SOCIETE

87e session de la CADHP : Le RINADH tire la sonnette d’alarme sur les conflits, les discours de haine et l’exploitation numérique en Afrique

Written by Annette Olinga

Le Réseau des Institutions Nationales Africaines des Droits de l’Homme (RINADH) a livré un message solennel à l’ouverture de la 87e session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP). Dans une déclaration prononcée par son président, le Pr James Mouangue KOBILA, le réseau dresse un état des lieux préoccupant du continent, marqué par des crises humanitaires dévastatrices, une montée des discours néfastes et des défis technologiques sans précédent.

Un continent meurtri par les conflits et l’impunité

Le RINADH a d’abord rappelé l’urgence des situations au Soudan et dans l’est de la République démocratique du Congo. Ces conflits armés prolongés ont causé environ 150 000 morts au Soudan – un bilan largement sous-estimé en raison de la sous-documentation des décès indirects (famine, maladies, absence de soins) – et généré plus de 20 millions de déplacés. Face à une insécurité alimentaire aiguë et des violences sexuelles généralisées, le réseau dénonce une « impunité largement dominante » qui permet aux cycles d’abus de perdurer, tandis que la reconnaissance internationale insuffisante de ces tragédies conduit à des réponses inadéquates.

Discours de haine et désinformation : un danger croissant

Le professeur KOBILA a également mis en garde contre la prolifération des discours de haine, de la désinformation et de l’incitation à la violence, en particulier dans les contextes électoraux et les situations fragiles. L’expansion rapide des plateformes numériques amplifie ces phénomènes, dépassant souvent la capacité des cadres réglementaires. Le RINADH appelle les États à combattre ces fléaux avec une approche fondée sur les droits humains, préservant la liberté d’expression tout en réprimant les incitations à la discrimination et à la violence, conformément à la Charte africaine.

Migrations, exploitation et gouvernance des ressources naturelles

Le réseau alerte aussi sur l’aggravation des exploitations transnationales liées à la mobilité humaine (traite, extorsion, torture à des fins de rançon) ainsi que sur le recrutement de citoyens africains dans des conflits étrangers. Par ailleurs, la gouvernance des industries extractives – minières critiques pour la transition énergétique – est pointée du doigt : le RINADH exige un partage équitable des bénéfices et la protection des droits des communautés autochtones à un environnement satisfaisant.

L’intelligence artificielle : risques et opportunités

Face à l’évolution rapide des technologies numériques, y compris l’intelligence artificielle, le RINADH met en garde contre les risques de discrimination, d’atteinte à la vie privée et d’aggravation des inégalités. Les enfants et groupes vulnérables sont de plus en plus exposés à l’exploitation en ligne. Le réseau appelle à des mécanismes de contrôle, de transparence et de garanties centrées sur l’humain.

Les INDH au cœur de la protection, mais à renforcer

Les Institutions Nationales des Droits de l’Homme (INDH) sont présentées comme des « traits d’union » essentiels entre gouvernements et citoyens. Pour remplir pleinement leur mission de suivi, de conseil et de réforme, le RINADH insiste sur la nécessité de leur garantir l’indépendance et les moyens requis par les Principes de Paris, notamment face à la contraction de l’espace civique.

Le réseau réaffirme sa détermination à œuvrer aux côtés de la CADHP, des États membres et de toutes les parties prenantes pour que les droits de l’homme demeurent au centre des réponses aux conflits, au terrorisme, aux défis de gouvernance, au développement et aux transformations technologiques sur le continent africain.

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