SOCIETE

De la fuite des cerveaux au levier de croissance : Le Cameroun structure sa gouvernance migratoire

Written by Annette Olinga

Le Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, Grégoire Owona, a présidé ce 28 Septembre 2026 à Yaoundé le Dialogue Stratégique National sur la Gouvernance de la Migration de Main-d’Œuvre au Cameroun. Cette rencontre de haut niveau, qui a réuni les partenaires au développement, les représentants des administrations publiques, le secteur privé et les ambassadeurs de la diaspora, marque une étape déterminante dans l’élaboration de la Politique Nationale de Migration de la Main-d’Œuvre au Cameroun (PNMMOC).

Placé sous le thème « Construire un écosystème national de migration de la main-d’œuvre au service du capital humain, de la compétitivité économique et du rayonnement international du Cameroun », ce dialogue stratégique intervient à un moment crucial où le pays élabore sa première Politique Nationale de Migration. L’objectif est clair : inscrire durablement la migration de main-d’œuvre parmi les priorités nationales de développement.

Dans son allocution d’ouverture, le Ministre Grégoire Owona a souligné l’importance de cette initiative : « Il s’agit véritablement d’une vision novatrice qui s’inscrit en droite ligne des priorités exprimées par le Chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, qui n’a eu de cesse de rappeler que le développement du capital humain et la bonne gestion des compétences doivent être régulièrement planifiés et efficacement mis en œuvre dans le cadre d’une stratégie intégrée orientée vers l’émergence. »

Des Données Alarmantes qui Interpellent

Le Chef de mission de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) au Cameroun, Abdel Rahmane Diop, a présenté des données révélatrices issues d’une étude nationale. « Aujourd’hui, les chiffres parlent de 579 000 Camerounais qui sont à l’étranger. Ce chiffre est très sous-évalué », a-t-il déclaré, soulignant une faible maîtrise des informations essentielles pour nourrir les réflexions et les décisions politiques.

L’étude de cas menée sur près de 4 000 Camerounais ayant migré régulièrement vers le Canada révèle un phénomène préoccupant : 85 % des migrants sont diplômés de l’enseignement supérieur, beaucoup détiennent des masters et occupaient déjà un emploi avant leur départ. « Ce ne sont pas des chômeurs qui partent, mais des travailleurs déjà qualifiés », a insisté Abdel Rahmane Diop, appelant le gouvernement à transformer cette migration en levier de développement plutôt qu’en phénomène subi.

Les Trois Axes Structurants du Dialogue

  1. Construire un Écosystème National de Migration de Main-d’Œuvre

Le dialogue repose sur une conviction fondamentale : la migration de main-d’œuvre ne constitue plus uniquement une question migratoire ou de gestion de l’emploi. Elle doit désormais être appréhendée comme une infrastructure stratégique de développement, au même titre que les infrastructures de transport, d’énergie ou de numérique.

Les échanges ont porté sur l’anticipation des besoins du marché du travail, le développement des compétences, la certification et la reconnaissance des qualifications, la préparation linguistique et interculturelle, le recrutement éthique, les accords de migration de main-d’œuvre, les plateformes numériques de gestion de la mobilité, la protection des travailleurs migrants, la mobilisation de la diaspora et les mécanismes de circulation et de retour des compétences.

  1. Investir Durablement dans la Migration de Main-d’Œuvre

Au-delà des projets soutenus par les partenaires techniques et financiers, il apparaît nécessaire de construire une architecture de financement plus durable, mobilisant l’État, le secteur privé, les employeurs, les institutions de formation et les partenaires de développement. Le dialogue a examiné des mécanismes innovants de partage de la valeur créée par la migration régulière, afin que les bénéfices profitent aux travailleurs, aux employeurs, aux institutions de formation et au développement économique national.

  1. Développer des Partenariats Stratégiques

La migration de main-d’œuvre repose sur une responsabilité partagée entre les pouvoirs publics, les employeurs, les institutions de formation, les partenaires sociaux et les pays de destination. Les discussions ont permis d’identifier les partenariats prioritaires nécessaires à la mise en œuvre de la PNMMOC, notamment en matière d’accords bilatéraux, de coopération avec les employeurs internationaux, de reconnaissance des qualifications et de systèmes d’information sur le marché du travail.

Le Cameroun : Pays d’Origine, de Transit et de Destination

Le Ministre Grégoire Owona a rappelé que le Cameroun est, à l’instar de tous les États, un pays d’origine, de transit et de destination de la migration de main-d’œuvre. « Nous abritons généreusement un nombre important de ces trois catégories de personnes vulnérables que sont les travailleurs migrants, les réfugiés et les personnes déplacées internes », a-t-il précisé, réaffirmant l’engagement du gouvernement à leur offrir des meilleures conditions d’existence, y compris en matière de travail décent et de justice sociale.

Le pays est également devenu une nation de forte émigration de ses travailleurs vers d’autres pays d’Afrique, d’Europe, du Moyen-Orient et des Amériques. La diaspora camerounaise, reconnue pour son dynamisme et sa vitalité, impacte de plus en plus la marche du pays vers l’émergence à l’horizon 2035.

Vers une Migration Organisée et Créatrice de Valeur

Le dialogue vise à terme une évolution stratégique du positionnement du Cameroun : passer d’une migration subie à une migration de main-d’œuvre organisée, sûre et créatrice de valeur, avec des mécanismes institutionnels durables, des solutions de financement pérennes et une gouvernance plus intégrée.

Le Ministre a exprimé la profonde gratitude du Cameroun à l’endroit de l’Organisation Internationale pour les Migrations, l’Organisation Internationale du Travail et la Commission de l’Union Africaine pour leur accompagnement constant dans l’amélioration de la gouvernance de la migration de main-d’œuvre.

Une Vision Alignée sur les Cadres Internationaux

Le Cameroun a récemment élaboré, avec l’appui des partenaires conjoints (UA, OIT, OIM, CEA), une politique nationale de migration de main-d’œuvre basée sur les droits et sensible au genre. Cet outil s’aligne sur les cadres stratégiques nationaux et internationaux, notamment le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, la Vision 2063 de l’Union Africaine et l’Agenda 2030 des Nations Unies.

Ce dialogue stratégique national marque une avancée significative dans la construction d’un écosystème national de migration de main-d’œuvre au Cameroun. En favorisant une vision partagée et en identifiant les réformes institutionnelles, les partenariats stratégiques et les mécanismes de financement nécessaires, le Cameroun pose les fondations d’une gouvernance migratoire moderne, capable de transformer la mobilité des compétences en véritable levier de développement économique et de rayonnement international.

Les recommandations formulées à l’issue de cette rencontre contribueront à accélérer l’adoption et la mise en œuvre de la PNMMOC, inscrivant durablement la migration de main-d’œuvre parmi les priorités nationales de développement du Cameroun.

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