Placé sous la coordination du gouvernement camerounais, le projet Pandemic Fund qui vient d’être lancer ce 29 Juillet à Yaoundé par le ministre de la santé publique le Dr.Manaouda Malachie, bénéficie de l’appui financière et technique de la Banque mondiale, de la FAO et de l’UNICEF. Ces trois entités d’implémentation garantissent la gestion des ressources et l’expertise multisectorielle nécessaires pour digitaliser la surveillance, renforcer les laboratoires et former les acteurs de terrain selon l’approche <<< Une seule santé ».
Le projet bénéficie d’une enveloppe substantielle de 23,5 millions de dollars du Pandemic Fund, complétée par plus de 112 millions de dollars de cofinancements mobilisés auprès des partenaires techniques et financiers, et 24 millions de dollars de co-investissements nationaux, soit un investissement global d’environ 160 millions de dollars consacrés au renforcement de la sécurité sanitaire du Cameroun. Ce financement catalytique, qui s’inscrit dans la durée avec une période de mise en œuvre couvrant la période 2026-2029, permettra de déployer des actions concrètes sur l’ensemble du territoire national. Parmi les initiatives phares, on peut citer la digitalisation de la surveillance communautaire dans 42 municipalités, la mise en place de sept centres régionaux d’appel, le renforcement de la surveillance aux frontières et aux points d’entrée, ainsi que l’amélioration de l’interopérabilité des systèmes d’information sanitaire et le développement de la surveillance de la résistance aux antimicrobiens.

Des infrastructures et des ressources humaines au cœur de la stratégie
Le projet prévoit également l’opérationnalisation de dix centres régionaux des opérations d’urgence de santé publique, destinés à rapprocher la prise de décision et la riposte des territoires, facilitant ainsi une réponse plus rapide et mieux adaptée aux réalités locales. Cinquante laboratoires bénéficieront d’un renforcement de leurs capacités, notamment en matière d’assurance qualité, de diagnostic, de transport sécurisé des échantillons et de surveillance génomique. Le Ministre de la Santé Publique a d’ailleurs souligné l’importance de cet investissement en rappelant l’expérience acquise par le Cameroun dans la gestion des urgences de santé publique, à travers les ripostes à la COVID-19, au choléra, à la Mpox, à la rougeole, aux méningites et à d’autres épidémies qui ont mis à l’épreuve le système de santé tout en renforçant les compétences nationales et les mécanismes de coordination.
Au-delà des infrastructures et des équipements, le projet accorde une place centrale aux ressources humaines, considérées comme le pilier essentiel de toute stratégie de santé publique durable. Des actions de formation seront menées en épidémiologie de terrain, en épidémiologie vétérinaire et en gestion des urgences sanitaires, avec l’implication des agents communautaires, des vétérinaires, des collectivités territoriales et des professionnels de l’environnement. Cette approche multisectorielle, qui associe les ministères de la Santé publique, de l’Élevage, de l’Agriculture, des Forêts et de la Faune, ainsi que de l’Environnement, témoigne de l’engagement du Cameroun à faire de la coordination intersectorielle une réalité opérationnelle. Les entités d’implémentation que sont la Banque mondiale, la FAO et l’UNICEF accompagneront le pays dans la gestion fiduciaire et financière, l’appui technique, le suivi des résultats et la production des rapports destinés au Pandemic Fund.
Une gouvernance rigoureuse pour des résultats concrets
Pour le Gouvernement, l’objectif est clair : « détecter plus tôt, coordonner mieux et répondre plus vite ». Cette ambition s’inscrit dans la cible internationale 7-1-7, qui vise à détecter un événement sanitaire en sept jours, le confirmer et le notifier en un jour, puis engager une réponse efficace dans les sept jours suivants. Le Dr Malachie Manaouda a rappelé que la réussite du projet sera mesurée non pas au nombre de réunions organisées, mais à la réduction des délais de détection, à l’efficacité de la coordination et au nombre de vies protégées. Le dispositif de gouvernance du projet, intégré à celui du Programme de sécurité sanitaire (HeSP) au Cameroun, comprend un Comité de pilotage chargé des orientations stratégiques, un Comité technique multisectoriel pour la coordination technique, une Unité de gestion du projet pour la gestion administrative, financière et le suivi, ainsi que le Programme National de Prévention et de Lutte contre les Zoonoses Émergentes et Ré-émergentes (PNPLZER) qui assure la coordination stratégique One Health, et le Centre de Coordination des Opérations des Urgences de Santé Publique (CCOUSP) qui assure la coordination opérationnelle.

Le Cameroun, qui a obtenu ce financement à sa troisième tentative après des soumissions infructueuses en 2023 et 2024, entend désormais tirer pleinement parti de cette opportunité stratégique. Positionné au cœur du bassin du Congo, partageant des frontières avec six pays, le pays fait face à des défis sanitaires complexes amplifiés par les mouvements de personnes et d’animaux, la transhumance, l’urbanisation rapide, le changement climatique et la pression sur les écosystèmes. Le Ministre a souligné que cette exposition ne doit pas nourrir la peur, mais renforcer la précaution et améliorer le dispositif sanitaire pour une meilleure résilience. Le financement du Pandemic Fund représente ainsi une opportunité majeure pour renforcer durablement la sécurité sanitaire du pays à travers une action multisectorielle coordonnée, démontrant que les dépenses de santé bien gérées ne sont pas des dépenses de consommation, mais des investissements dans l’avenir.

