SOCIETE

Pêche INN au Cameroun : « Sortir durablement des sanctions internationales” les explications de Henry Serge Kemgang, Directeur des pêches au MINEPΙΑ

Written by Annette Olinga


Face à la menace persistante de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), le Cameroun accélère sa mue législative et technique. Dans un entretien M. Henry Serge Kemgang, Directeur des pêches et des Industries halieutiques au ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), dresse un bilan sans concession et trace la feuille de route d’une souveraineté halieutique enfin protégée.


Une réforme législative comme tournant historique

Interrogé sur l’état d’avancement de la lutte contre la pêche INN au Cameroun, M. Kemgang a d’abord salué les progrès législatifs récents. « Le Cameroun a engagé ces dernières années une réforme en profondeur de son dispositif de gouvernance des pêches », a-t-il rappelé.

Deux dates clés structurent cette dynamique : la promulgation de la loi du 23 décembre 2024, qualifiée de « tournant majeur », et les décrets d’application signés en mars 2026, qui précisent désormais les modalités concrètes d’immatriculation, de suivi des navires et de contrôle des activités en mer.

« L’objectif est double : sortir durablement des sanctions internationales, notamment le ‘carton rouge’ de l’Union européenne, et garantir une exploitation responsable de nos ressources halieutiques », a martelé le directeur.

Transparence accrue et assainissement du pavillon camerounais

Pour crédibiliser cette réforme, le Cameroun a déjà mis en œuvre des mesures concrètes : publication régulière des listes de navires autorisés, radiation des embarcations impliquées dans des activités illicites, et suspension des immatriculations afin d’assainir le pavillon national. Autant de gestes forts destinés à rassurer les partenaires internationaux et à restaurer l’image d’un pays désormais engagé dans une pêche responsable.

Les défis persistants : surveillance satellitaire et coordination

Malgré ces avancées, M. Kemgang a reconnu que « les défis restent importants », en particulier dans le domaine de la surveillance en mer. Le Cameroun doit encore renforcer ses capacités techniques, notamment via l’acquisition et l’opérationnalisation de systèmes de suivi satellitaire comme l’AIS (Système d’identification automatique) et le VMS (Système de surveillance des navires). Ces outils permettraient de tracer en temps réel les mouvements des navires, un prérequis indispensable pour dissuader les pêcheurs illégaux.

Le directeur a également insisté sur la question des moyens humains et financiers. « Une réglementation efficace doit s’accompagner d’un dispositif de contrôle robuste et bien équipé », a-t-il souligné.

Une lutte qui dépasse les frontières

Autre défi majeur : la coordination institutionnelle. La lutte contre la pêche INN implique en effet plusieurs administrations – Pêches, Transports, Défense, Douanes –, et « nécessite une synergie accrue ». Enfin, M. Kemgang a plaidé pour un renforcement de la coopération régionale et internationale, particulièrement dans le Golfe de Guinée. Objectif : mieux contrôler les navires opérant au-delà des eaux territoriales camerounaises et lutter efficacement contre les pratiques de transbordement illicite en haute mer.

Vers une sortie définitive du carton rouge ?

Avec cette feuille de route ambitieuse, le Cameroun espère convaincre l’Union européenne de lever les sanctions qui pèsent sur ses exportations halieutiques. La balle est désormais dans le camp des autorités camerounaises : les textes existent, les engagements sont clairs. Reste à transformer la réforme en réalité sur le terrain, vague après vague.

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