Le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique le Professeur Fuh Calistus Gentry, était l’invité de la CRTV il ya quelques jours. Face aux caméras, il a détaillé la stratégie gouvernementale pour faire du Cameroun une nation minière émergente, avec un accent particulier sur l’industrialisation, la lutte contre la contrebande d’or et le retour du pays au sein de l’ITIE.
2025, année historique pour la mine camerounaise
« L’année 2025 doit être historique, car c’est celle au cours de laquelle le Cameroun est devenu un pays minier. » C’est par cette déclaration solennelle que PR. FUH CALISTUS GENTRY a ouvert les hostilités. Loin des promesses, le ministre affirme que le passage à l’action est effectif. Si le chef de l’État avait initialement ordonné le démarrage de trois grands projets (Mbalam, Kribi et Grand-Zambi), le gouvernement a largement dépassé cet objectif.
« Aujourd’hui, nous avons des projets comme Sinosteel, la bauxite de Minim-Martap, la transformation du calcaire en clinker, sans oublier le projet aurifère de Colomine », a énuméré le ministre. Et d’annoncer la couleur pour 2026 : cinq nouveaux projets miniers seront lancés, portant à une dizaine le nombre de sites en phase de démarrage.
Le fer, priorité nationale : de Grand-Zambi à Mbalam
Concernant la filière fer, l’exécutif distingue deux axes stratégiques. D’un côté, l’axe Océan (Ngovayang, Grand-Zambi, Sinosteel, Ntem) bénéficie de la proximité du port de Kribi mais doit faire face à des teneurs en minerai relativement faibles, nécessitant un enrichissement. De l’autre, l’axe Mbalam-Nkout dispose d’un minerai naturellement riche, mais se heurte à un défi d’infrastructures.
« Grand-Zambi est en production au moment où je vous parle, et les exportations sont en cours », s’est félicité le ministre. Cependant, l’objectif ultime n’est pas l’exportation brute. Des tests sont menés pour porter la teneur du minerai (actuellement entre 33 % et 64 %) à près de 100 %, afin de produire des billettes, base de l’industrie sidérurgique locale.
Bauxite : le réveil de Minim-Martap
Longtemps considéré comme un projet dormant depuis l’indépendance, le gisement de bauxite de Minim-Martap (région de l’Adamaoua) sort enfin de terre. Inauguré par le Premier ministre, le projet avance sur plusieurs fronts : route Makor-Martap en chantier, voie ferrée Makor-Douala en réhabilitation.
« D’ici mai-juillet, 160 wagons et locomotives arriveront. Les premiers ajustements ferroviaires s’achèveront en août, pour des premières exportations de bauxite en octobre 2026 », a détaillé le ministre. La construction de l’unité de transformation en alumine débutera en 2027, une aubaine pour la relance d’Alucam et la création d’emplois locaux (transport, sous-traitance, zones de stockage à Douala).
Calcaire et clinker : vers la fin de la dépendance
Le projet de Bidzar (Figuil, région du Nord) s’inscrit dans la volonté de réduire les importations de clinker. Actuellement, il revient moins cher d’importer du clinker pour les usines de Douala que de l’acheminer par route depuis le Nord. La prochaine étape, à Mintom (Sud), permettra de desservir toute la partie méridionale du pays.
Or : la guerre contre la contrebande et la fausse déclaration
Le sujet le plus sensible reste l’or. Face aux scandales récurrents et à une enquête prescrite par la présidence de la République, le ministre a assumé une position claire : « Le Cameroun a pris des mesures très concrètes pour développer la mine industrielle. C’est la solution. C’est ce qui est rentable et là où il n’y a pas de contrebande. »
Quatre projets industriels aurifères sont en développement : Colomine, Mborguene (avec le géant Shandong), Bibémi (avec un partenaire anglais) et Mbe. L’objectif pour 2026 est que ces mines industrielles deviennent le pilier principal du secteur.
Concernant le désordre dans l’artisanat minier, le ministre a été sans concession. « Nous avons identifié 175 sites illégaux, qu’il faut fermer. » Une première mission a eu lieu, une seconde, plus musclée, est prévue pour démanteler les unités de production.
Interrogé sur la colère potentielle de ses collaborateurs ou sur d’éventuelles complicités, PR. FUH CALISTUS GENTRY a botté en touche tout en assénant une vérité : « Le ministère des Mines élabore la politique. Il ne collecte pas l’or. […] Les écarts observés ne datent pas de 2023. Ce phénomène existe dans tous les pays où la mine industrielle n’est pas suffisamment développée. »
Pour remédier aux fausses déclarations (cause majeure du trafic), l’État passe à la technologie : « des systèmes en vase clos » permettront un suivi en temps réel de la production, éliminant les risques de sous-déclaration. Actuellement, la Sonamine détient environ 1 500 kg d’or, contre moins de 37 kg depuis l’indépendance avant cette réforme.
ITIE : une suspension technique, un retour espéré en 2027
Le Cameroun a été suspendu de l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) en 2024. Contrairement aux idées reçues, le ministre assure que ce n’est pas un problème de transparence, mais « un déficit d’engagement de la société civile » (renouvellement des mandats des membres).
« Le collège a été renouvelé. Le rapport a été transmis. Une réévaluation est attendue pour un retour du Cameroun au sein de l’ITIE à l’horizon 2027 », a-t-il conclu.

