Derrière la vitrine d’un conflit de procédure administratif se cache une réalité bien plus sonnante et trébuchante. L’affrontement qui oppose le Port Autonome de Douala (PAD) à la Société Générale de Surveillance (SGS) et par ricochet à certains pans du gouvernement n’est rien d’autre qu’une guerre d’usure pour le contrôle des flux financiers massifs générés par l’inspection des marchandises.
Depuis plusieurs mois, le Directeur Général du PAD est la cible de critiques acerbes, accusé d’avoir « unilatéralement » rompu le contrat avec la SGS. Pourtant, les faits démentent cette lecture simpliste. Aucun acte administratif formel n’atteste d’une telle décision. Mieux, le Conseil d’Administration du PAD, où siègent les représentants de la Présidence, de la Primature et du Ministère des Finances, a validé les orientations de la direction.
Pourquoi alors ce déploiement médiatique et politique ? La réponse ne se trouve pas dans les textes de loi, mais dans les coffres-forts du scanning.
Le scanning : une manne financière hors budget
Le contrat SGS est le pivot d’un mécanisme financier complexe et particulièrement opaque. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas seulement de passer des conteneurs aux rayons X, mais de gérer la Contribution de Scanning (CDS).

Ce système alimente une véritable “rente de situation” pour plusieurs administrations, créant un réseau de bénéficiaires directs dont les intérêts dépendent du maintien du statu quo.
Un paradoxe opérationnel : le PAD marginalisé
Fait frappant de cette enquête : le PAD, bien qu’autorité portuaire souveraine sur son espace, est le grand oublié du contrat.
Le PAD n’est pas signataire de la convention avec la SGS.
Il ne perçoit aucune retombée directe du scanning pour ses propres investissements.
Les équipements sont jugés vieillissants et inadaptés au quintuplement du trafic portuaire.
Toute velléité de modernisation ou de reprise en main par le port est donc perçue par les bénéficiaires de la rente comme une menace existentielle sur leurs rétrocessions.
Sécurité nationale ou sécurité des primes ?
L’argument de la « sécurité nationale » est souvent brandi pour justifier le maintien du contrat actuel. Pourtant, l’efficacité du dispositif est remise en question : circulation de marchandises prohibées, contournement des scanners et obsolescence technologique face à la criminalité transnationale sont régulièrement pointés du doigt.
Le contraste est d’ailleurs saisissant entre la virulence des attaques contre le PAD dans ce dossier et le silence assourdissant qui entoure d’autres affaires portuaires (comme les contentieux DIT ou les ports secs). Ce “deux poids, deux mesures” suggère que le véritable enjeu n’est pas la légalité, mais la préservation d’un circuit financier informel mais vital pour certains acteurs du centre.
Une crise de gouvernance profonde
L’affaire SGS–PAD est le symptôme d’une gouvernance fragmentée. Elle met à nu la captation centralisée des ressources générées par l’activité portuaire au détriment de l’outil de production lui-même.
Tant que les flux financiers du scanning resteront dans cette zone grise, hors de toute transparence budgétaire réelle, le Port de Douala restera le théâtre d’une bataille d’influence où l’intérêt public passe après la sécurisation des primes.

