SOCIETE

Déchets à Yaoundé : La discipline exigée aux ménages et pré-collecteurs.

Written by Annette Olinga

Le gouverneur de la région du Centre, Naseri Paul Béa, a présidé ce 14 octobre 2026 une réunion d’évaluation sur la gestion des ordures ménagères à Yaoundé. Autour de lui, les principales autorités administratives, les maires de la ville, le délégué du MINHDU et les opérateurs privés de collecte. Objectif : tirer les leçons de la crise des ordures qui a paralysé la capitale et poser les bases d’une gestion durable et disciplinée de la filière déchets.

Une amélioration réelle, mais fragile

La réunion s’inscrit dans le prolongement de la réunion conjointe tenue par les ministres de l’Administration territoriale, de l’Habitat et du Développement urbain, de l’Eau et de l’Énergie, et de la Décentralisation et du Développement local. Elle visait à évaluer les instructions données dans le cadre de la campagne d’hygiène et de salubrité, à l’approche des fêtes de fin d’année.

Le constat dressé sur le terrain est nuancé. Selon le délégué du MINHDU, la situation s’est nettement améliorée depuis la crise du 20 août 2026, qui avait vu l’apparition d’une soixantaine de tas d’ordures dans les communes de Yaoundé 3 et 6, certains bloquant même la circulation. Grâce à l’opération « coup de poing » lancée par le ministère de l’Habitat et du Développement urbain, à la mobilisation des communes et à la reprise des travaux par l’entreprise Tif, environ 770 camions de déchets ont été évacués vers la décharge d’Ecololo en une semaine.

« La ville avait été débarrassée de ces gigantesques tas d’ordures », a rappelé le délégué, tout en soulignant que la situation demeure fragile. « Si en journée, il devient de plus en plus difficile de déposer des ordures, il se trouve que lorsque les entreprises de collecte travaillent tard dans la nuit, on est surpris que vers 6h, on trouve des tas d’ordures à ces endroits. »

Les pré-collecteurs au cœur du problème

Le principal défi identifié réside dans l’anarchie qui entoure l’activité des pré-collecteurs. Certains, selon les autorités, profitent de l’obscurité pour déverser illégalement des déchets dans des sites non autorisés, allant jusqu’à « vendre » ces emplacements de nuit. « Le collecteur était aussi à problème. Il collecte pour créer des problèmes », a déploré le gouverneur.

Face à cette situation, une réponse est esquissée : l’identification et l’encadrement formel des pré-collecteurs. « Il est question d’abord de les organiser. Que les maires d’arrondissement, en liaison avec les sous-préfets, puissent les recenser pour les identifier, et à partir de là, les engager et les orienter », a proposé le maire de la ville, Luc Messi Atangana.

Vers une gestion plus disciplinée des déchets

Au-delà de l’encadrement des pré-collecteurs, la réunion a permis d’aborder la question de la responsabilité des ménages. « Les populations doivent garder leurs déchets dans leurs domiciles en attendant le passage des équipes de collecte. Que ce soit HYSACAM ou les autres entreprises, elles passeront les ramasser », a-t-on insisté.

Le maire de la ville a également plaidé pour une évolution des pratiques, s’inspirant d’exemples étrangers. « À Kigali, le camion passe une fois par semaine. Le reste du temps, le producteur d’ordures garde ses ordures chez lui et ne les sort qu’au moment où le camion passe. » Il a appelé à la mise en place d’une organisation rigoureuse entre producteurs, pré-collecteurs et collecteurs, avec des horaires précis de sortie des déchets.

La question épineuse des sites de transit

Autre point sensible : la rareté des sites de transit où déposer temporairement les ordures avant leur transfert vers la décharge finale. « Après plusieurs remontées, beaucoup de mairies d’arrondissement n’ont pas pu trouver encore des espaces libres pouvant accueillir ces sites de transit », a reconnu le maire de la ville.

Seule la commune de Yaoundé 3 a pu identifier un espace, grâce à la communauté urbaine, pour un aménagement moderne estimé à environ 800 millions de FCFA. À Yaoundé 6, un site a été identifié, mais sa superficie se réduit au fil des attributions à usage d’habitation, et son aménagement nécessiterait environ 600 millions de FCFA.

Vers une plateforme commune de signalement

Pour éviter de retomber dans le chaos, les participants ont proposé la création d’une plateforme commune à tous les intervenants. L’objectif : permettre un signalement en temps réel de tout dépôt d’immondices afin d’organiser une intervention rapide. Une innovation qui pourrait transformer la gouvernance de la filière déchets à Yaoundé.

La fin de la sensibilisation, place à la sanction

Le ton de la réunion marque un tournant. Après des années de sensibilisation, les autorités estiment que l’heure est à la rigueur et à la sanction. « Je pense que nous avons trop sensibilisé la population. Nous avons fait les descentes sur le terrain, nous avons informé. Maintenant, il est temps de passer à l’acte. La ville doit être propre, pas seulement pour les festivités de fin d’année, mais nous devons être une ville propre », a martelé le gouverneur Naseri Paul Béa.

Les maires sont désormais invités à appliquer les délibérations municipales déjà votées, qui prévoient des sanctions pouvant atteindre 25 000 francs pour tout contrevenant aux règles d’hygiène et de salubrité.

Un enjeu de santé publique

À l’approche des fêtes de fin d’année, la propreté de Yaoundé devient un enjeu de santé publique et de cadre de vie. « Les fêtes ne peuvent pas se passer dans l’insalubrité », a rappelé le gouverneur, appelant à une mobilisation collective. « La propreté de Yaoundé est l’affaire de tous, mais elle commence par l’ordre dans la filière de pré-collecte. »

Le message est clair : la tolérance est terminée. Yaoundé doit redevenir propre, et ce, par la rigueur, la discipline et l’organisation.


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