ECONOMIE

<< Le Train de vie de l’État >> : 15083 milliards de FCFA gaspillés en 14 ans l’alerte de Nacisse Palissy Chassem Tchatchum

Written by Annette Olinga

C’est dans l’amphithéâtre du programme GPE (Gestion des Politiques Économiques) de l’université de Yaoundé 1 qu’a eu lieu, ce 15 Mai 2026, une cérémonie intellectuelle d’envergure. Économiste statisticien de renom, enseignant à l’ISSEA et actuel directeur exécutif adjoint du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM), Nacisse Palissy Chassem Tchatchum a procédé à la dédicace de deux ouvrages ambitieux. En présence du professeure Viviane Ondoua Biwolé, directrice du programme GPE, du professeur Henri Tabi Ngoa, ainsi que des représentants du ministère de l’Éducation de base et de celui de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, l’auteur a posé un diagnostic sans complaisance sur les freins structurels à l’émergence du Cameroun à l’horizon 2035.

« Le Train de vie de l’État » : quand l’inefficience budgétaire dépasse les 15 000 milliards de FCFA

Le premier ouvrage, « Le Train de vie de l’État – Comment les dépenses publiques influent sur l’ambition d’émergence du Cameroun à l’horizon 2035 », préfacé par la Pr Viviane Ondoua Biwolé, repose sur une hypothèse forte : le secteur public n’est pas un simple régulateur, mais le véritable moteur du développement. Selon l’auteur, la vitalité du privé n’est que le reflet de l’efficacité, de la vision et de la sobriété de l’État.

L’ouvrage s’appuie sur une modélisation inédite des dépenses publiques entre 2010 et 2024. Le constat est sans appel : l’efficience moyenne « input » des dépenses publiques sur la période n’est que de 81,4 %. Autrement dit, 18,6 % des ressources publiques – soit environ 9 700 milliards de FCFA sur un total cumulé de près de 54 000 milliards – ont été utilisées de manière improductive. Ce « train de vie de l’État », que l’auteur définit comme la partie inefficiente des dépenses, est passé de 575,5 milliards de FCFA en 2011 à 1 693,6 milliards en 2023.

Une dérive budgétaire préoccupante est également mise en lumière : les dépenses de fonctionnement sont passées de 65 % du budget en 2016 à une projection de près de 80 % en 2026. « Le poids croissant du train de vie de l’État étouffe la capacité d’investissement et ne se traduit pas par une amélioration des services publics », alerte Nacisse Palissy Chassem Tchatchum.

Des choix stratégiques en question

L’auteur ne se contente pas de chiffres : il met en perspective les opportunités perdues. Avec les 15 083 milliards de FCFA gaspillés entre 2011 et 2024, le Cameroun aurait pu, par exemple, construire 500 hôpitaux de référence, 1 500 lycées techniques, 15 000 kilomètres de routes bitumées, ou encore 50 barrages hydroélectriques. Autant d’infrastructures qui auraient accéléré l’émergence.

Pourtant, les crises successives – baisse des cours du pétrole, insécurité dans l’Extrême-Nord, crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, Covid-19, guerre en Ukraine – ne sauraient justifier, selon lui, les dérives constatées. « Aucune de ces crises ne saurait justifier les choix opérés par les pouvoirs publics qui ont contribué à accroître le train de vie de l’État plutôt qu’à créer les conditions favorables à l’émergence », écrit-il. Il prend l’exemple du Burkina Faso et du Niger, confrontés au terrorisme, mais ayant enregistré une croissance moyenne supérieure à celle du Cameroun sur la période 2010-2022.

Rationaliser pour reconquérir la confiance publique

Dans sa préface, la Pr Viviane Ondoua Biwolé salue un « ouvrage captivant » qui « invite le lecteur à une réflexion rétrospective et introspective avec des évidences statistiques surprenantes et convaincantes ». Selon elle, la réduction du train de vie de l’État n’est pas seulement une mesure budgétaire : c’est le fondement de la cohésion sociale. L’auteur liste six impératifs : sobriété fiscale, productivité, résilience, discipline face à la dette, crédibilité de l’horizon 2035 et patriotisme économique.

Nacisse Palissy Chassem Tchatchum est clair : réduire le train de vie de l’État est possible, mais cela dépend avant tout d’une volonté politique ferme. « C’est le président de la République qui détient les clés de l’émergence », affirme-t-il, appelant à remplacer les membres du gouvernement qui ne respecteraient pas les instructions de rationalisation.

(À suivre : notre second article sera consacré au deuxième ouvrage de l’auteur, « Le Cameroun depuis 1982 – Trajectoires comparées et perspectives du développement en 44 indicateurs ».)

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