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GAIGI à l’OMC: Une présence discrète et influente pour une gouvernance numérique inclusive et respectueuse des souverainetés nationales

Written by Annette Olinga

Quelques heures avant la clôture de la 14ᵉ conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), nous avons rencontré Christophe Ravel, Secrétaire général de l’Institut de gouvernance de l’IA de Genève (GAIGI). Sans être officiellement partie prenante des débats officiels, cette ONG a su tirer parti des marges de la conférence pour nouer des contacts essentiels, notamment avec les pays du Sud. Entretien avec un acteur qui œuvre pour une gouvernance numérique inclusive et respectueuse des souverainetés nationales.


  1. Une présence en marge, mais au cœur des échanges bilatéraux

« Nous ne faisons pas partie de la conférence de l’OMC à proprement parler », précise d’emblée Christophe Ravel. « En tant qu’ONG, nous sommes dans la salle aux côtés de la presse et des autres organisations non gouvernementales. Cela nous donne accès aux participants, y compris lors des pauses. Nous captons ainsi des bribes d’échanges informels, des discussions bilatérales que l’on n’entend pas depuis la tribune. »

Pour GAIGI, l’objectif est clair : comprendre le fonctionnement réel des négociations commerciales multilatérales afin d’adapter son action aux besoins des pays émergents et en développement. « Nous nous adressons en priorité aux pays du Sud. Avant de promouvoir une solution, il faut cultiver la proximité. Gérer cela depuis Genève, sans aller sur le terrain, n’aurait que peu d’intérêt, même si nous y disposons de compétences fondamentales. »

Cette immersion à la conférence ministérielle visait ainsi à rencontrer encore plus d’États du Sud qu’à Genève, pour valider la pertinence de leur offre auprès des décideurs africains, asiatiques ou latino-américains.


  1. Trois axes d’action pour une gouvernance de l’IA adaptée aux États

GAIGI concentre ses travaux sur l’intelligence artificielle, avec un spectre d’intervention large. Son premier champ d’action concerne la souveraineté numérique des États.

« La souveraineté numérique, les données, sont des sujets cruciaux. Un État qui ne maîtrise pas ces enjeux s’expose à des dangers réels », alerte Christophe Ravel. L’institut aide les gouvernements à évaluer leurs partenaires technologiques, à décider avec qui collaborer, et, le cas échéant, à développer leur propre politique de souveraineté numérique, par exemple via des centres de données (data centers) locaux.

Le deuxième axe est l’accompagnement à l’élaboration des politiques publiques en IA, notamment sur le plan réglementaire international. « Nous aidons les États à construire leur cadre juridique et stratégique. »

Troisième volet, plus inattendu : le soutien aux entreprises technologiques des pays du Sud. Si les géants du numérique sont majoritairement concentrés dans les pays du Nord (États-Unis, Chine), Christophe Ravel souligne l’émergence de forces vives en Afrique, notamment au Cameroun, au Rwanda, ou encore en Côte d’Ivoire et au Gabon. « Ces entreprises souhaitent promouvoir leurs solutions à l’international, mais elles se heurtent à la diversité des réglementations. Chaque zone a ses propres règles. Pour y accéder, il faut obtenir des certifications. »

GAIGI agit alors comme un accélérateur, en réalisant des analyses de conformité et en assurant une représentation à l’étranger. « Nous permettons à tous de naviguer dans des réglementations obscures pour les non-spécialistes. »


  1. À l’OMC, la parole indirecte mais l’écoute directe

Si GAIGI ne dispose pas du micro officiel à la tribune de la MC14, l’ONG mise tout sur les discussions bilatérales avec les États. « Nous sommes en contact direct avec de nombreuses délégations depuis Genève. Nous expliquons notre démarche, nous avons déjà sensibilisé beaucoup d’ambassadeurs. Nous avons mis le doigt sur un besoin essentiel : celui d’un partenaire de confiance. »

Car derrière les questions numériques se jouent des enjeux de puissance économique. Chaque État cherche à tirer son épingle du jeu. « L’Afrique a besoin d’un espace neutre où tout le monde peut discuter ensemble et se retrouver. C’est ce que nous essayons de construire à Genève, avec une tradition de neutralité et de multilatéralisme. Chacun peut s’exprimer, puis faire ses choix en fonction de ses intérêts propres. »

L’institut genevois est ainsi venu à la conférence ministérielle pour « vérifier sur le terrain » ce qui avait été discuté à Genève : les États comprennent-ils leur approche ? Sont-ils intéressés ? « Jusqu’ici, ces points sont validés. Nous espérons que cela continuera à se développer et à prendre forme. »


  1. Une première découverte du Cameroun et des satisfactions stratégiques

Christophe Ravel se dit satisfait de cette conférence ministérielle, mais aussi heureux d’avoir découvert le Cameroun. « C’était ma première fois ici. J’ai trouvé un véritable amour du pays, un secteur informel très dynamique et développé. »

Pour GAIGI, cette participation constitue un succès dans la mesure où « nous n’avons plus besoin d’être légitimés par ce que nous faisons ». Les contacts établis ont permis des actions concrètes. L’ONG précise toutefois son positionnement : « Nous n’intervenons pas sur les normes elles-mêmes. Chaque État décide de sa propre réglementation. Nous nous adaptons à ce qu’ils font. Dans ce cadre, tout le monde commence à bien comprendre notre rôle : nous intervenons sur la description des normes et les certifications. »


GAIGI, facilitateur discret mais indispensable d’une gouvernance mondiale de l’IA

En conjuguant présence de terrain à Genève et immersion dans les grands rendez-vous multilatéraux comme l’OMC, GAIGI s’impose comme un acteur original et utile. Ni prescripteur, ni normateur, l’institut se veut un partenaire de confiance pour les États et les entreprises du Sud, à l’heure où l’IA et les données redessinent la carte des souverainetés. Une approche pragmatique et respectueuse, qui pourrait bien faire des petits dans l’écosystème encore balbutiant de la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle.

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