Réuni en sa deuxième session ordinaire le 29 juin 2026 à Yaoundé, sous la présidence de son Gouverneur, M. Yvon Sana Bangui, le Comité de politique monétaire (CPM) de la Banque des États de l’Afrique centrale a acté un virage significatif de sa stratégie. Après une longue phase de resserrement visant à juguler l’inflation et à assainir la liquidité bancaire, l’institution a décidé de desserrer les étaux en abaissant l’ensemble de ses taux directeurs ainsi que les coefficients des réserves obligatoires. Une décision qui traduit une confiance retrouvée dans les fondamentaux macroéconomiques de la sous-région, même si les canaux de transmission vers l’économie réelle restent encore à éprouver.
Ce changement de cap s’inscrit dans un contexte international marqué par un ralentissement attendu de la croissance mondiale, que le Fonds monétaire international estime désormais à 3,1 % pour 2026, contre 3,4 % un an plus tôt, sous l’effet notamment des tensions géopolitiques persistantes. Pour la CEMAC, les prévisions de la BEAC, arrêtées en mai 2026, sont plus optimistes : une croissance de 3,2 %, une inflation contenue à 2,4 % en moyenne annuelle (bien sous la norme communautaire), un net repli du déficit budgétaire à 1,9 % du PIB, et un renforcement substantiel des réserves de change, passées de 4,12 à 4,72 mois d’importations. La position extérieure s’améliore également, avec un taux de couverture de la monnaie qui atteindrait 70,7 %. Autant d’indicateurs qui ont convaincu le CPM de relâcher la pression.
Concrètement, le Taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO), baromètre du coût du refinancement bancaire, est abaissé de 4,75 % à 4,50 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal chute plus nettement, passant de 6,25 % à 5,75 %. Les réserves obligatoires sont également allégées : le taux sur les exigibilités à vue descend de 7,00 % à 6,50 %, et celui sur les exigibilités à terme de 4,50 % à 4,00 %. Seul le taux de la facilité de dépôt est maintenu à 0,00 %, afin de dissuader les banques de thésauriser leurs excédents de liquidité auprès de la banque centrale. Une mesure qui, sur le papier, vise à rendre le marché monétaire plus fluide et à encourager la distribution de crédits.
Pour les banques commerciales de Douala, Libreville ou Malabo, c’est une aubaine : leur coût de refinancement diminue mécaniquement, leurs marges s’élargissent, et la promesse d’une trésorerie moins onéreuse ouvre des perspectives. Pourtant, dans les faits, le chemin entre cette décision de politique monétaire et l’octroi effectif de prêts aux PME ou aux ménages reste semé d’embûches. Car si le coût du capital diminue, la frilosité des banques face au risque, le manque de garanties publiques adaptées et la méfiance historique vis-à-vis des petits entrepreneurs locaux ne disparaissent pas par décret. Les établissements de crédit pourraient bien préférer orienter ces liquidités nouvelles vers des placements sans risque – comme les bons du Trésor des États de la zone – plutôt que de financer des projets innovants ou des TPE jugés trop risqués.
Ainsi, cet assouplissement, salutaire pour les bilans bancaires, ne saurait être une fin en soi. Il crée les conditions d’une relance, mais c’est désormais aux banques de jouer pleinement leur rôle d’intermédiaires financiers en transformant cette bouffée d’oxygène monétaire en investissements productifs et en accompagnement du tissu économique local. La décision du CPM est un signal fort, mais elle ne sera véritablement efficace que si elle parvient à briser les verrous structurels du crédit dans la CEMAC. Le gouverneur et son équipe ont ouvert une porte ; il reste à convaincre les acteurs privés de la franchir. Réponse dans les prochains bilans.

