Il gouverne le Cameroun depuis 1982, mais depuis plusieurs semaines, Paul Biya semble avoir disparu de la scène publique. Une absence prolongée qui dépasse désormais les deux mois, et qui suscite une vague d’interrogations croissantes au sein de la population camerounaise, dans les cercles politiques du pays et bien au-delà de ses frontières.
Une disparition de la scène publique qui ne passe pas inaperçue
Pour un chef d’État habitué à de longues périodes passées à l’étranger — notamment dans ses résidences suisses — l’absence de Paul Biya n’est pas en soi un phénomène totalement inédit. Le président camerounais a, par le passé, multiplié les séjours prolongés hors de son pays, alimentant régulièrement les critiques sur son rapport à la gouvernance. Mais cette fois, la durée de l’éloignement et le silence qui l’accompagne ont atteint un seuil que même ses partisans les plus fidèles peinent à justifier.
Aucune apparition publique, aucun discours, aucune image récente : le vide communicationnel autour du président a rapidement laissé place à toutes sortes de spéculations, certaines évoquant un état de santé préoccupant, d’autres allant jusqu’à remettre en question sa capacité à exercer ses fonctions. Dans un pays où la transparence institutionnelle n’est pas la norme, ces rumeurs ont trouvé un terrain fertile.
Le gouvernement contraint de réagir
Face à la montée en puissance des interrogations, les autorités camerounaises ont finalement brisé le silence. Des représentants officiels ont pris la parole pour affirmer que le président était bel et bien en vie et en capacité d’exercer ses fonctions. Une mise au point qui, paradoxalement, a parfois renforcé les doutes plutôt que de les dissiper, tant ce type de communication défensive reste perçu comme un aveu d’une situation délicate à gérer.
Du côté de la présidence, la stratégie semble avoir évolué au fil des semaines. Selon RFI, l’entourage de Paul Biya a progressivement ajusté sa communication pour tenter de contenir l’hémorragie médiatique. Mais sans apparition concrète du chef de l’État, les efforts de communication sont restés largement insuffisants pour apaiser les esprits.
Samuel Mvondo Ayolo, l’homme de l’ombre au cœur du dispositif
Dans ce contexte de flou institutionnel, une figure s’est imposée comme le pivot discret mais central de la gestion de la crise : Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence. Selon Jeune Afrique, cet homme de confiance de Paul Biya, qui a accompagné le président lors de son séjour genevois, joue un rôle de premier plan dans la gestion de l’information et le maintien de l’ordre protocolaire autour du chef de l’État.
Véritable « gardien du temple », selon l’expression consacrée, il incarne la continuité d’un système présidentiel verrouillé, où l’accès au président est soigneusement filtré et où la communication vers l’extérieur reste sous contrôle strict. C’est lui qui, en grande partie, orchestre le peu d’informations qui filtre sur la situation réelle de Paul Biya.
Un système politique à l’épreuve du vide
Au-delà de la question sanitaire, l’absence du président met en lumière une réalité plus profonde : le Cameroun est doté d’institutions qui reposent de manière excessive sur la seule personne du chef de l’État. À 91 ans, Paul Biya est l’un des dirigeants les plus âgés du monde encore en exercice, et la question de la succession — taboue dans les cercles du pouvoir — ressurgit inévitablement dans les conversations.
Car si le gouvernement fonctionne, au moins formellement, en l’absence du président, les décisions majeures, les arbitrages politiques et les équilibres subtils qui caractérisent le système camerounais dépendent traditionnellement du sommet de l’État. Une vacance prolongée, même non officielle, crée donc un vide qui peut fragiliser la cohésion des élites et nourrir les appétits de ceux qui lorgnent vers la succession.
Un pays entre attente et incertitude
Pour les Camerounaises et les Camerounais, cette situation cristallise des frustrations anciennes. Le manque de transparence, l’opacité des institutions et l’absence de tout mécanisme clair de transition sont autant de sujets qui reviennent avec insistance dans le débat public. Les réseaux sociaux, eux, se sont emparés du sujet avec une intensité révélatrice d’une société civile qui refuse de se laisser tenir à l’écart des affaires de l’État.
La question n’est donc plus seulement de savoir où se trouve Paul Biya, mais ce que cette absence révèle sur la fragilité d’un système politique bâti autour d’un homme, et sur l’urgente nécessité, pour le Cameroun, d’envisager l’avenir avec davantage de clarté institutionnelle.

