SOCIETE

​87e Session de la CnADHP : Le Cameroun entre avancées institutionnelles et persistance de défis sécuritaires majeurs

Written by Annette Olinga

Du 11 au 20 mai 2026, la capitale gambienne accueille la 87e Session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples (CnADHP). Un rendez-vous historique qui coïncide avec le 45e anniversaire de l’adoption de la Charte africaine et le 40e de son entrée en vigueur. Présent à cette tribune, le Professeur James Mouangue Kobila, Président de la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC) — récemment porté à la tête du Réseau des institutions nationales africaines des Droits de l’homme (RINADH) —, a dressé un bilan sans concession de la situation dans son pays, articulé entre progrès récents, vives inquiétudes et recommandations urgentes.


​I. Des avancées significatives sur le front législatif et technologique
​Dans sa déclaration, le Professeur James Mouangue Kobila a mis en avant plusieurs développements positifs enregistrés au Cameroun au cours de la période intersessionnelle. Ces progrès touchent à la fois la sécurité nationale, la régulation du cyberespace et les droits catégoriels.


​Coopération internationale anti-terroriste : Le président de la CDHC a salué les actions menées contre les réseaux de soutien aux groupes terroristes sécessionnistes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il a notamment cité l’arrestation en Virginie (États-Unis), le 20 avril 2026, de Kenneth Chungag (major de l’armée américaine d’origine camerounaise) et de Mercy Akwi Ombaku, tous deux accusés d’appui financier et tactique aux séparatistes. Bien que laissés libres après l’audience préliminaire, les charges pesant contre eux demeurent.


​Modernisation de la lutte contre la cyberhaine : L’acquisition en janvier 2026 d’équipements de pointe par l’Agence nationale des Technologies de l’Information et de la Communication (ANTIC) permet désormais une meilleure traçabilité des discours de haine, des atteintes à la vie privée et du cyberharcèlement sur l’ensemble du territoire.
​Protection de l’enfance et lutte contre l’impunité : La CDHC a souligné la condamnation historique, le 18 mars 2026 par le Tribunal de grande instance du Mfoundi, de Dagobert Nwafo à la peine de mort par fusillade et à 500 millions de FCFA de dommages-intérêts pour l’assassinat barbare du jeune Nathanaël Mathys Ouandji Beao (6 ans). La Commission a toutefois rappelé que la peine de mort n’est plus appliquée au Cameroun depuis environ 30 ans.


​Arsenal juridique contre les Violences Basées sur le Genre (VBG) : Le pays avance vers le renforcement de son cadre légal avec la validation, en février 2026 à Ebolowa, de l’avant-projet de loi contre les VBG, examiné en réunion interministérielle le 13 avril dernier.
​Sur le plan diplomatique et institutionnel, le début de l’année 2026 a été marqué par la tenue de la 14e Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé, la visite apostolique du Pape Léon XIV en avril, ainsi que l’élection du Cameroun à la présidence du RINADH lors de sa 15e Conférence biennale.
​II. Les grandes préoccupations : Infanticides, féminicides et violences intercommunautaires
​Malgré ces signaux encourageants, le tableau reste assombri par une recrudescence alarmante de violences extrêmes touchant les populations vulnérables.


​L’alerte rouge sur les infanticides et les féminicides
​La CDHC se dit « vivement préoccupée » par la multiplication de crimes abjects souvent perpétrés dans le cercle familial ou de proximité :
​Enfants : Au moins 37 mineurs ont été assassinés en 2025, et déjà 6 cas d’infanticide ont été dénombrés depuis le début de l’année 2026. Le président a notamment fustigé le meurtre tragique de la petite Divine Mbarga Atangana (11 ans), violée et tuée le 19 mars 2026 à Yaoundé.
​Femmes : Le bilan des féminicides est tout aussi lourd. Après 76 cas enregistrés en 2025, environ 30 femmes ont perdu la vie entre le 1er janvier et le 10 avril 2026 selon les chiffres officiels. À l’inverse, des cas de violences conjugales extrêmes contre les hommes ont aussi été rapportés, comme le meurtre du policier Mathurin Bengono par sa conjointe le 7 mars dernier à Nkongsamba.


​Tensions sécuritaires et cycles de représailles dans le Nord-Ouest
​L’insécurité persistante continue de détruire le tissu social. Le 14 janvier 2026, la localité de Gidado (Région du Nord-Ouest) a été le théâtre du massacre de 14 bergers de la communauté Mbororo par des terroristes sécessionnistes. Ces derniers accusent les éleveurs de collusion avec les Forces de défense et de sécurité, créant un climat de méfiance exacerbée et un cycle infernal de violences intercommunautaires.


​III. Les recommandations de la CDHC pour l’avenir
​Face à ces défis, le Professeur James Mouangue Kobila a formulé une série de recommandations concrètes à l’endroit des pouvoirs publics et des partenaires :
​Pour la protection de l’enfance :
​Renforcer la vidéosurveillance et la présence sécuritaire autour des écoles.
​Généraliser les enquêtes de moralité et le contrôle du casier judiciaire pour tout personnel en contact avec des mineurs.
​Appliquer rigoureusement les peines maximales pour les crimes sexuels et meurtres sur mineurs.


​Pour la lutte contre les VBG :
​Accélérer l’adoption et la promulgation de la loi contre les VBG.
​Créer des cellules locales gratuites de prise en charge psychologique et juridique pour les victimes.
​Digitaliser et simplifier l’accès aux aides sociales.
​Pour la stabilisation sécuritaire :
​Accélérer la sécurisation des chantiers de reconstruction dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord.
​Améliorer le programme de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) des anciens terroristes à travers une approche inclusive traitant les causes profondes du conflit.


​Un rendez-vous avec l’Histoire
​En conclusion, le président de la CDHC a lancé un vibrant appel à la responsabilité collective des délégués africains. Rappelant les espoirs et parfois les désillusions des décennies passées, il a exhorté la génération actuelle de défenseurs des Droits de l’homme à assumer ses choix pour que le continent ne manque pas son « rendez-vous avec l’histoire ».

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