ECONOMIE

Developpement: La CDEC présente Diasdev pour canaliser les 652 milliards FCFA annuels de la diaspora vers les grands chantiers du Cameroun

Written by Annette Olinga

Alors que les transferts annuels de la diaspora camerounaise atteignent 652 milliards de FCFA, le gouvernement, via la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), accélère la concrétisation du projet Diasdev. Ce mécanisme d’épargne réglementée, dont l’étude de faisabilité a été restituée ce 7 juillet 2026 à Yaoundé, ambitionne de transformer cette épargne en financements stables dédiés aux infrastructures, aux PME et à l’innovation. Soutenu par l’Agence française de développement (AFD) et inspiré des meilleures pratiques internationales, le dispositif entend rompre avec le cercle de la consommation immédiate pour faire de la diaspora, un acteur clé de l’émergence du Cameroun.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2024, les transferts de la diaspora camerounaise ont atteint 1,2 milliard de dollars, soit environ 652 milliards de FCFA, enregistrant une progression de 8% par rapport à l’année précédente. Ces flux, qui surpassent structurellement l’aide publique au développement, placent la diaspora comme le premier bailleur de fonds direct du pays. Pourtant, cette force financière massive souffre d’un biais majeur : elle est massivement orientée vers la consommation courante des ménages et transite souvent par des canaux informels, échappant ainsi aux circuits de financement de l’économie réelle.

Avec environ 500 000 Camerounais détenteurs d’un passeport vivant à l’étranger, et jusqu’à 6 millions de personnes d’origine camerounaise ayant acquis une autre nationalité – représentant près de 20% de la population du pays – le potentiel est immense. La France concentre 20% de ces flux, les États-Unis 19% et les pays de la Cemac 26%. Le défi posé par Diasdev est donc de rompre avec le cercle exclusif de la consommation pour canaliser cette épargne diffuse vers le financement des infrastructures, de l’industrie, des PME et de l’innovation, secteurs prioritaires de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).

Un mécanisme innovant inspiré des meilleures pratiques

Le projet Diasdev s’inscrit dans une logique de création d’un produit d’épargne réglementée spécifiquement dédié à la diaspora. Il s’inspire notamment de dispositifs existants comme le Livret A en France, qui permet à la Caisse des Dépôts et Consignations de centraliser l’épargne pour financer le logement social. La CDEC a d’ores et déjà franchi deux étapes majeures : la mise en place d’un dispositif juridique encadrant les mécanismes déployés et l’analyse des modalités opérationnelles du produit.

Richard Evina Obam, directeur général de la CDEC, a tenu à rassurer sur la sécurité du dispositif : « Le dispositif mis en place est un dispositif sécurisé, qui fait intervenir un certain nombre d’acteurs crédibles disposant de mécanismes de gouvernance de nature à inspirer confiance. » Sur le plan opérationnel, trois formules sont à l’étude : une épargne bancaire de court terme, un dépôt à terme de longue durée, et une épargne financière adossée à des fonds d’investissement. Les conclusions présentées le 7 juillet doivent permettre de déterminer le modèle définitif, même si aucune décision n’a encore été rendue publique.

Un rôle d’orchestrateur pour la CDEC

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la CDEC ne collectera pas directement l’argent des épargnants. Les contraintes liées à son modèle économique et au cadre fixé par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) ne lui permettent pas de commercialiser elle-même le produit auprès des particuliers. La collecte auprès de la diaspora et des résidents sera donc assurée par des banques et des institutions de microfinance partenaires. La Caisse interviendra, pour sa part, dans la structuration du mécanisme et la définition de son cadre, jouant ainsi un rôle d’orchestrateur et de garant de la bonne gouvernance du dispositif.

Un accompagnement international de poids

Pour préparer ce mécanisme, le Cameroun bénéficie d’un soutien précieux de l’Agence française de développement (AFD) et d’Expertise France, avec l’appui du Forum des caisses de dépôt. Le pays fait partie des six États concernés par ce programme, financé par une subvention de 5 millions d’euros. L’appui porte notamment sur la mise en place des conditions nécessaires à la création de produits d’épargne destinés aux diasporas et sur la définition des règles de gestion des ressources collectées.

Virginie Dago, directrice générale de l’AFD Cameroun, souligne l’importance de ce partenariat : « L’objectif, c’est d’avoir une bonne gouvernance, un cadre solide qui fasse que la diaspora soit incitée et convaincue du fait que son argent sera bien placé, bien investi, bien géré pour le développement du Cameroun. » Ce soutien international confère une crédibilité supplémentaire au projet et témoigne de l’intérêt des partenaires techniques pour cette initiative innovante.

Vers une transformation structurelle du financement du développement

Diasdev pourrait marquer un tournant dans la manière dont le Cameroun finance son développement. En transformant l’épargne de la diaspora en ressources stables et durables, le pays se donne les moyens de réduire sa dépendance à l’endettement extérieur et aux financements traditionnels. Le projet répond à une ambition légitime : faire de la diaspora un partenaire à part entière du développement national, en lui offrant un cadre sécurisé et attractif pour investir dans l’économie de son pays d’origine. Si les contours définitifs restent à préciser, l’engagement des autorités et l’accompagnement technique international laissent présager un avenir prometteur pour ce mécanisme qui pourrait faire école en Afrique centrale.

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