliquant les jeunes dans la cocréation des outils et des méthodes pédagogiques numériques, tout en leur indiquant les équipements et les applications nécessaires, afin d’améliorer l’efficacité des évaluations différenciées, d’alléger la charge de travail des enseignants et de lutter contre les usages frauduleux de l’IA;
le ministère des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL) à poursuivre le développement du réseau de télécommunications en associant les jeunes à l’identification des besoins et à la cocréation de solutions numériques éducatives, afin de promouvoir l’inclusion numérique et le développement de compétences innovantes sur l’ensemble du territoire national;
l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (ANTIC) à renforcer la prévention des usages inappropriés des TIC et du harcèlement en ligne, en impliquant les jeunes dans la cocréation de mécanismes de sensibilisation, de veille et de protection, afin de garantir un environnement numérique sûr pour tous les enfants;
les parents à encourager un usage éthique et responsable des TIC, en engageant les jeunes dans la co-construction des règles et des pratiques numériques au sein des familles, afin de favoriser une citoyenneté numérique plus responsable, y compris dans l’usage de l’IA;
Consciente que le non-respect des politiques et normes éducatives fait peser des risques sur les résultats scolaires et sur le développement des élèves, La Commission recommande spécifiquement:
au MINETAT/MINESUP, au MINESEC, au MINEDUB, au MINEFOP, au MINJEC, au MINJUSTICE ainsi qu’à la Commission Nationale anti-corruption de renforcer davantage
les mécanismes de prévention, de détection et de sanction de la corruption dans le secteur de l’éducation, en mettant en place des systèmes transparents de contrôle et d’alerte impliquant la participation active des jeunes, afin de garantir l’égalité d’accès, la qualité et l’effectivité du droit à l’éducation pour tous;
au MINESEC et au MINEDUB, d’institutionnaliser des mécanismes de participation de jeunes à la cocréation de l’éducation; ce qui pourrait inclure pour l’éducation la mise en
place de conseils consultatifs de jeunes apprenants aux niveaux national, régional et local, l’intégration de représentants des élèves dans les comités de révision des curricula et la création de plateformes numériques pour la génération collaborative d’idées, en vue de renforcer l’inclusivité, la pertinence et l’adéquation des systèmes éducatifs aux besoins et aux aspirations des apprenants;
aux ministères chargés de l’éducation d’intensifier les efforts visant à réduire les disparités régionales et socio-économiques en améliorant l’accès à une éducation de qualité dans les zones en proie à l’insécurité, les zones rurales ou marginalisées (à travers la réhabilitation d’écoles, le renforcement des infrastructures et des effectifs), et en associant les jeunes à la co-conception et au suivi des mécanismes existants ou innovants de soutien éducatif autant que des activités de sensibilisation, pour garantir l’égalité des chances et le maintien des filles dans le système éducatif;
aux ministères chargés de l’éducation et aux autorités éducatives régionales, chacun en ce qui le concerne d’investir davantage dans les infrastructures numériques et dans l’accès à Internet pour soutenir l’apprentissage en ligne, les approches participatives et mettre en place des systèmes de suivi-évaluation et de formation des enseignants en littératie numérique, en associant les jeunes à la co-conception des outils et des méthodes d’enseignement;
au MINESEC et au MINEDUB
o d’intégrer systématiquement dans les curricula scolaires une éducation préventive sur les drogues, adaptée à l’âge des élèves, fondée sur les compétences de vie et les Droits humains;
o de former les enseignants et autres encadreurs scolaires à la détection précoce des conduites addictives et à l’orientation vers les structures compétentes:
La Commission exhorte vivement le MINETAT/MINESUP, le MINESEC, le MINEDUB, le MINEFOP, les universités d’État, les centres de formation professionnelle et les acteurs du secteur privé de l’éducation:
à poursuivre la modernisation des curricula en travaillant de concert avec les jeunes, afin d’y intégrer davantage de compétences pratiques, techniques et numériques; à renforcer les partenariats en impliquant les jeunes dans la conception et le suivi des dispositifs, pour favoriser leur employabilité et faciliter leur transition vers le monde
professionnel;
La Commission recommande enfin au MINETAT/MINESUP, au MINESEC, au MINEDUB, au MINJUSTICE, au MINAT, au MINDDEVEL, au MINPROFF et aux autorités locales de maintien de l’ordre de renforcer leur collaboration pour assurer une présence sécuritaire adaptée et efficace aux abords des établissements scolaires en zones affectées par l’insécurité, en impliquant les jeunes dans la prévention et la vigilance communautaire, afin de garantir un environnement d’apprentissage sûr, de protéger les apprenants et le personnel éducatif, et d’assurer l’application effective des sanctions contre les auteurs de violences et les responsables de pratiques préjudiciables les affectants (la consommation de la drogue, les violences physiques, psychologiques et sexuelles, les mariages précoces et forcés, etc.).
La Commission continuera d’honorer son engagement ferme, constant et irréversible à poursuivre ses efforts pour la promotion et la protection de tous les Droits de l’homme, à travers :
des interventions en amicus curiae (ami de la cour);
des campagnes de sensibilisation;
des actions de plaidoyer;
des missions d’enquête;
le traitement des requêtes et l’auto-saisine;
des ateliers de formation et
des visites régulières de tous les lieux de privation de liberté.
La Commission exhorte vivement toutes les personnes qui se considèrent victimes ou témoins de violation des Droits de l’homme en général et du droit à l’éducation en particulier – à ne pas rester silencieuses et à les signaler systématiquement, en saisissant la Commission par tous les moyens disponibles, y compris par le truchement de son numéro vert, le 1523 (gratuit, même sans crédit de téléphone).
Adresses utiles de la CDHC
Site web: www.cdhc.cm
Comptes Facebook et X (ancien Twitter): Cameroon Human Rights Commission
691995690
23 Janvier 2026
JAMES MOUANGUE KOBILA

