ECONOMIE

Structuration de la filière banane-plantain en zone CEMAC : Messamena, point de départ d’une levée de fonds de 150 milliards FCFA via la BVMAC

Written by Annette Olinga

Le 25 septembre 2026, la localité de Messamena, dans le département du Haut-Nyong, région de l’Est du Cameroun, sera le théâtre d’une étape décisive pour l’avenir de la filière banane-plantain en zone CEMAC. À l’occasion de la visite de travail de Gabriel Mbairobe, Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural et Ministre du Tourisme par intérim, accompagné d’autres membres du Gouvernement, plusieurs activités majeures sont programmées.

Outre le planting de 25 000 vitroplants à haut rendement dans une parcelle irriguée, en collaboration avec les étudiants de l’Institut Supérieur FANG « Promotion Paul Biya », et la signature d’une convention pour l’installation d’un cluster industriel dédié à la chaîne de valeurs banane-plantain, Messamena accueillera un point d’information et de sensibilisation sur le processus de levée de fonds de 150 milliards FCFA via la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC). Cette initiative, portée par Tony Obam, Président national de la Filière Banane-Plantain du Cameroun (FBPC), vise à créer une société à capital variable de type holding dénommée « Banane-Plantain S.A. », avec une filiale dans chacun des cinq autres pays de la zone CEMAC.

Une feuille de route historique arrêtée avec la BVMAC

Cette annonce fait suite à la réunion de consultation tenue le jeudi 10 septembre 2026 à Douala, entre la BVMAC, représentée par son Directeur Général Louis Banga Ntolo, la Filière Banane-Plantain du Cameroun, représentée par son Président National Tony Obam, en présence du Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, mandataire de l’association AGORA, et du Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural représenté. À l’issue de ces échanges, une feuille de route et des recommandations ont été formulées pour préparer l’entrée en bourse de la société « Banane-Plantain S.A. ». Le prix de l’action est fixé à 500 FCFA, pour un total de 300 millions d’actions à souscrire, soit une capitalisation de 150 milliards FCFA.

Messamena, première étape d’un tour national de restitution

Afin de restituer ces informations auprès des acteurs de la filière, Tony Obam, en concertation avec les Gouverneurs des régions et les Présidents des Conseils Régionaux, entamera un tour des dix régions du Cameroun. Messamena sera ainsi le premier arrêt de cette campagne d’information et de sensibilisation. Pour le Président National de la FBPC, capitaine d’industrie agricole et jeune exemple cité par S.E. Paul Biya, il est impératif de garantir et de faciliter l’accès au crédit bancaire aux acteurs de la filière, notamment les pépiniéristes, les producteurs de régimes et les transformateurs.

Sécuriser le revenu du producteur : l’objectif ultime

L’ambition affichée est de créer une société à l’image de la SODECOTON pour le coton, qui achèterait la banane-plantain en kilogramme auprès des producteurs de régimes de manière régulière et contractuelle, avant de la revendre sur le marché local, à l’international et aux industriels de la zone CEMAC désireux de produire à base de banane-plantain : farine panifiable, chips, vin rouge, whisky, charbon écologique, produits cosmétiques, biscuits, tissus, vêtements, papier, mèches de cheveux, etc. Concrètement, pour le producteur, cette structuration se traduit par trois victoires immédiates : la fin de la mévente et du prix imposé par le bayam-sellam, grâce à un prix contractuel juste et connu à l’avance ; l’accès direct au crédit bancaire, le producteur sous contrat avec une société cotée en bourse devenant banquable ; et la possibilité de devenir actionnaire et co-propriétaire de sa filière, en touchant le prix de son régime et les dividendes de la société.

Une opportunité inclusive et souveraine

Pour garantir que la société « Banane-Plantain S.A. » agisse toujours dans l’intérêt des producteurs et pour des raisons de souveraineté, Tony Obam souhaite que 25 % du capital appartiennent aux agriculteurs. Le reste, soit 75 %, sera ouvert à l’actionnariat populaire, à la diaspora, aux États de la zone CEMAC, aux banques, aux sociétés de placement et aux fonds d’investissement, à raison de 500 FCFA l’action. Le Président National de la FBPC invite donc tous les acteurs intéressés à assister massivement à la campagne de communication dans les dix régions du Cameroun, qui permettra également d’actualiser la cartographie des bassins de production de la banane-plantain. Pour Tony Obam, « on n’attendra pas de convaincre tout le monde et on ne fera pas des réunions à l’infini. Il faut des résultats. » Ainsi, à l’issue de ces dix points d’information, le processus de cotation boursière s’accélérera. Pour la région de l’Est, le rendez-vous est donc fixé à Messamena le 25 septembre prochain, le programme des neuf autres régions devant être dévoilé ultérieurement.

Devenir actionnaire sans argent liquide : une possibilité réelle

Le Président National s’est donné six mois pour l’entrée en bourse de la société « Banane-Plantain S.A. », qui viendra institutionnaliser la contractualisation de la commercialisation de la banane-plantain en zone CEMAC. La Filière rassure d’ores et déjà les acteurs : l’action pourra être payée en espèces ou en nature, notamment à travers des terrains, des machines agricoles et des apports en industrie. Pour les apports en nature, la valeur des actions sera calculée par un Commissaire agréé aux apports. Ainsi, même sans argent liquide, une terre, un tricycle, un tracteur ou un magasin de stockage peuvent permettre de devenir actionnaire de « Banane-Plantain S.A. ». Pour démystifier la bourse, longtemps considérée comme réservée à une élite, Tony Obam s’engage à produire des manuels et des visuels techniques pour familiariser les agriculteurs aux éléments de langage boursiers, financiers et patrimoniaux.

Mairies : passer de l’attente des CAC à la création de richesses

Le capital de la future société représente également une opportunité de création de recettes propres pour les communes appelées à devenir des « Mairies de Production ». C’est un moyen de passer d’une mairie qui attend les Centimes Additionnels Communaux (CAC) à une mairie qui produit sa propre richesse, avec des recettes propres et des dividendes annuels pour financer les écoles, les centres de santé et les routes communales, sans attendre Yaoundé. Cela permet aussi de sécuriser l’emploi jeune local en attirant le cluster industriel, et de disposer d’un pouvoir de décision, la loi accordant un siège au Conseil d’Administration pour défendre les producteurs. Cette possibilité est expressément prévue par le Code Général des Collectivités Territoriales Décentralisées, Loi N°2019/024 du 24 décembre 2019, en son Article 52 alinéa 1 : « Les Collectivités Territoriales peuvent, par délibération de leur organe délibérant, soit acquérir des actions ou obligations des sociétés chargées d’exploiter des services locaux, […] suite à l’approbation préalable du représentant de l’État. » Les communes proches des bassins de production ont donc l’opportunité de tirer avantage de cette perche tendue par la FBPC et la BVMAC en devenant actionnaires.

Un appel à l’action

Il convient de saluer l’engagement du Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural qui, lors de la 4e édition de la Fête Internationale de la Banane-Plantain placée sous le très haut patronage de S.E. Paul Biya, Président de la République, avait demandé au Directeur Général de la BVMAC, invité par la FBPC à animer un atelier sur la structuration de la filière, d’aider celle-ci à lever des financements pour l’expansion de sa chaîne de valeur. Au secteur privé en général, aux acteurs de la filière et aux communes en particulier, il appartient désormais de prendre le relais en achetant le maximum d’actions avant la cotation boursière. C’est une opportunité d’affaires unique pour tirer la croissance économique de la zone CEMAC vers le haut, sachant que l’État joue son rôle fondamental de régulateur, de protecteur et de stratège pour encadrer et soutenir le monde des affaires. La FBPC, quant à elle, trace le sillon d’une économie agricole plus prospère, où chaque plantation finance une maison autonome et où chaque producteur devient actionnaire de son avenir.

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