Le Cameroun s’affirme progressivement comme une destination d’investissement incontournable en Afrique centrale, mais le chemin vers l’attractivité économique totale reste semé d’embûches. Les dernières données disponibles dressent un portrait nuancé du pays : d’un côté, des entreprises publiques plombées par un endettement préoccupant ; de l’autre, des projets structurants et des investisseurs privés qui croient au potentiel du marché camerounais.
Des entreprises publiques sous pression financière
L’un des principaux points de vigilance pour tout investisseur s’intéressant au Cameroun concerne la solidité financière du secteur public. Les chiffres récents révèlent que trois acteurs — la Société Nationale de Raffinage (SONARA), la compagnie aérienne nationale Camair-Co et l’opérateur de télécommunications CAMTEL — concentrent à eux seuls près de 93 % de la dette intérieure des entreprises publiques, hors SOCADEL. Une concentration aussi forte constitue un signal de fragilité systémique qui mérite une attention particulière.
Le tableau se complète avec les données relatives à la dette rétrocédée, c’est-à-dire les emprunts contractés par l’État pour le compte d’entités publiques. Là encore, CAMTEL et CAMWATER se distinguent en représentant ensemble plus de la moitié — soit 50,3 % — d’un encours global estimé à 845 milliards de FCFA. Ces chiffres soulèvent des questions légitimes sur la gouvernance de ces structures et leur capacité à honorer leurs engagements financiers sur le long terme.
Pour les investisseurs privés envisageant des partenariats public-privé ou des marchés avec ces entités, ces indicateurs invitent à une due diligence approfondie avant tout engagement.
Les PPP : un levier massif pour financer le développement
Face à ces fragilités, le gouvernement camerounais mise résolument sur les Partenariats Public-Privé (PPP) pour dynamiser ses investissements infrastructurels. Le Centre d’Appui à la Réalisation des Partenariats (CARPA) a récemment mené un exercice de cartographie des financeurs potentiels d’un portefeuille de projets estimé à la somme colossale de 4 895 milliards de FCFA. Un chiffre qui témoigne de l’ambition affichée par Yaoundé pour moderniser ses infrastructures.
Ce travail de recensement vise à identifier les institutions financières, les fonds souverains et les investisseurs institutionnels susceptibles de co-financer ces projets. Pour les acteurs du secteur privé, national comme international, cette démarche ouvre des perspectives concrètes de participation à des chantiers d’envergure dans les domaines des transports, de l’énergie, de l’eau et des télécommunications.
Le secteur de l’énergie : Nachtigal sous surveillance professionnelle
Le projet hydroélectrique de Nachtigal, l’un des plus importants en cours de réalisation sur le continent africain, fait lui aussi l’actualité. L’Agence de Régulation du Secteur de l’Électricité (ARSEL) vient de présélectionner trois cabinets de premier plan — CPCS, KPMG et le groupement Grant Thornton-BBI — pour réaliser un audit des modèles financiers du projet. Cette démarche de transparence et de contrôle rigoureux est un signal positif adressé aux partenaires financiers et aux investisseurs, garantissant que le projet respecte les standards internationaux de gouvernance.
Nachtigal, dont la capacité installée dépasse 420 MW, est appelé à transformer significativement le mix énergétique du Cameroun et à sécuriser l’alimentation électrique des industries et des ménages. Un atout majeur pour renforcer la compétitivité économique du pays.
Dangote : l’appétit des géants industriels pour le marché camerounais
Au-delà des projets publics, l’intérêt du secteur privé international pour le Cameroun se manifeste concrètement. Le groupe Dangote, empire industriel nigérian rayonnant sur tout le continent, a officialisé son ambition d’atteindre une production de 3 millions de tonnes de ciment par an au Cameroun d’ici 2028. Un objectif ambitieux qui traduit la confiance du géant africain dans la dynamique du marché local, portée notamment par les besoins en matériaux de construction liés aux grands chantiers d’infrastructure.
Cette présence d’un acteur de cette envergure est susceptible d’entraîner dans son sillage d’autres investisseurs, en créant des effets d’entraînement positifs sur les filières locales et en stimulant la concurrence dans le secteur des matériaux de construction.
Un environnement d’investissement à appréhender avec méthode
En définitive, investir au Cameroun requiert une lecture fine des réalités économiques du pays. Les opportunités sont réelles et les projets structurants nombreux, mais ils coexistent avec des risques liés à la santé financière de certaines entreprises publiques et à la complexité de l’environnement réglementaire. Les investisseurs avisés sauront distinguer les secteurs porteurs — énergie, BTP, télécommunications, agro-industrie — des zones de turbulence, et s’appuyer sur des analyses solides avant d’engager leurs capitaux dans ce marché d’Afrique centrale en pleine mutation.

