La modernisation du réseau routier camerounais, un chantier prioritaire pour la croissance économique, a été au cœur d’un dialogue stratégique entre le gouvernement et le Fonds Monétaire International (FMI). Le Ministre des Travaux Publics (MINTP) a reçu, ce mercredi 5 février, une délégation du FMI conduite par Madame Christine Dieterich, Chef de mission, dans le cadre des consultations annuelles de l’institution.
Ces échanges, auxquels participait l’Équipe-Pays du FMI, visaient à examiner les politiques économiques du Cameroun, avec un focus sur les réformes structurelles. Le secteur des infrastructures de transport, et particulièrement le réseau routier, a été identifié comme un levier critique pour la transformation de l’économie nationale.
Une vision stratégique alignée sur la SND30
Le Ministre a présenté la vision gouvernementale, en phase avec la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). Celle-ci place l’extension, la densification et l’entretien du réseau routier au cœur de sa politique d’infrastructures. Cette ambition s’opérationnalise à travers des instruments de planification comme la Stratégie Intégrée des Infrastructures de Transport Multimodal (S2ITM) et le Plan Directeur Intermodal.
« Le réseau routier est l’épine dorsale de notre stratégie de développement. Il connecte les centres de production aux ports, ouvre les zones enclavées et fluidifie les échanges à l’intérieur du pays et avec nos voisins », a souligné le Ministre devant la mission du FMI.
Un bilan en demi-teinte : progrès notables mais dégradation préoccupante
L’audience a permis un état des lieux détaillé du réseau national, qui s’étend sur 121 873 km (autoroutes, routes nationales, régionales et communales) selon la nomenclature de 2017. Un progrès significatif a été enregistré : le linéaire bitumé a plus que doublé en quinze ans, passant de 5 200 km en 2009 à 10 939,92 km fin 2025.
Cependant, ce chiffre reste insuffisant face aux besoins d’un pays en forte croissance. Plus alarmant, l’état général du réseau se dégrade. Les chiffres présentés révèlent une situation critique : au 31 décembre 2025, seulement 10,59% des routes étaient considérées en bon état, contre 25,80% en état moyen et 63,66% en mauvais état de circulation. Cette dégradation menace directement la compétitivité économique et la sécurité des usagers.
Des goulots d’étranglement identifiés, des solutions en cours
Face à ce constat, le Ministre a identifié plusieurs obstacles entravant l’exécution optimale des projets routiers. Parmi eux figurent l’insécurité persistante dans certaines zones d’intervention, notamment dans les régions en proie à des crises, et la lourdeur de certaines procédures imposées par les Partenaires Techniques et Financiers. Le gouvernement a assuré que des mécanismes étaient activement recherchés pour lever progressivement ces contraintes.
La mission du FMI, dont le rôle est de formuler des recommandations pour renforcer la stabilité et la croissance, a pris note de ce diagnostic. Les discussions ont porté sur les moyens d’optimiser l’allocation des ressources, d’améliorer l’efficacité des investissements publics dans le secteur et de créer un environnement plus propice aux partenariats.
Cette rencontre souligne la reconnaissance, tant par Yaoundé que par ses partenaires financiers internationaux, du caractère urgent et stratégique du relèvement du réseau routier camerounais. Les conclusions des consultations du FMI, attendues prochainement, devraient inclure des pistes concrètes pour accélérer la matérialisation de la vision gouvernementale et inverser la tendance à la dégradation des infrastructures.

