SOCIETE

Journée internationale des familles : La CDHC alerte sur une « fragmentation croissante » des cellules familiales au Cameroun

Written by Annette Olinga

À l’occasion de la Journée internationale des familles, célébrée ce 15 mai sous le thème « Familles, inégalités et bien-être des enfants », la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) tire la sonnette d’alarme. Dans une déclaration solennelle, l’institution nationale dénonce une aggravation inquiétante des violences intrafamiliales, la fragmentation croissante des cellules familiales liée aux migrations et l’effet systémique de la corruption sur les droits de la famille.

Des violences d’une « cruauté particulière »

La CDHC exprime sa « vive préoccupation » face à la récurrence et à l’extrême gravité des violations des droits liés au mariage et à la parentalité. Elle constate une aggravation de la nature, de l’intensité et des conséquences des violences au sein des foyers. « Celles-ci se manifestent désormais à travers des formes de violences physiques, sexuelles, psychologiques et économiques d’une particulière cruauté, portant gravement atteinte à la dignité, à l’intégrité et à la santé des victimes », souligne le texte. Cette dérive alarmante se traduit par une recrudescence des violences sexuelles contre mineurs, des infanticides, des féminicides et des actes de violence conjugale d’une extrême brutalité.

Familles fragmentées par les déplacements et l’exode rural

Autre sujet d’inquiétude majeur : la fragmentation croissante des structures familiales. La Commission pointe du doigt les déplacements forcés de populations, les migrations irrégulières et risquées vers l’étranger, ainsi que l’exode rural. Cette situation accentue les inégalités dans la prise en charge parentale et expose les enfants à une réduction du soutien affectif, ainsi qu’à une instabilité émotionnelle préjudiciable à leur développement et à leur bien-être global.

À l’échelle du continent africain, la CDHC rappelle que des centaines de millions d’enfants vivent dans des zones de conflit, faisant de l’Afrique l’une des régions les plus durement touchées. Les enfants empruntant les routes migratoires périlleuses figurent parmi les plus exposés à la violence, à la traite, à l’exploitation et aux abus les plus abjects.

La corruption, frein systémique aux droits de la famille

La Commission souligne également que la corruption constitue un « frein systémique » à la réalisation des droits de la famille au Cameroun. Elle limite l’accès équitable aux services sociaux de base (santé, éducation, état civil) et détourne les ressources destinées à la protection et au soutien des familles, entravant par là-même la consolidation du dialogue social et du vivre-ensemble harmonieux.

Des actions de sensibilisation et une recommandation concrète

Malgré ce tableau préoccupant, la CDHC rappelle les actions qu’elle mène, en collaboration avec les autorités publiques, les collectivités et les organisations de la société civile. Elle cite notamment sa participation, les 6 et 7 août 2025 à Ebolowa, à un atelier sur « Le rôle des hommes dans la protection contre les violences basées sur le genre » (VBG), organisé par les associations Wake Up Ladies et AVAF. Les participants y ont été sensibilisés à la nécessité pour les hommes d’adopter des comportements responsables favorisant l’équilibre, la stabilité et le bien-être des familles.

Par ailleurs, la Commission a diffusé aux structures étatiques, organisations internationales et OSC les 13 recommandations issues du quatrième cycle de l’Examen périodique universel (EPU) du Cameroun (26 mars 2024) qui sont en consonance directe avec le thème de la Journée internationale des familles.

Enfin, la CDHC formule une recommandation précise à la CONAC (Commission nationale anti-corruption) : déployer, en collaboration avec plusieurs ministères (Éducation de base, Santé, Enseignements secondaires, Économie) et les comités de gestion locaux, un mécanisme de contrôle citoyen de proximité dans les services sociaux de base. Ce dispositif, assorti d’un système simplifié de collecte et de traitement des plaintes, viserait à lutter contre la corruption qui affecte directement les droits liés au mariage et à la parentalité.

Un appel à des politiques publiques centrées sur la famille

La Commission conclut en appelant au renforcement de politiques publiques intégrées, cohérentes et centrées sur la famille, conformément à l’obligation constitutionnelle inscrite dans le préambule de la Constitution du 18 janvier 1996 : « La Nation protège et promeut la famille, base naturelle de la société humaine. » Elle rappelle que garantir l’égalité des chances à chaque enfant exige une réduction des inégalités liées au genre, à l’origine sociale, au statut migratoire ou au handicap.

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