À l’occasion de l’atelier régional de validation du Guide pratique sur les systèmes d’enregistrement des faits et statistiques de l’état civil (ESEC) qui se tient à Yaoundé du 20 au 22 avril 2026, le Commissaire en charge du Département des Politiques Économiques, Monétaires et Financières de la Commission de la CEMAC, Nicolas BEYEME NGUEMA, revient sur les enjeux de cette rencontre. Il dresse un diagnostic sans complaisance de la situation sous-régionale et plaide pour une harmonisation urgente des données démographiques.
Monsieur le Commissaire, quel est l’objet de cet atelier de Yaoundé et comment s’inscrit-il dans la continuité des travaux engagés par la CEMAC ?
Nicolas BEYEME NGUEMA : Je dois rappeler que nous sommes réunis ici à Yaoundé à la suite de l’atelier que nous avons tenu en novembre 2025 à Bangui. Cet atelier de Bangui a permis de dresser un diagnostic précis de la situation de la tenue de l’état civil, mais aussi de l’élaboration des statistiques qui y sont relatives. Il a également permis d’élaborer des feuilles de route nationales pour chaque État membre. Aujourd’hui, nous sommes réunis pour valider nos guides, nos référentiels, afin que le travail effectué dans chaque pays soit comparable et conforme aux normes que nous allons établir ensemble.
Quelle est la motivation profonde de cette mobilisation régionale autour de l’état civil ?
Nicolas BEYEME NGUEMA : La motivation est claire : améliorer la tenue de l’état civil. Aujourd’hui, nos systèmes présentent beaucoup d’insuffisances. Certains paramètres essentiels ne sont tout simplement pas pris en compte. Toutes les naissances ne sont pas dûment enregistrées. Lorsqu’il y a des décès, le reporting n’est pas correctement effectué.
Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de ces dysfonctionnements ?
Nicolas BEYEME NGUEMA : L’exemple le plus frappant est celui des élections : des personnes décédées se retrouvent encore sur les listes électorales. Autre illustration : les divorces surviennent, mais personne ne trouve d’intérêt à mettre à jour les fichiers de l’état civil. Bref, nos fichiers d’état civil, tels qu’ils sont tenus aujourd’hui, présentent de graves lacunes.
Pourquoi est-il important de traiter cette question au niveau communautaire plutôt que simplement national ?
Nicolas BEYEME NGUEMA : Il est essentiel qu’au niveau de la CEMAC, un effort collectif soit consenti. Nous nous réunissons dans le cadre communautaire pour construire une vision partagée. Cela permettra une véritable comparaison des données d’un État à l’autre. Sans harmonisation, les analyses comparatives restent fragiles et les politiques publiques régionales manquent de bases fiables.

