SOCIETE

Sommet Afrique-France 2026 à Nairobi : La société civile camerounaise prépare sa feuille de route pour un partenariat renouvelé avec la France

Written by Annette Olinga


À l’approche du prochain Sommet Afrique-France, prévu à Nairobi en 2026, la société civile camerounaise ne veut plus subir la coopération. Elle entend désormais la co-construire. C’est dans cet état d’esprit que l’initiative citoyenne « Vu du Cameroun » a organisé, le 20 février dernier à la Fondation Muna à Yaoundé, sa deuxième concertation thématique dédiée à la Gouvernance et à la Démocratie.

Portée par une jeunesse experte issue de la recherche, de la société civile et du secteur privé, cette dynamique 100 % endogène vise un objectif clair : évaluer la responsabilité des acteurs locaux et l’impact des partenariats internationaux dans le renforcement des processus démocratiques au Cameroun.

« Co-responsabiliser les acteurs » : la fin d’une coopération à sens unique

Loin des discours convenus, l’ambition de « Vu du Cameroun » est de renverser la perspective. Pour Eric Léonel Loumou, leader de la dynamique, il est impératif de sortir d’une logique d’assistanat.

« Aujourd’hui, il ne faudrait plus qu’on se projette dans des coopérations où nous attendons tout de nos partenaires internationaux. Nous devons être dans des coopérations où nous-mêmes, nous nous sentons responsables de notre propre développement. »

Cette deuxième rencontre s’inscrit dans une série de consultations à travers le pays. Après les industries culturelles et créatives à Douala, les participants de Yaoundé ont planché sur une question centrale : Quel est l’apport de partenaires comme la France, et comment le sommet Afrique-France peut-il servir de levier pour améliorer la gouvernance et la démocratie au Cameroun ?

La France se pense, le Cameroun se questionne

Si le sommet de Nairobi doit acter une nouvelle ère dans les relations entre la France et le continent, la jeunesse camerounaise refuse d’en être un simple spectateur. Jokem Quinivet, porte-parole de « Vu du Cameroun », insiste sur la nécessité d’une analyse lucide et proactive.

« Nous nous posons des questions : pour entrer dans ce partenariat renouvelé avec la France, qu’est-ce que le Cameroun veut pour lui-même ? Qu’est-ce que nous, Camerounais, proposons ? Le Cameroun d’aujourd’hui est constitué de jeunes très informés, qui ont les yeux braqués sur la réalité politique et économique. Nous avons pris la ferme décision d’être entièrement impliqués dans la politique de notre pays. Nous voulons comprendre en quoi cette relation va nous être bénéfique. »

L’héritage de Montpellier : un bilan en demi-teinte et des leçons pour l’avenir

Pour éclairer la réflexion, l’acteur de la société civile Ateki Seta Caxton, président de New Seta, a partagé son expérience du sommet de Montpellier. Invité comme porte-parole de la jeunesse camerounaise lors de ce format inédit qui avait fait la part belle à la société civile, il en a livré un bilan nuancé.

Si des avancées concrètes ont été notées — comme la création du Fonds d’innovation pour la démocratie ou les études de préfiguration de la Maison des Mondes Africains —, il a mis en garde contre les illusions.

« À Montpellier, nous n’avions pas l’illusion de vouloir résoudre tous les malentendus entre la France et l’Afrique. Après les recommandations, d’autres facteurs interviennent, comme la volonté politique du côté africain, la mobilisation et l’efficacité de l’action. »

Il a salué l’initiative locale qui a suivi : la mise en place d’un conseil de suivi des recommandations, transformé depuis en plateforme internationale de coopération, et qui a permis de contextualiser les engagements pris au niveau national.

Un appel à la stratégie pour Nairobi 2026

Fort de ce retour d’expérience, Ateki Seta Caxton a adressé un message aux jeunes qui porteront la voix du Cameroun à Nairobi :

« La jeunesse qui partira à Nairobi doit garder à l’esprit qu’elle n’y va pas pour résoudre tous les problèmes. Il faut utiliser une stratégie : choisir ce qui est important pour nous, définir quel est notre intérêt en tant que jeunesse africaine, et défendre cela avec force. »

Avec ces concertations citoyennes, « Vu du Cameroun » pose ainsi les premières pierres d’une contribution structurée et exigeante. L’objectif est clair : faire en sorte que la voix du Cameroun, portée par une jeunesse informée et responsable, résonne avec force à Nairobi en 2026, pour une coopération basée sur le respect, l’intérêt mutuel et la co-responsabilité.

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