Dans les eaux camerounaises, la pêche industrielle est loin d’être un long fleuve tranquille. Entre surexploitation des ressources, contrats déséquilibrés et pratiques illégales, les armateurs nationaux peinent à tirer leur épingle du jeu. Louis-Martin Imoulanok, président de la Plateforme Crevettes du Cameroun (PLACRECAM), dresse un constat sans complaisance et propose des pistes concrètes pour inverser la tendance.
Armateurs nationaux : une présence réelle mais fragilisée
Sur huit opérateurs actifs dans la pêche industrielle au Cameroun, seuls trois armateurs camerounais sont véritablement propriétaires de leurs navires. Les autres compatriotes, bien que titulaires de licences, les mettent à disposition d’opérateurs étrangers. Problème : dans la pratique, ces contrats s’avèrent très défavorables aux Camerounais.
« À cause de leurs moyens financiers limités et de la non-maîtrise des techniques et de la mécanique des bateaux, les nationaux sont en position de faiblesse dans les négociations », explique Louis-Martin Imoulanok. Résultat : la gestion du bateau échappe au propriétaire. Ce sont les locataires étrangers qui décident des prises et des prix.
Pêche INN : des conséquences néfastes sur plusieurs plans
La pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) aggrave encore la situation. Selon le président de PLACRECAM, les effets sont multiples :
· Faiblesse des prises pour les armateurs nationaux ;
· Destruction des outils de pêche par les chalutiers étrangers, qui n’hésitent pas à briser les petites embarcations locales ;
· Utilisation de filets inappropriés, notamment à petites mailles, qui capturent les juvéniles et empêchent le renouvellement des espèces ;
· Forte pression sur les ressources marines, menaçant à terme la durabilité de toute la filière.
Solutions : l’État au cœur du redressement
Face à ce constat alarmant, Louis-Martin Imoulanok propose plusieurs mesures concrètes pour rééquilibrer le secteur et protéger les armateurs nationaux :
- Interdire les contrats avec des opérateurs étrangers ayant déjà résilié des partenariats au Cameroun.
- Faire de l’État un propriétaire de navires de pêche, qu’il louerait ensuite aux nationaux, afin de faciliter l’accès à des outils performants.
- Constituer un fonds de garantie public pour cautionner l’achat de bateaux par les armateurs camerounais.
- Donner l’exclusivité aux nationaux pour l’importation et la vente des matériels de pêche.
« Donner l’exclusivité aux nationaux sur les matériels de pêche » résume ainsi l’une des revendications fortes de la Plateforme Crevettes du Cameroun.
Enjeu de souveraineté
Au-delà des aspects économiques, c’est bien la souveraineté alimentaire et maritime du Cameroun qui est en jeu. Sans une régulation ferme et un soutien structuré aux armateurs locaux, le pays risque de voir ses ressources marines s’épuiser et sa flotte nationale disparaître progressivement. Les propositions de Louis-Martin Imoulanok ouvrent une voie : celle d’un État protecteur, stratège et partenaire d’une pêche durable et camerounaise.

