Dans une lettre ouverte adressée au Chef de l’État, Raymond Materne Mekamba, conseiller régional du Sud et directeur de publication du journal Le Reporter Hebdo, plaide pour un réexamen de la suspension de la chaîne Vision 4 prononcée par le CNC. Sans contester le rôle du régulateur ni la nécessité de respecter la déontologie, il attire l’attention sur les conséquences sociales d’une telle mesure : des centaines de journalistes, techniciens et employés risquent de perdre leur gagne-pain. Un appel au dialogue et à la responsabilité pour concilier régulation des médias et sauvegarde des emploi
À
Son Excellence Monsieur Paul BIYA
Président de la République, Chef de l’État
Yaoundé – Cameroun
Objet : Plaidoyer pour le réexamen de la suspension de la chaîne Vision 4 et pour la préservation des emplois dans le secteur médiatique
Excellence Monsieur le Président de la République,
J’ai l’honneur de venir très respectueusement auprès de votre Très Haute Autorité, en ma qualité de professionnel des médias et de citoyen profondément attaché à la paix sociale, à la stabilité de notre pays et à la préservation des emplois, pour vous faire part de ma vive préoccupation à la suite de la décision du Conseil National de la Communication (CNC) portant suspension de la chaîne de télévision Vision 4 pour une durée d’un mois.
Cette décision, rendue publique à l’issue de la 48ᵉ session extraordinaire du CNC tenue le 29 septembre 2026, intervient dans un contexte de tensions entre l’organe de régulation et certains responsables du Groupe L’Anecdote. Le CNC a notamment invoqué la non-exécution d’une précédente décision, des manquements liés à certaines convocations ainsi que des propos tenus à l’antenne. (Kamer Infos Plus)
Excellence Monsieur le Président,
Sans prétendre me substituer aux institutions compétentes, je voudrais attirer votre Très Haute Attention sur une dimension qui dépasse, à mon sens, le seul contentieux entre un régulateur et un groupe de médias : la dimension sociale et humaine de cette sanction.
Vision 4 n’est pas uniquement une fréquence, un écran ou une entreprise de communication. C’est également un outil de travail qui fait vivre de nombreux Camerounais : journalistes, techniciens, cameramen, monteurs, réalisateurs, présentateurs, personnels administratifs, chauffeurs, agents de sécurité, prestataires et autres acteurs dont les revenus dépendent directement ou indirectement de l’activité de cette chaîne.
Une interruption de diffusion, même temporaire, peut donc avoir des répercussions économiques importantes sur l’ensemble de cet écosystème.
C’est cette dimension sociale qui motive principalement mon intervention.
Dans un contexte national où la question de l’emploi et du pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure pour de nombreuses familles camerounaises, toute mesure susceptible de fragiliser une entreprise employant plusieurs centaines de personnes mérite, me semble-t-il, d’être examinée également sous l’angle de ses conséquences sociales.
Il ne s’agit nullement, dans mon esprit, de nier le rôle du CNC, ni la nécessité pour les médias de respecter les règles professionnelles, l’éthique et la déontologie. La liberté de la presse va de pair avec la responsabilité des professionnels qui l’exercent.
Mais la sanction d’un média doit également pouvoir être appréciée à l’aune de ses conséquences sur les travailleurs qui, eux, ne sont pas nécessairement responsables des manquements reprochés à certains responsables ou journalistes.
Excellence Monsieur le Président,
C’est pourquoi je viens humblement solliciter de votre Très Haute Autorité qu’une attention particulière soit accordée à cette situation et que, dans le respect des compétences des institutions de la République et des voies de droit existantes, soit envisagé un réexamen de la mesure de suspension frappant Vision 4, afin de rechercher une solution permettant à la fois le respect de la régulation du secteur audiovisuel et la sauvegarde des emplois.
L’objectif ne serait pas de soustraire Vision 4 aux obligations qui s’imposent à tout média exerçant au Cameroun, mais de rechercher une réponse qui permette de concilier l’autorité de la régulation, la responsabilité des professionnels des médias et la protection des travailleurs.
Notre pays a besoin d’une presse libre, responsable et professionnelle. Il a également besoin d’entreprises qui créent des emplois et permettent à des familles camerounaises de vivre dignement de leur travail.
Une sanction qui frappe l’entreprise dans son ensemble peut avoir des conséquences qui dépassent largement les personnes directement concernées par le contentieux.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Votre Très Haute Autorité demeure, pour beaucoup de Camerounais, le garant de la stabilité des institutions, de la cohésion sociale et de la préservation de la paix.
C’est donc avec respect, mais aussi avec la gravité que commande la situation, que je sollicite votre haute attention sur ce que je considère comme le risque d’une bombe sociale autour de l’emploi dans le secteur médiatique, si des mesures de suspension ou de fermeture venaient à fragiliser durablement des entreprises employant un nombre important de compatriotes.
Je formule ainsi le vœu qu’une voie de dialogue, d’apaisement et de responsabilité puisse être privilégiée, afin que les différends opposant les acteurs de la communication sociale puissent trouver des solutions institutionnelles sans que les travailleurs et leurs familles en deviennent les principales victimes.
Il appartient aux professionnels des médias de respecter les règles. Il appartient également aux institutions de régulation de faire respecter ces règles. Mais il appartient à la République de veiller à ce que, dans la recherche de cet équilibre, l’homme et la préservation de son emploi demeurent au cœur de l’action publique.
Je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, l’expression de ma très haute et respectueuse considération.
Fait à Yaoundé, le 30 septembre 2026
MEKAMBA MEKAMBA Raymond Materne
Conseiller Régional du SUD
Directeur de Publication – LE REPORTER HEBDO
Journaliste d’investigation

