La Société nationale de raffinage (Sonara) du Cameroun a conclu un accord commercial tripartite avec le groupe nigérian Dangote et la société MRS Oil & Gas, basée à Lagos, en vue de sécuriser l’approvisionnement du pays en produits pétroliers raffinés. Signé le 22 octobre 2026 à Lagos, ce partenariat vise à garantir des livraisons régulières de carburants au Cameroun, dans un contexte de hausse des coûts des produits pétroliers sur les marchés internationaux, alimentée notamment par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. La cérémonie de présentation de cet accord s’est tenue à yaoundé ce 29 Octobre 2026 en présence des parties prenantes et de plusieurs membres du gouvernement.
Un contrat couvrant 50 % des 80 % de parts de marché de la Sonara
Selon le directeur général de la Sonara, Harouna Bako, ce contrat porte sur « une partie de sa quote-part dans l’approvisionnement du marché national », précisant qu’il s’agit de « 50 % des 80 % » que détient la société publique. « On n’a pas tout remis dans le contrat, car on ne peut pas mettre tous les œufs dans un même panier », a-t-il expliqué lors d’une cérémonie de présentation officielle à Yaoundé, en présence de tous les partenaires.
Le DG a tenu à clarifier la nature de l’événement : « La cérémonie d’aujourd’hui était juste une cérémonie de présentation officielle en présence de tous les partenaires du contrat que nous avons déjà signé. Ce contrat a été officiellement signé à Lagos par toutes les parties, le jeudi dernier. Le dit contrat est là, on va vous le présenter, revêtu de toutes les signatures. » Il a également dénoncé la désinformation entourant ce dossier : « Les gens qui ne connaissent même pas le contenu du dit contrat versent dans la désinformation. »
Une dépendance aux importations depuis l’incendie de Limbé en 2019
Cet accord intervient alors que le Cameroun dépend entièrement des importations pour couvrir ses besoins en produits pétroliers raffinés. Cette situation perdure depuis 2019, année au cours de laquelle la raffinerie de la Sonara, située à Limbé, a été gravement endommagée par un incendie provoqué par plusieurs explosions. L’incident avait entraîné l’arrêt des activités de raffinage de l’unique installation industrielle de ce type dans le pays.
Depuis lors, le Cameroun est contraint de recourir aux fournisseurs étrangers, une dépendance qui l’expose davantage aux fluctuations des cours internationaux, aux coûts logistiques et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Des avantages multiples pour les finances publiques
Le directeur général de la Sonara a détaillé les bénéfices attendus de ce contrat commercial, qu’il a qualifié de « convenablement encadré et optimisé ». Au rang des avantages figurent « la sécurité et la garantie de l’approvisionnement pérenne malgré la conjoncture internationale surdimensionnée », ainsi que « l’acquisition de produits raffinés directement au prix de vente de la raffinerie Dangote, avec la possibilité d’obtenir des remises supplémentaires ».
M. Bako a également souligné « l’optimisation des coûts de fret maritime, du fait de la proximité géographique naturelle entre la raffinerie Dangote située à Lekki et Cap Bimbia à Limbé ». La qualité des produits constitue un autre atout majeur : « La garantie de la qualité des produits issus directement de la raffinerie, dans un contexte où plusieurs contentieux relatifs à la qualité des produits ont récemment été enregistrés », a-t-il précisé, ajoutant que certaines de ces affaires sont pendantes devant les juridictions internationales.
Enfin, le patron de la Sonara a évoqué « l’atténuation significative des manques à gagner qui obèrent considérablement les finances publiques ».
Un précédent : le contrat de 2014 avec la NNPC
Le DG a tenu à rappeler que ce type d’accord n’est pas une nouveauté : « Ce type de contrat commercial n’est pas nouveau à la Sonara. La Sonara a l’habitude, bien avant moi, très longtemps, a souvent signé des contrats commerciaux de ce type avec le même schéma. » Il a cité en exemple « la signature en 2014 d’un contrat d’approvisionnement en pétrole brut avec la compagnie nigériane NNPC ».
La raffinerie de Lekki, un outil industriel majeur
Le groupe Dangote dispose de la raffinerie de Lekki, au Nigeria, dont la capacité de traitement atteint 650 000 barils de pétrole brut par jour. Cette infrastructure constitue un outil industriel majeur pour l’approvisionnement du marché nigérian et l’exportation de produits raffinés vers d’autres pays. Pour le Cameroun, l’enjeu est de sécuriser durablement ses approvisionnements tout en poursuivant les réflexions sur la remise en service de son outil national de raffinage.
Un soutien de la Banque islamique de développement
Grâce au soutien de la Banque islamique de développement, Yaoundé compte réduire drastiquement sa facture énergétique. La Sonara a par ailleurs indiqué que la cérémonie officielle de lancement du partenariat, initialement envisagée, avait été reportée en raison de contraintes de dernière minute liées à la disponibilité du président du groupe Dangote, Aliko Dangote. Une nouvelle date devrait être communiquée ultérieurement.
Vers une renaissance industrielle de la Sonara
Au-delà de cet accord, la Sonara ambitionne de porter sa capacité à 3,5 millions de tonnes par an, ce qui devrait lui permettre d’éliminer 80 % des importations de carburant et de produire une énergie propre, conforme aux normes environnementales industrielles. « Bien plus qu’une réhabilitation, c’est une renaissance industrielle qui s’opère pour la souveraineté de notre nation et le rayonnement de notre économie. La Sonara plus forte, plus moderne, moteur du Cameroun de demain », peut-on lire dans la communication de l’entreprise.
Un sursaut d’intégration africaine salué
El Hadj Oumarou, Coordonnateur général du Bureau de Gestion du Fret Terrestre (BGFT), a salué ce partenariat : « C’est un contrat extraordinaire, j’allais dire un contrat extraordinairement bon dans la mesure où nous connaissons très bien Dangote. Nous connaissons ensuite MRS et la Sonara, c’est la maison. » Il a insisté sur la dimension panafricaine de l’accord : « Il est intéressant que les Africains apprennent à se prendre en charge et à avoir le courage de poser les actions salvatrices à l’instar de cette collaboration intra-africaine et surtout ce sursaut de la promotion du bon voisinage. »
Face aux rumeurs entourant ce dossier, M. Oumarou a rappelé la primauté de l’intérêt général : « Étant entendu que c’est une affaire hautement sérieuse, une affaire également de gros sous, il faut pas le cacher, c’est normal qu’il y ait de rumeurs, c’est normal que certains se disent peut-être que leurs intérêts seront touchés. Mais à mon sens, l’intérêt de l’État est l’intérêt le plus grand. » Il a également salué « la vision du chef de l’État, Son Excellence Monsieur Paul Biya », et souligné l’importance de la qualité des produits dans un contexte où « toutes les batailles aériennes ou maritimes finissent sur terre ».
Un enjeu stratégique pour les économies africaines
Au-delà de ses implications commerciales, cet accord intervient dans un contexte où plusieurs économies africaines cherchent à réduire leur vulnérabilité face aux perturbations des marchés internationaux des hydrocarbures. La dépendance aux importations de produits raffinés constitue en effet un enjeu important pour les finances publiques, la balance commerciale et la stabilité des prix des carburants. Avec ce partenariat, le Cameroun entend franchir une étape décisive vers une plus grande souveraineté énergétique, en attendant la réhabilitation complète de sa raffinerie de Limbé.

