Alors que les tensions montent autour du site sacré de Mbanya à quelques jours du sacre de Louis Din Dika Akwa, le préfet du Wouri, Sylyac Marie Mvogo, oppose une lecture administrative stricte et juridiquement fondée à une revendication coutumière qui, selon lui, excède le cadre de sa compétence. Une position de principe qui, loin d’être un caprice, s’inscrit dans le respect scrupuleux de la hiérarchie institutionnelle et de la protection des sites liés à la présidence de la République.
Un site pas comme les autres
Mbanya n’est pas une simple parcelle au bord de la rivière du même nom. Ce lieu, présenté par les chefs du canton Akwa comme un sanctuaire lié à l’intronisation de leurs souverains, revêt une dimension particulière : il a été le théâtre de rites traditionnels accomplis en faveur du président Paul Biya. Pour le préfet du Wouri, cette singularité change tout. Un espace ayant accueilli des prières coutumières pour le chef de l’État ne peut être traité comme n’importe quel autre terrain de la région. Il relève d’un domaine réservé, dont la gestion échappe à l’autorité préfectorale.

Une compétence clairement délimitée
Face aux dignitaires Sawa venus solliciter son autorisation, Sylyac Marie Mvogo a été on ne peut plus limpide : il n’a aucun différend avec les traditions locales, et les chefs traditionnels demeurent libres d’accomplir leurs rites sur tout autre espace. Mais dès lors qu’il s’agit de cette parcelle précise, liée à la personne du président de la République, l’administration préfectorale ne peut ni autoriser ni interdire : elle doit renvoyer les demandeurs vers le secrétariat général de la présidence de la République, seule instance habilitée à délivrer une dérogation.
Cette position n’est pas une esquive. Elle est l’expression d’une rigueur administrative qui honore l’État de droit. Le préfet ne se substitue pas à une autorité supérieure ; il rappelle simplement que chaque institution agit dans le périmètre qui est le sien. C’est précisément le sens de la réponse faite aux gardiens de la tradition : écrire à Yaoundé pour obtenir l’accès à cette terre.
Le précédent d’Ebolowa : une règle, pas une exception
Pour étayer sa décision, le préfet Mvogo a cité son expérience à la tête du département de la Mvila, vers 2020, où un arbre moabi planté en hommage au chef de l’État reste interdit d’accès à la population locale. Ce précédent n’est pas anecdotique : il démontre que la protection des sites associés à la présidence de la République répond à une doctrine constante sur l’ensemble du territoire national. Ce qui vaut pour la Mvila vaut pour le Wouri. Il n’y a là ni arbitraire, ni traitement de faveur, ni volonté de spolier les Sawa de leur patrimoine spirituel seulement l’application uniforme d’une règle républicaine.
Un geste de responsabilité, pas de provocation
Certains ont voulu voir dans cette décision une rigidité excessive, voire une source de friction inutile à quinze jours du sacre prévu le 10 octobre 2026. Mais c’est oublier que le préfet agit d’abord en protecteur de l’ordre public et des institutions. Laisser se tenir un rite sur un site dont le statut juridique est contesté une chefferie de troisième degré créée par arrêté en 2020, annulée par le Tribunal administratif en 2026, décision frappée d’appel aurait exposé l’autorité administrative à de graves reproches. En refusant de trancher un conflit qui ne relève pas de sa compétence, le préfet Mvogo a précisément préservé l’État d’un précédent dangereux.
Face au gouverneur, une divergence d’appréciation, pas un bras de fer
La sortie du gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, assurant que le rite se déroulerait « en paix », a pu donner l’impression d’un désaveu. Il n’en est rien. La divergence entre les deux autorités relève d’une appréciation différente des compétences, non d’un conflit personnel. Le gouverneur, dans son rôle de conciliateur, cherche à apaiser ; le préfet, dans son rôle de garant de la légalité administrative, rappelle le cadre juridique. Les deux logiques sont complémentaires, et rien ne démontre à ce stade qu’elles soient irréconciliables.
Une clarification attendue, une procédure respectée
Les chefs traditionnels du canton Akwa ont eux-mêmes précisé, dans un communiqué du 19 septembre, que le rite du 10 octobre se déroulerait sur une parcelle distincte de celle au centre des revendications. Cette distinction pourrait ouvrir la voie à une solution apaisée. Mais elle ne dispense pas d’une clarification des autorités compétentes. En renvoyant les demandeurs vers la présidence de la République, le préfet du Wouri a offert une voie légale, transparente et respectueuse des institutions pour obtenir cette clarification.
L’honneur de l’État
En refusant de céder à la pression et en s’en tenant strictement à la loi, Sylyac Marie Mvogo fait ce que tout haut commis de l’État devrait faire : respecter la hiérarchie, protéger les sites sensibles et éviter les décisions précipitées. Loin d’être un obstacle à la tradition Sawa, il en est le garant institutionnel : c’est parce qu’il refuse de banaliser un lieu sacré qu’il en préserve la valeur. Le sacre de Louis Din Dika Akwa mérite de se dérouler dans la dignité et la sérénité. C’est précisément ce que la rigueur du préfet du Wouri permet d’espérer à condition que chacun, à commencer par les plus hautes autorités, respecte le cadre qu’il a rappelé avec courage.

