ECONOMIE

Préparation du Budget 2027 : Le gouvernement camerounais face aux défis de la croissance et du pouvoir d’achat

Written by Annette Olinga

Le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, a présidé ce 28 Juillet à Yaoundé la cérémonie d’ouverture du séminaire de lancement des activités de préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027. Placées sous le thème « Le budget du Cameroun face aux défis du renforcement de l’état de service des investissements publics en vue de la stimulation de la croissance et de l’amélioration des conditions de vie des populations », ces assises de deux jours réunissent l’ensemble des acteurs concernés par la chaîne budgétaire. L’objectif affiché est clair : améliorer la qualité et la présentation des projections budgétaires, questionner les outils et méthodes utilisés, partager les innovations et contraintes liées au contexte macroéconomique, et harmoniser la compréhension entre les différentes parties prennes, qu’il s’agisse des membres du gouvernement, du Parlement ou des partenaires techniques et financiers.

Dans son allocution d’ouverture, le ministre a d’emblée dressé un tableau sombre du contexte dans lequel s’inscrit cette préparation budgétaire. Il a évoqué une « série de crises » qui s’additionnent plutôt qu’elles ne se succèdent : crise financière des années 2015, crise sécuritaire persistante, pandémie de COVID-19, guerre russo-ukrainienne et, plus récemment, le conflit au Moyen-Orient. Cette accumulation de chocs exogènes pèse lourdement sur les finances publiques. Ainsi, l’exécution du budget au premier trimestre 2024 a enregistré une faible mobilisation des recettes totales, soit 1 235 milliards de FCFA, en retrait de 212 milliards par rapport à la même période en 2023, avec un taux de réalisation de seulement 61 % des objectifs. Cette contre-performance s’explique par un rendement insuffisant des recettes internes, non pétrolières, ainsi que par une collecte décevante des emprunts et dons, les émissions de titres publics n’ayant rapporté que 88 milliards sur les 160 milliards espérés.

Parallèlement, les dépenses restent sous de fortes pressions. Au premier trimestre 2024, elles ont atteint 1 547 milliards, soit un excédent de 216 milliards par rapport aux recettes, une situation aggravée par le remboursement de la dette extérieure (834 milliards) et intérieure, ainsi que par un arriéré de paiements (restes à payer) estimé à 716 milliards à fin 2023. S’y ajoute une facture substantielle de subvention des produits pétroliers, maintenue malgré la revalorisation des prix à la pompe, dans un souci de préserver le pouvoir d’achat des populations. Ce choix humaniste du chef de l’État, salué par le ministre, coûte entre 250 et 350 milliards de FCFA au budget, sans que l’on puisse anticiper l’évolution des cours. Résultat : le déficit budgétaire global s’est creusé à 1 % du PIB en 2023, contre un objectif initial de 0,8 %, ce qui impose une maîtrise rigoureuse de la dépense publique pour garantir la viabilité de la dette et l’équilibre des finances.

Sur le plan économique, si la résilience nationale se confirme avec une croissance estimée à 3,3 % en 2023 et projetée à 3,5 % en 2024, les risques demeurent nombreux. Le durcissement des conditions financières mondiales, les sorties de capitaux, l’atonie du marché financier sous-régional, les tensions commerciales et la contraction du secteur pétrolier pèsent sur les perspectives. En interne, la chute des appuis budgétaires, la baisse des revenus et la faible productivité des entreprises, couplées à des difficultés de trésorerie liées aux retards de paiement de l’État, rendent hypothétique la mobilisation de ressources additionnelles. Face à ce contexte, le ministre a appelé à optimiser la collecte des recettes internes en élargissant l’assiette fiscale et en améliorant l’administration fiscale et douanière, tout en renforçant l’évaluation et le ciblage de la dépense publique pour accroître son efficience.

Au-delà des chiffres, Louis Paul Motazé a invité à une réflexion profonde sur la qualité des investissements publics. Il a regretté que trop de projets n’impactent pas suffisamment les conditions de vie des populations, et a suggéré, sous forme de questionnement, de privilégier l’achèvement des chantiers en cours plutôt que de multiplier de nouvelles initiatives. Il a également insisté sur l’urgence d’apurer la dette de l’État vis-à-vis des entreprises, dont les difficultés de trésorerie menacent leur survie et leur activité. « Il faut que les gens soient payés », a-t-il martelé, rappelant que l’exécution des contrats publics est une obligation. Enfin, tout en reconnaissant la difficulté de la tâche, le ministre a ouvert une fenêtre sur des perspectives plus heureuses, évoquant des opportunités en cours de maturation, sans toutefois les détailler. Il a conclu en appelant à une mobilisation collective pour que le budget 2027, préparé dans ce contexte de turbulences, puisse répondre aux attentes des Camerounais en matière de croissance et de bien-être.

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