On pourrait croire que le Cap-Vert, cet archipel de dix îles volcaniques perdu au large des côtes sénégalaises, passe inaperçu sur la scène internationale. Ce serait une erreur. Ces dernières semaines, ce petit État lusophone de moins de 600 000 habitants s’est retrouvé au cœur de plusieurs actualités majeures, révélant une nation complexe, attachante et résolument tournée vers le monde.
Les Requins Bleus à l’assaut de la CAN féminine
Sur le terrain du football, le Cap-Vert vit une période charnière. La sélection féminine, surnommée les Requins Bleus, participe à la CAN féminine 2026 avec des ambitions historiques. Face au Cameroun et à ses redoutables Lionnes Indomptables — qui visent elles un parcours parfait dans la compétition —, les joueuses cap-verdiennes ont livré une bataille acharnée. Si le bilan de la sélection reste délicat avec un seul point glané dans ce groupe relevé, l’important est ailleurs : pour un pays de cette taille, simplement figurer parmi les nations qualifiées à une Coupe d’Afrique des Nations représente déjà une forme de victoire symbolique.
Le Ghana et le Cameroun ont finalement validé leurs tickets pour les quarts de finale, confirmant la hiérarchie attendue. Mais la présence des Requins Bleus dans cette compétition témoigne d’une structuration croissante du football féminin cap-verdien, un sport encore jeune dans l’archipel mais qui gagne en visibilité et en soutien populaire. Ces joueuses portent sur leurs épaules bien plus qu’un maillot : elles incarnent une génération qui veut inscrire le Cap-Vert sur la carte footballistique africaine.
Un refuge précaire pour les homosexuels africains persécutés
Loin des pelouses, le Cap-Vert joue également un rôle humanitaire singulier sur le continent africain. Le pays fait figure d’exception dans une Afrique subsaharienne où l’homosexualité reste criminalisée dans une trentaine d’États. Relativement tolérant sur le plan légal et social, l’archipel attire depuis plusieurs années des personnes LGBT+ fuyant des persécutions dans leurs pays d’origine — Guinée, Sénégal, Cameroun ou encore Côte d’Ivoire.
Mais cette situation est loin d’être idyllique. Comme le résume avec une amertume poignante l’un de ces exilés, vivre au Cap-Vert ressemble à être « prisonnier dans un paradis ». Si la violence physique directe y est moins présente qu’ailleurs, les conditions d’accueil restent précaires : absence de statut juridique clairement défini pour de nombreux demandeurs d’asile, ressources économiques limitées, isolement social et incertitude permanente quant à l’avenir. Le Cap-Vert n’a pas les infrastructures d’un grand pays d’accueil, et les ONG locales peinent à absorber l’afflux croissant de personnes vulnérables en quête de protection.
Cette réalité soulève des questions profondes sur la responsabilité partagée des États africains et de la communauté internationale dans la protection des minorités sexuelles contraintes à l’exil. Le Cap-Vert, malgré sa bonne volonté, se retrouve en première ligne d’une problématique qui le dépasse largement.
Juliata Cohen ou l’art comme acte de résistance
Il serait réducteur de ne voir le Cap-Vert qu’à travers le prisme du sport ou des crises humanitaires. L’archipel est aussi une terre de création bouillonnante. La figure de Juliata Cohen, artiste plasticienne dont le travail autour des perles interroge la mémoire, la résilience et la reconstruction du monde, illustre parfaitement cette vitalité culturelle. Relayée par RFI, son œuvre s’inscrit dans une tradition cap-verdienne de sublimation de la souffrance — une esthétique de la résistance héritée du concept de morabeza, cette hospitalité mélancolique si caractéristique de l’âme créole de l’archipel.
Le Cap-Vert a toujours su transformer ses contraintes — l’insularité, la sécheresse, l’émigration massive — en carburant créatif. De Cesária Évora à la nouvelle génération d’artistes contemporains, la culture reste le ciment identitaire d’un peuple dispersé aux quatre coins du globe, dont la diaspora dépasse en nombre la population restée sur l’archipel.
Un petit pays aux grands défis
Ce panorama rappelle que le Cap-Vert, malgré ses dimensions modestes, concentre des enjeux qui résonnent bien au-delà de ses rivages. Sport, droits humains, création artistique : autant de domaines où cet archipel s’efforce de tenir un rôle qui force le respect. Dans un monde qui valorise trop souvent la puissance des grandes nations, le Cap-Vert rappelle avec élégance que la pertinence d’un pays se mesure rarement à son étendue géographique.

