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Bamenda, ville sur la colline » : Le pape Léon XIV lance un appel vibrant à la paix au Cameroun

Written by Annette Olinga


Devant une foule recueillie et silencieuse, le pape Léon XIV a prononcé ce jeudi un discours historique sur la colline de Bamenda, au cœur de la région anglophone déchirée par un conflit qui dure depuis près d’une décennie. Le souverain pontife, arrivé en “pèlerin de la paix”, n’a pas mâché ses mots : ni sur la souffrance des populations, ni sur les responsabilités des gouvernants, ni sur les ingérences des puissances mondiales.

Je ne viens pas à vous comme une voix lointaine

Dès les premières secondes de son adresse, le pape a tenu à se placer sur le terrain de l’humilité et de la proximité. “Je vous salue avec une profonde affection et une immense admiration”, a-t-il lancé à une assemblée où se mêlaient déplacés internes, mères éplorées, jeunes sans avenir et représentants des deux communautés religieuses. “Je ne viens pas à vous comme une voix lointaine, mais comme un pèlerin de la paix, pour me tenir aux côtés d’un peuple qui a enduré la souffrance avec courage.”

Depuis 2017, la région du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est le théâtre d’un conflit armé entre l’armée camerounaise et des groupes séparatistes revendiquant un État fédéral ou l’indépendance. Les violences ont fait plus de 6 000 morts et près d’un million de déplacés.

“Il ne faut qu’un instant pour détruire

Face à cette tragédie silencieuse, Léon XIV a voulu nommer la douleur sans détour. “Depuis trop longtemps, cette terre connaît la douleur. Depuis trop longtemps, des familles sont brisées, des communautés divisées, et l’avenir des jeunes est plongé dans l’incertitude”, a-t-il martelé, sous les yeux embués de nombreux fidèles.

Puis, dans une formule qui restera : “Il ne faut qu’un instant pour détruire, pourtant, une vie entière ne suffit souvent pas pour reconstruire.” Le pape a alors appelé à ne plus réduire la paix à un simple mot : “Elle doit devenir une réalité vécue dans les foyers, les communautés et les cœurs.”

Bamenda, “ville sur la colline

Saluant la résilience d’une population souvent abandonnée à elle-même, le souverain pontife a fait de Bamenda un symbole d’espérance. “Et pourtant, même dans cette souffrance, vous rayonnez. Vous qui avez faim et soif de justice, vous qui refusez de renoncer à votre dignité — aujourd’hui, Bamenda se dresse comme une ville sur la colline, resplendissante aux yeux du monde.”

Une déclaration qui résonne comme un défi adressé à ceux qui prédisaient l’effacement de la région.

Dialogue immédiat et sincère

S’adressant directement aux autorités politiques et militaires, le pape a été sans ambiguïté : “Il doit y avoir un dialogue réel et honnête. Pas demain. Pas seulement en paroles. Mais maintenant, en vérité, avec courage.” Et d’ajouter : “La paix ne peut pas être imposée. Elle doit être bâtie ensemble.”

Un appel qui intervient alors que les pourparlers de paix sont au point mort depuis plus d’un an, chaque camp accusant l’autre de mauvaise foi.

Corruption et gouvernance : une charge frontale

Léon XIV n’a pas épargné non plus les dérives internes. “Aucune société ne peut s’épanouir là où la corruption prend racine. La corruption défigure l’autorité. Elle dépouille les pauvres. Elle détruit la confiance.” Il a appelé les dirigeants à “briser ces chaînes” et à servir “le peuple avec justice et vérité”. En filigrane, c’est tout le système de gouvernance camerounais qui est pointé du doigt.

Une critique acérée des puissances mondiales

Le discours a pris une ampleur géopolitique inattendue lorsque le pape a fustigé “les maîtres de guerre qui profitent de la destruction”. “Des milliards sont dépensés en armements, pendant que les blessés implorent la guérison”, a-t-il dénoncé, avant d’ajouter : “Les ressources sont extraites de terres comme la vôtre, non pour construire, mais pour détruire — alimentant un cycle sans fin d’instabilité et de mort.”

Une claire allusion aux intérêts étrangers dans l’exploitation des minerais, du bois ou du pétrole, souvent accusés d’alimenter les conflits en Afrique centrale.

Malheur à ceux qui manipulent la religion

Dans un passage solennel, le pape a mis en garde contre toute instrumentalisation de la foi. “Malheur à ceux qui manipulent la religion à des fins militaires, politiques ou économiques. Ce n’est pas la voie du Seigneur. La foi ne doit jamais être utilisée pour diviser, mais toujours pour unir.” Un avertissement qui résonne particulièrement dans une région où certains groupes armés ont parfois tenté de se draper de rhétorique religieuse.

Chrétiens et musulmans unis

Léon XIV a au contraire salué la coexistence interreligieuse comme un rempart. “Je rends grâce que votre lutte ne soit pas devenue une guerre de religion. Chrétiens et musulmans, continuez à marcher ensemble — dans le respect, dans l’amour, dans la paix. Cette unité est votre force.” Les images des leaders musulmans et chrétiens priant côte à côte sur l’esplanade ont fait le tour des réseaux sociaux camerounais.

Un message d’espoir pour la jeunesse

Le pape a conclu par une bénédiction et un appel vibrant aux jeunes et aux familles. “Votre avenir n’est pas défini par le conflit, mais par le courage que vous choisissez aujourd’hui.” Avant de lancer, presque comme une antienne : “Choisissez la paix — même quand c’est difficile. Choisissez la justice — même quand elle est coûteuse. Choisissez l’amour — toujours.”

Puis, levant la main : “Que Dieu vous bénisse, qu’Il guérisse cette terre, et que la paix s’enracine au Cameroun.”

À Bamenda, pour la première fois depuis des années, des gens ont osé applaudir avant la fin du couvre-feu.

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