SOCIETE

« Je me désabonne » : Juliette Doriane Ngah Bidjo fait du « bouton de résiliation » un acte de survie

Written by Annette Olinga


La parole est un acte, et parfois, le silence est une violence. Samedi 14 mars 2026, au Musée National de Yaoundé, Juliette Doriane Ngah Bidjo a transformé la dédicace de son second essai en un véritable manifeste pour la libération des consciences. En clôture de la quatrième édition de SHEUP, un programme intensif dédié à l’autonomisation féminine, l’auteure a présenté « Je me désabonne », un ouvrage qui ancre la réflexion intellectuelle dans les réalités les plus intimes du vécu des femmes.

L’écrin du Salon International de l’Industrie du Livre a ainsi accueilli une double célébration : celle de la formation pratique et celle de la pensée. Durant quatre jours, les participantes de SHEUP ont été formées aux métiers pratiques et au leadership. La présentation du livre, publié aux Éditions de Midi, est venue couronner ces échanges, agissant comme un miroir théorique des ateliers menés sur la santé psychique et la reconstruction personnelle.

L’algorithme de l’emprise sociale

À travers « Je me désabonne », Juliette Doriane Ngah Bidjo ne livre pas un simple récit, mais une grille de lecture des mécanismes invisibles qui fragilisent l’équilibre intérieur. Elle y décrit un « bruit de fond » sociétal fait d’injonctions paradoxales, de jugements intériorisés et de violences psychologiques silencieuses.

En empruntant une métaphore puissante à l’ère numérique, elle compare la vie des femmes à un abonnement forcé à des flux toxiques : celui des étiquettes réductrices (« stérile », « trop instruite », « Ndjouksa ») qui fragmentent l’identité et altèrent la santé mentale. L’ouvrage, structuré en quatre chapitres – de « L’Algorithme de l’Emprise » au « Bouton “Se Désabonner” » – se présente comme un manuel de restauration de soi.

« Ce livre n’est pas né d’une envie d’écrire, mais d’une nécessité de respirer », confie-t-elle en préambage. « J’ai vu des femmes brillantes s’éteindre pour ne pas déranger. La violence psychologique n’est pas une fatalité culturelle, c’est un poison. Notre vie est un abonnement, et tout abonnement qui nous détruit doit être résilié. »

Une voix qui porte au-delà des frontières

Figure bien connue du paysage social camerounais, Juliette Doriane Ngah Bidjo est loin d’être une novice en matière de plaidoyer. Diplômée en Lettres Modernes et experte en communication, elle préside l’association FEVADJOSS, à travers laquelle elle œuvre pour l’épanouissement des femmes et la réinsertion des personnes incarcérées. Son engagement lui a valu d’être nominée par le MIPAD (ONU) parmi les 100 personnalités d’ascendance africaine les plus influentes au monde.

Ce second opus, après le succès de Miroir, ancre un peu plus sa mission dans le concret. En couvrant des thèmes allant de l’impact individuel du « Miroir brisé » aux ravages sociétaux du « Virus de l’Oppression », elle esquisse les contours d’un engagement durable.

La cérémonie de dédicace a pris des allures de communion. Les participantes de SHEUP, témoins privilégiées de cette dynamique, ont vu dans ces pages le reflet de leur propre cheminement. Entre témoignages poignants (« Le Chœur des Résilientes ») et prise de conscience collective, l’assistance a mesuré l’importance de transformer la colère sourde en une quête d’équilibre.

Comme le souligne si justement la préfacière de l’ouvrage, une servante de l’État œuvrant dans les régies financières : « La santé d’une nation se mesure à la vitalité psychologique de ses forces vives. Les femmes sont les piliers de notre économie et de nos foyers. Lorsqu’elles subissent ce “bruit de fond”, c’est tout l’édifice social qui s’érode. »

Avec « Je me désabonne », Juliette Doriane Ngah Bidjo ne se contente pas de tendre un miroir ; elle tend un bouton, celui de la résiliation salvatrice. Un acte politique, intime et nécessaire.


Juliette Doriane NGAH BIDJO
« Je me désabonne »
Éditions de Midi, collection Société
107 pages, 4 chapitres.
Disponible en librairie.

About the author

Annette Olinga

Leave a Comment