La 13ème édition de la Rentrée scientifique au Cameroun s’est tenue ce mardi 31 Mars 2026 au siège du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (MINRESI). Placée sous le thème « Autonomisation des jeunes et des femmes à travers la création d’entreprises par la valorisation des résultats de la recherche scientifique et des innovations », cette grand-messe de la science camerounaise a été l’occasion pour la ministre de tutelle, le Dr Madeleine Tchuinte, de fixer un nouveau cap : celui d’une recherche de troisième génération, résolument tournée vers l’économie réelle et la création de richesses.
L’événement, qui s’inscrit dans le nouveau septennat des « Grandes Espérances » voulu par le Chef de l’État, a réuni un parterre de chercheurs, d’universitaires, de décideurs publics et d’acteurs du secteur privé, tous unis par une ambition commune : transformer les avancées scientifiques en moteurs concrets de développement socio-économique.
Une recherche de troisième génération pour relever les défis démographiques
L’ouverture de la cérémonie a été marquée par un constat partagé : face à une croissance démographique soutenue qui exerce une pression croissante sur le marché de l’emploi, l’émancipation économique des jeunes et des femmes apparaît comme une nécessité absolue. Dans ce contexte, la valorisation des résultats de la recherche scientifique s’impose comme un levier durable pour relever ce défi.

Dans son discours d’orientation, Dr Madeleine Tchuinte, Ministre de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, a insisté sur la nécessité d’opérer une rupture avec les approches traditionnelles. « La transition vers une recherche de troisième génération apparaît désormais comme un impératif incontournable », a-t-elle déclaré, esquissant les contours d’une science qui ne se contente plus de produire du savoir, mais qui le transforme en innovations, en brevets et en entreprises.
Cette nouvelle orientation s’articule autour de plusieurs priorités stratégiques :
· Modernisation de l’agriculture : Transformer l’agriculture de subsistance en une agriculture moderne et compétitive, grâce à l’intégration de l’intelligence artificielle et des technologies numériques.
· Développement aéronautique et spatial : Accélérer les programmes en cours pour positionner le Cameroun parmi les acteurs de premier plan dans les technologies avancées.
· Souveraineté pharmaceutique : Accorder une attention accrue au secteur pharmaceutique pour transformer les découvertes scientifiques en opportunités d’emploi et améliorer l’accès aux soins de qualité.
· Économie bleue et énergies renouvelables : Valoriser les ressources maritimes et renforcer les investissements dans les énergies propres pour répondre aux enjeux environnementaux.
· Énergie nucléaire civile : Envisager l’intégration de l’énergie nucléaire à des usages civils comme solution prometteuse pour une infrastructure énergétique durable et performante.
Une volonté présidentielle affirmée et des moyens conséquents
La Rentrée scientifique 2026 s’inscrit dans une dynamique politique forte. Le Président de la République, S.E. Paul Biya, a réaffirmé, à travers plusieurs actes et discours, l’importance cruciale de la recherche scientifique dans son programme de développement socioéconomique.

Deux décrets majeurs ont ainsi consolidé le Système National de Recherche et d’Innovation (SNRI) : l’un consacrant un statut spécial aux chercheurs institutionnels, l’autre portant sur la revalorisation de leurs primes. Par ailleurs, la réorganisation quasi-totale des instituts de recherche en Directions Générales — à l’image de la MIPROMALO, de l’IRGM ou encore de l’ASRAN pour le nucléaire — témoigne de la volonté de structurer et de professionnaliser le secteur.
Sur le plan des ressources humaines, le Chef de l’État a accordé un recrutement spécial de plus de 1 000 chercheurs entre 2015 et 2025, avec des vagues successives ayant permis de renforcer significativement les effectifs du SNRI.

Mais c’est sans doute l’annonce d’un fonds spécial de 50 milliards de francs CFA, inscrit dans la loi de finances 2026, qui a suscité le plus d’enthousiasme. Ce fonds, destiné à appuyer les initiatives entrepreneuriales portées par les jeunes et les femmes, vise à financer des projets novateurs et porteurs. Le MINRESI invite activement les jeunes chercheurs à soumettre leurs idées afin de bénéficier de cet appui financier.
Le potentiel scientifique face au défi de la valorisation
La cérémonie a été marquée par la leçon inaugurale du Dr Tchakam Kamtchueng Brice, Maître de Recherche à l’Institut de Recherches Géologiques et Minières (IRGM). Devant un auditoire composé notamment du Directeur Général de l’IRAD et de nombreux chercheurs, il a livré une analyse sans concession de l’état de l’innovation au Cameroun.
« Dans un contexte mondial marqué par l’essor de l’économie de la connaissance, la transformation des avancées scientifiques en innovations, puis leur conversion en activités créatrices de richesse, constitue un levier essentiel pour renforcer la compétitivité et promouvoir un développement durable au Cameroun », a-t-il posé en préambule.
Il a rappelé les atouts considérables du pays :
· Un avantage démographique : une population majoritairement jeune (près de 70 %) et une contribution significative des femmes (un peu plus de la moitié de la population) à l’économie active.
· Un SNRI actif : des instituts de recherche dynamiques dans des domaines stratégiques tels que l’agriculture, la santé, les matériaux locaux, les ressources naturelles et les technologies.
· Un tissu entrepreneurial en développement : en 2024, le pays comptait 444 302 entreprises en activité, majoritairement des PME, avec une implication notable des jeunes.
Cependant, le Dr Tchakam a pointé les faiblesses persistantes. « Malgré ce potentiel, l’un des défis majeurs réside dans la faible transformation des résultats de la recherche scientifique en innovations commercialisables et intégrées aux chaînes de valeur », a-t-il déploré. Cette situation s’explique notamment par un déficit de synergie entre les acteurs de la recherche et ceux du marché, ainsi que par des contraintes structurelles : poids de l’économie informelle, accès limité aux financements, insuffisance des infrastructures.

Concernant la participation des femmes à l’entrepreneuriat, il a noté une proportion encore insuffisante : seulement 36,4 % des entreprises sont dirigées par des femmes, une proportion encore plus faible dans les grandes entreprises.
Sa conclusion a appelé à une action résolue : « Le renforcement des interactions entre la recherche, l’innovation et l’entrepreneuriat constitue une condition indispensable pour transformer le potentiel scientifique en moteur de création de richesse. Une telle dynamique permettra non seulement de générer davantage de valeur ajoutée, mais également de promouvoir un développement économique inclusif et durable au Cameroun ».
Les objectifs et ambitions de la Rentrée scientifique 2026
Le Pr Ndifon Peter Teke, Coordonnateur général de la Rentrée Scientifique 2026, a présenté l’exposé des motifs de cette édition, rappelant que l’événement s’inscrit directement dans la mission institutionnelle du MINRESI : la valorisation, la vulgarisation et l’exploitation des résultats de recherche.
« La Rentrée scientifique constitue un événement annuel clé pour opérationnaliser ces missions. Elle permet de présenter les avancées de la recherche, d’identifier les résultats matures et de les connecter à des applications pratiques, notamment par la création d’entreprises innovantes », a-t-il expliqué.
Les objectifs assignés à cette édition sont ambitieux et multidimensionnels :
Objectif général :
Promouvoir la création d’entreprises innovantes camerounaises portées par les jeunes et les femmes à partir des résultats de la recherche scientifique et des innovations.
Objectifs spécifiques :
· Sensibiliser les chercheurs et innovateurs sur les opportunités de l’entrepreneuriat scientifique ;
· Présenter les mécanismes de valorisation des résultats de recherche (brevets, licences, incubateurs, partenariats public-privé) ;
· Mettre en relation chercheurs, investisseurs, structures d’accompagnement et décideurs publics ;
· Encourager le développement de start-ups technologiques et d’entreprises innovantes ;
· Identifier les contraintes à la transformation des résultats de recherche en entreprises et proposer des solutions ;
· Stimuler les collaborations entre chercheurs, industriels et utilisateurs pour accélérer la valorisation ;
· Renforcer les capacités techniques et infrastructurelles des laboratoires de recherche ;
· Valoriser les innovations locales pour réduire la dépendance aux importations.
Un cadre institutionnel et politique favorable
La Rentrée scientifique 2026 s’appuie sur un arsenal juridique et stratégique solide :
· La Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30) , qui priorise l’industrialisation endogène et la valorisation des innovations pour une croissance inclusive, avec un focus sur l’emploi des jeunes et l’entrepreneuriat féminin.
· La Politique Nationale de Promotion de l’Entrepreneuriat des Jeunes (décret n° 2023/456 du 15 novembre 2023).
· Le Plan National d’Appui à l’Entrepreneuriat Féminin (2024-2028) , qui prévoit des mécanismes spécifiques comme des fonds de garantie et des incubateurs dédiés aux femmes.
Ce cadre a été renforcé par le discours présidentiel du 10 février 2026, à la veille de la 60e Fête de la Jeunesse. Le Chef de l’État y encourageait explicitement la jeunesse à « continuer d’entreprendre et d’avancer, quelles que soient les difficultés et les obstacles », soulignant que « c’est le secret de la réussite ». Il rappelait les mesures phares : la dotation de 50 milliards de FCFA pour l’entrepreneuriat des jeunes, le relèvement des subventions du Fonds National de l’Emploi (FNE), les exemptions fiscales pour les entreprises recrutant des jeunes diplômés, et l’insertion des jeunes dans les travaux à haute intensité de main-d’œuvre.
Déroulement et perspectives
La Rentrée Scientifique 2026 s’est articulée autour de plusieurs temps forts :
· Une procession solennelle des différents démembrements du Corps des Chercheurs, marquant l’unité et la fierté de la communauté scientifique ;
· Une leçon inaugurale magistrale du Dr Tchakam Kamtchueng Brice, qui a posé le diagnostic et les perspectives ;
· Le discours d’orientation de la ministre, fixant la feuille de route pour les années à venir ;
· La célébration d’un éminent chercheur, dont les travaux ont apporté une contribution déterminante au développement national.
Au-delà de la cérémonie, les résultats attendus de cette édition sont nombreux :
· Renforcement de la synergie entre le SNRI et le secteur industriel ;
· Dynamisation des interactions entre jeunes chercheurs et entreprises innovantes ;
· Établissement de partenariats stratégiques entre chercheurs et acteurs du secteur privé ;
· Élaboration d’une feuille de route pour renforcer l’écosystème d’innovation ;
· Médiatisation des innovations à fort potentiel socio-économique.
L’innovation au service de l’inclusion
En cette 31 mars 2026, la Rentrée scientifique a tenu toutes ses promesses. Elle a réaffirmé avec force la conviction que la science, lorsqu’elle est mise au service de l’économie et de l’inclusion sociale, devient un puissant levier de transformation.
En mettant l’accent sur l’autonomisation des jeunes et des femmes, le MINRESI ne se contente pas de répondre à une urgence sociale ; il investit dans l’avenir du Cameroun. Comme l’a souligné le Pr Ndifon Peter Teke, cette édition agit comme un « levier opérationnel pour traduire les orientations présidentielles en actions concrètes : incubation de projets innovants portés par des jeunes et des femmes, transfert technologique des laboratoires vers des PME, et mobilisation de financements alignés sur les priorités nationales ».
Avec le fonds de 50 milliards de FCFA, les réformes institutionnelles et l’engagement renouvelé de la communauté scientifique, le Cameroun semble avoir réuni les conditions pour faire de cette ambition une réalité tangible. Reste désormais à transformer cette dynamique en entreprises florissantes, en emplois durables et en innovations qui irrigueront tous les secteurs de l’économie nationale.

