Le ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique (MINJEC), Mounouna Foutsou, et le président de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC), le professeur James Mouangue Kobila, ont procédé à la signature d’un mémorandum d’entente ce 19 Mars 2026. Ce cadre de collaboration vise à instaurer une synergie renforcée entre les deux institutions pour la promotion et la protection des droits des jeunes au Cameroun.
La cérémonie, qui s’est déroulée dans les locaux du MINJEC, marque un tournant décisif dans la prise en compte des spécificités de la tranche d’âge 15-35 ans, une population qui représente environ 35 % de la population camerounaise et qui, jusqu’alors, ne bénéficiait d’aucun cadre de protection juridique international spécifique.
L’urgence d’agir pour une jeunesse aux droits « invisibles »
Dans son allocution, le président de la CDHC, le professeur James Mouangue Kobila, a dressé un constat international préoccupant : il existe un véritable « vide persistant entre les Droits de l’enfant et les Droits de l’homme en général ». Revenant sur sa participation à la 2ᵉ Conférence de haut niveau du Forum des ombudsmans et des institutions nationales des Droits de l’homme, organisée par le Conseil de l’Europe en mars 2023 à Strasbourg, il a souligné qu’aucun instrument international ne traite spécifiquement des droits des jeunes.
« Si l’Europe s’en préoccupe, alors même que les jeunes y représentent moins de 20 % de la population, l’urgence est d’autant plus manifeste dans un pays comme le Cameroun », a-t-il martelé. Pour lui, le mémorandum signé aujourd’hui vient combler cette lacune en traduisant les principes généraux des droits humains en actions concrètes, grâce à une complémentarité entre une institution de terrain (MINJEC) et une institution nationale indépendante de protection des droits (CDHC).
Des acquis préexistants à consolider
Ni la CDHC ni le MINJEC n’ont attendu la signature de cet accord pour agir. Le professeur Mouangue Kobila a rappelé les actions déjà menées par la CDHC en faveur de la jeunesse :
· la désignation d’un point focal jeunesse, dispositif que le mémorandum va renforcer ;
· la multiplication des campagnes et ateliers de sensibilisation en milieu scolaire et universitaire, visant à prévenir les violences physiques, psychologiques et sexuelles, ainsi que la consommation de stupéfiants ;
· la lutte contre les discriminations et les discours haineux, à travers la création de 696 clubs Droits de l’homme dans les établissements scolaires et universitaires ;
· la publication régulière de déclarations lors des journées internationales pertinentes (éducation, réfugiés, lutte contre la drogue, protection de l’éducation contre les attaques) ;
· la participation à des initiatives internationales d’envergure, comme la conférence « Year of Impact and Eco-Citizenship » en 2024, ou encore la 60ᵉ session du Conseil des Droits de l’homme, où la CDHC a prononcé une déclaration sur le rôle de la jeunesse dans la consolidation de la paix.
De son côté, le MINJEC a associé la CDHC à plusieurs de ses événements phares : le lancement de la 40ᵉ Journée internationale de la paix (2021), le Forum national de la jeunesse, la foire du Village de la Jeunesse (février 2024), la 44ᵉ Journée internationale de la paix avec la présentation du PAN-JPS (septembre 2025), ainsi qu’un atelier national de formation des formateurs (avril 2025). Le ministre Mounouna Foutsou a également salué la décision du 8 juillet 2025 visant à renforcer l’inclusion des jeunes malentendants par la prise en compte des langues des signes.
Entre 2020 et 2025, les deux institutions ont échangé pas moins de 101 correspondances, preuve d’une coopération déjà active mais qui méritait d’être formalisée et amplifiée.
Les défis persistants : des droits méconnus et sous-exploités
Malgré ces avancées, de nombreux droits des jeunes restent insuffisamment réalisés. Le président de la CDHC a identifié plusieurs domaines critiques :
· le droit à l’information ;
· le droit à la participation ;
· le droit de saisir les institutions ;
· le droit à la protection contre les violences ;
· le droit à un environnement sain ;
· les droits liés au travail ;
· les droits numériques ;
· le droit à l’égalité ;
· le droit à une éducation de qualité ;
· le droit à un recours effectif.
« De manière générale, les jeunes disposent de droits, mais n’en ont ni la connaissance, ni les outils, ni les réflexes d’activation », a-t-il déploré. C’est précisément pour remédier à ce déficit que le mémorandum d’entente entend mobiliser les services déconcentrés du MINJEC, les antennes de la CDHC, le numéro vert 1523, ainsi que les associations partenaires, afin de couvrir efficacement l’ensemble du territoire national.
Un cadre structuré pour une ambition collective
Le mémorandum, conclu pour une durée de trois ans renouvelables, repose sur une architecture claire en trois chapitres.
- Un objet et des domaines d’intervention ciblés
L’accord porte sur la mise en place d’un cadre formel de collaboration entre le MINJEC et la CDHC pour la promotion et la protection des droits des jeunes âgés de 15 à 35 ans. Les domaines de collaboration couvrent :
· la promotion et la protection des droits et libertés des jeunes ;
· le Réarmement Moral, Civique et Entrepreneurial (REAMORCE) ;
· la promotion de l’éducation civique.
- Des engagements réciproques et complémentaires
Le MINJEC s’engage notamment à mobiliser les bénéficiaires, à assurer le REAMORCE, à fournir un appui technique, à associer la CDHC à ses activités et à mettre à disposition ses personnels et structures déconcentrées. La CDHC, quant à elle, apportera un accompagnement technique, mobilisera ses partenaires nationaux et internationaux, développera des initiatives de prévention des violences et contribuera à la sensibilisation des jeunes de la diaspora.
Les deux parties mettront également leurs plateformes de communication à disposition pour vulgariser les actions menées.
- Une gouvernance partagée
Pour garantir le suivi et l’évaluation, chaque partie désignera deux points focaux, qui établiront un état semestriel de mise en œuvre. Une réunion annuelle permettra d’évaluer la performance des actions réalisées.
V. La vision présidentielle au service de la jeunesse
Prenant la parole après la signature, le ministre Mounouna Foutsou a replacé cet accord dans la vision du chef de l’État, le président Paul Biya, qui considère la jeunesse comme « le fer de lance de la Nation ».
Il a rappelé que le décret n°2012/565 du 28 novembre 2012 portant organisation du MINJEC confie déjà à son département la mission d’appui à la promotion des droits des jeunes, une activité désormais inscrite dans le Cadre Stratégique de Performance (CSP) de l’administration à partir de 2026.
« Il s’agira donc de venir en appui-conseil juridique et même judiciaire aux jeunes, afin de favoriser l’éclosion de leurs compétences, de leur créativité et de leur résilience », a-t-il déclaré, en référence au Programme National d’Éducation Civique par le Réarmement Moral, Civique et Entrepreneurial (PRONEC-REAMORCE) , qui constitue le référentiel commun pour un changement de mentalité face à la perte des repères.
VI. Conclusion : une « matérialisation de la haute volonté présidentielle »
Au terme de la cérémonie, les deux responsables ont salué l’importance historique de ce mémorandum, qui constitue désormais un instrument clé du dispositif institutionnel d’encadrement et d’accompagnement des jeunes et de leurs organisations.
« Notre ambition est claire : que chaque jeune au Cameroun connaisse ses droits, exerce ses responsabilités et contribue pleinement à l’édification d’une société pacifique, inclusive et prospère », a résumé le président de la CDHC.
Pour le ministre Mounouna Foutsou, cet accord ne fait aucun doute : il incarne la vision transformatrice et novatrice tant espérée, en phase avec la volonté présidentielle de doter les jeunes des moyens nécessaires à leur réussite, « en veillant à ne laisser personne à la traîne ».
Avec ce partenariat, le Cameroun se dote ainsi d’un levier institutionnel inédit pour transformer les droits formels des jeunes en réalités tangibles, sur l’ensemble du territoire national.

