À l’occasion de la Journée internationale de la non-violence (JINV), célébrée le 2 octobre 2026, la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) a rendu publique une déclaration assortie de visuels de sensibilisation. Sous le thème « La non-violence comme moyen de promouvoir la paix et le développement », l’institution réaffirme que la non-violence n’est pas seulement une valeur morale, mais aussi une obligation juridique et une stratégie politique de prévention des conflits.
Un ancrage dans le droit africain
La CDHC rappelle que la promotion de la non-violence repose sur le droit positif africain. L’article 23 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (ChADHP), entrée en vigueur le 21 octobre 1986 et ratifiée par le Cameroun le 20 juin 1989, reconnaît aux peuples « le droit à la paix et à la sécurité tant sur le plan national que sur le plan international ». Ce fondement est renforcé par les articles 2, paragraphe 4, et 13 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (ChADEG), entrée en vigueur le 15 février 2012. Ces dispositions consacrent le rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement, menaces pour la stabilité, la paix, la sécurité et le développement, ainsi que l’obligation pour les États de maintenir un dialogue politique et social pour consolider la paix. Pour la Commission, la non-violence est donc un instrument de prévention des conflits, de règlement pacifique des différends et de préservation de la dignité humaine.
Gandhi et l’appel de l’ONU
La CDHC souligne le message du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, pour l’édition 2026 de la JINV. Ce dernier rappelle que Gandhi a incarné l’idée qu’il est possible d’apporter des changements profonds et durables en restant fidèle aux principes de la paix. Selon lui, la meilleure façon de lutter contre l’injustice n’est pas de répondre à la cruauté et à la violence par des moyens symétriques, mais d’utiliser le dialogue et la non-violence pour faciliter la compréhension mutuelle, restaurer la dignité et instaurer un changement durable. « En cette période de montée des divisions, des tensions et des conflits, les enseignements de Gandhi revêtent pour nous une actualité plus pressante que jamais », a-t-il souligné.
La Commission salue le thème onusien de 2026, qui exhorte les gouvernements à privilégier le dialogue, la diplomatie et les moyens non violents pour surmonter les divisions, apaiser les tensions, combattre les injustices et mettre fin aux souffrances dans le respect de la dignité humaine. Elle rappelle aussi que la pauvreté et les inégalités fragilisent les fondements de la paix.
Une opportunité pour le Cameroun
Dans le contexte national, la CDHC considère cette journée comme une occasion de promouvoir la non-violence comme mode privilégié d’expression des revendications et de règlement des différends. Elle appelle à mobiliser les administrations publiques, les leaders traditionnels et religieux, les organisations de la société civile, les médias, les structures éducatives, les familles et chaque citoyen autour de l’éducation à la paix, de la tolérance, du dialogue interculturel et du respect scrupuleux des droits de l’homme et des peuples.
La Commission salue les efforts constants des pouvoirs publics et de leurs partenaires pour renforcer le droit à la paix, préserver la cohésion sociale, favoriser le vivre-ensemble harmonieux, prévenir les violences et consolider la stabilité nationale. Elle cite notamment le lancement, le 28 septembre 2026 à Buea, par le Premier ministre, chef du Gouvernement, du Dialogue communautaire pour la paix. Cet événement a réuni les forces vives des six départements de la Région du Sud-Ouest autour de la paix, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble. Cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre d’un engagement du chef de l’État, Paul Biya, exprimé lors de sa prestation de serment du 6 novembre 2025. Le dialogue communautaire vise à faciliter le retour des jeunes terroristes en déshérence dans leurs communautés, après leur passage au Programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration.
Société civile et médias en première ligne
La CDHC encourage les initiatives des ONG et des OSC œuvrant pour la cohésion sociale et la lutte contre l’extrémisme violent. Elle salue l’action de l’Association pour le respect et la dignité humaine (ARDHU), qui a mené du 26 août au 2 septembre 2026, dans 18 localités de la Région de l’Extrême-Nord, en synergie avec l’Antenne régionale de la CDHC, une campagne intégrée de proximité consacrée à la scolarisation, à la protection de l’enfance, à la prévention des violences basées sur le genre et à la cohésion sociale. Cette campagne a permis de sensibiliser 6 720 personnes et de contribuer à la structuration de mécanismes communautaires d’alerte précoce.
La Commission relève également que la recommandation acceptée par l’État lors de l’adoption du rapport du Cameroun au 4e cycle de l’Examen périodique universel (EPU), le 26 mars 2024, invitant à « poursuivre le dialogue afin de rétablir définitivement la paix dans les Régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord », a été transmise aux Services du Premier ministre, au ministère de l’Administration territoriale et à la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme.
Enfin, la CDHC recommande spécifiquement aux médias publics et privés, ainsi qu’au Conseil national de la Communication, de vulgariser et de donner de la visibilité aux dynamiques endogènes de consolidation de la paix. Elle cite les Alliances radio-communautaires pour la paix portées par des organisations de jeunesse dans l’Extrême-Nord, à l’instar de Local Youth Corner (LOYOC), qui co-produisent des contenus de déradicalisation et de tolérance en langues locales dans les départements du Mayo-Sava, du Mayo-Tsanaga et du Logone-et-Chari, asséchant ainsi l’influence des discours extrémistes par le dialogue.
La non-violence, une condition du développement durable
À travers cette déclaration, la CDHC réaffirme que la paix n’est pas un luxe, mais une condition du développement. La non-violence, soutenue par le dialogue et le respect des droits humains, apparaît comme la voie la plus sûre pour préserver la cohésion nationale et bâtir un avenir durable au Cameroun.

