À l’approche de la 41e édition de la Journée internationale de la femme, le ministère des Travaux publics (MINTP) a abrité, ce mercredi 4 mars 2026, une conférence-débat de haut niveau sur un sujet au cœur des préoccupations des agentes de ce département stratégique. Autour du thème « Discrimination positive, droits, justice et incitation en vue d’une montée en compétences des femmes du MINTP », cadres et personnels ont échangé en présence du ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, et sous la modération du Pr Corine Esse, Conseiller Technique n°2.
Une salle de réunion du 3e étage de l’immeuble siège pleine à craquer, malgré quelques absences remarquées que le ministre n’a pas manqué de relever, a accueilli cette rencontre placée sous le signe du partage et du plaidoyer.
Compétences féminines et exigences managériales : un double regard
La première phase des échanges a porté sur la thématique des compétences des femmes au MINTP, face aux exigences managériales et aux défis du terrain. Mme Ongolo a ouvert le bal en dresseant un tableau réaliste : si les femmes apportent indéniablement une combinaison de compétences pointues dans les domaines du génie civil, de la gestion de projets d’infrastructures et de la maîtrise des normes qualité et sécurité, elles se heurtent encore à une inaccessibilité à certaines fonctions liées à la gestion des projets routiers.
Prenant le relais, le Directeur des investissements routiers a enrichi la réflexion en définissant les contours de la compétence telle qu’attendue par un manager. Au-delà des connaissances techniques (maîtrise des concepts, des procédures et des normes), il a insisté sur la capacité à appliquer ces savoirs à des situations concrètes. Son conseil aux dames : apprendre à gérer leurs émotions et celles des autres, un facteur clé dans l’exercice des responsabilités.
Discrimination positive : le fossé entre la théorie et les chiffres
Le second axe de l’échange, consacré à la discrimination positive, aux droits et à la justice, a été animé par M. Mbella Eboumbou Jean-Michel, Directeur Général des Travaux d’Infrastructures, et Mme Yvette Tsingang, Directeur des Contrats. Cette dernière a rappelé la définition de la discrimination positive : un ensemble de mesures visant à traiter de manière préférentielle certaines catégories de population pour améliorer l’égalité des chances.
Mais les chiffres présentés par la cellule SIGIPES sont venus tempérer les ardeurs. Sur un effectif total de 2 185 personnels au MINTP, on ne compte que 444 femmes, soit à peine plus de 20 %. La répartition aux postes de responsabilité est encore plus parlante :
· 0 % de femme ministre ou secrétaire général d’État ;
· 21 % de directrices ;
· 11 % de déléguées régionales ;
· 17 % de cheffes de service ;
· 15 % de cheffes de bureau.
Au total, la représentativité féminine aux postes de responsabilité plafonne à 14,14 %, un chiffre bien loin de l’idéal d’égalité souhaité par les femmes du ministère.
La réponse du ministre : « Rien ne se donne, tout se conquiert »
Interpellé directement par la modératrice sur sa vision et ses engagements, le ministre Emmanuel Nganou Djoumessi a livré une réponse dense, oscillant entre franchise, encouragement et exigence.
D’entrée de jeu, il a tenu à rappeler que les femmes ne constituent pas « une catégorie professionnelle à part ». Elles sont astreintes aux mêmes valeurs que leurs collègues masculins : dévouement, assiduité, abnégation. S’agissant des nominations, il a insisté sur la notion de « construit » : « La fonction de délégué régional, de directeur ou de chef de bureau, c’est un construit. Vous n’allez pas prendre un professeur d’histoire-géographie pour en faire un délégué départemental des Travaux publics simplement parce qu’il faut qu’une femme soit représentée. Il faut travailler à réaliser le profil adéquat. »
Le ministre a souligné les efforts de l’État pour favoriser l’entrée des jeunes filles dans les grandes écoles d’ingénieurs ces dernières années, afin de constituer un vivier pour l’avenir. Mais il a aussi pointé du doigt certaines attitudes : « Il n’y a pas assez de femmes ayant le profil adéquat, et même celles qui y sont parfois se détachent des valeurs qui préparent à la carrière. »
Savoir-être et savoir-faire : le duo gagnant
Pour le patron des Travaux publics, la compétence est un alliage de savoir-faire et de savoir-être. Au-delà des compétences techniques, il a insisté sur l’importance de la collaboration et de la participation à la vie collective. « Quel que soit ce que vous représentez, à partir du moment où vous êtes détachée de l’équipe à laquelle vous êtes censée appartenir, vos compétences sont noyées dans cette insuffisance. »
Il a également évoqué la nécessité de se former en continu pour sortir de l’anachronisme : « L’ingénierie d’aujourd’hui est absolument distincte de celle d’hier. Il faut se mettre à jour pour batailler à armes égales. »
Harcèlement : une promesse de vigilance
Interrogée sur la question sensible du harcèlement en milieu professionnel, souvent tue, la modératrice a obtenu une réponse claire du ministre : « Je note bien la plainte de celles qui subissent des attitudes condamnables. Soyez-en rassurées, une telle situation ne peut pas être acceptée. »
Il a toutefois invité les femmes à rester affirmatives et à conquérir leur place par le travail et la conviction.
Un hommage appuyé aux compétences féminines
Dans un élan de sincérité, le ministre a rendu un hommage appuyé aux femmes : « Trois fois sur quatre, quand vous confiez une charge de responsabilité qui commande de la loyauté et de la fidélité à une dame, elle la réalise mieux qu’un homme. Mais il faut réussir à détecter cette dame. Malheureusement, souvent, elles sont timorées. Il faut les mettre en confiance, et quand vous aurez réussi, vous aurez les meilleurs résultats. »
Devoir de mentorat et appel à la discipline
Enfin, le ministre a rappelé le devoir de mentorat des supérieurs hiérarchiques, mais aussi la responsabilité des subordonnées de solliciter cet accompagnement. Il a également pointé du doigt l’absence remarquée de nombreuses agentes à cette rencontre, y voyant une forme d’indiscipline préjudiciable à leur propre cause. « Celles qui ne sont pas là peuvent être considérées comme des indisciplinées. Si cela leur est imputé comme insuffisance, pourra-t-on dire que le ministre n’a pas honoré les femmes ? Les femmes doivent se remettre en cause dans leurs attitudes. »
Le mot de la fin : un plaidoyer en construction
En clôture, le Pr Corine Esse a salué la qualité des échanges et la participation des personnels. « Nous avons amorcé la construction d’un plaidoyer qui sera bénéfique pour les femmes. Notre hiérarchie est disposée à accompagner les femmes dans l’expression de leurs compétences pour une représentativité améliorée dans les postes de responsabilité. »
Une rencontre qui aura permis de poser les termes d’un dialogue exigeant mais nécessaire, entre la volonté affirmée des femmes d’accéder à plus de responsabilités et les exigences d’un ministère de la performance, où rien ne se donne, mais tout se conquiert.

