La Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) a officiellement lancé, ce 23 Avril 2026 à Yaoundé, un atelier régional de validation du guide pratique des Recensements Généraux de la Population et de l’Habitat (RGPH). Présidée par le commissaire de la CEMAC chargé des questions politiques, économiques, monétaires et financières , Nicolas Beyeme Nguema, cette rencontre de trois jours (23-25 avril 2026) marque une avancée majeure vers l’harmonisation des systèmes statistiques dans la sous-région.

Face à l’irrégularité des cycles de recensement et à la diversité des méthodes employées par les six États membres, la Commission de la CEMAC, avec l’appui technique du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et le soutien financier de la Banque mondiale dans le cadre du projet HISWACA, ambitionne de doter la zone d’un outil méthodologique unique.
« Nous avons besoin de données comparables dans la sous-région. Ce guide vise à ce que chacun des six États dispose d’un référentiel commun, arrimé aux standards internationaux », a souligné Nicolas Beyeme Nguema en ouverture des travaux.
Des défis structurels à surmonter
Les pays de la CEMAC partagent plusieurs contraintes majeures dans la conduite des recensements :
· Rupture de la périodicité décennale des opérations ;
· Transition numérique inachevée et sous-utilisation des outils digitaux ;
· Allongement des délais de traitement et diffusion des données ;
· Contraintes sécuritaires dans plusieurs zones (Boko Haram, crises sociopolitiques).
À titre d’illustration, le Cameroun a attendu 21 ans entre son troisième et son quatrième RGPH, dont la phase de collecte principale s’achèvera en mai 2026. Ce dernier recensement, couplé au Recensement général de l’agriculture et de l’élevage (RGAE), repose sur un processus entièrement digitalisé et une stratégie hybride (dont des modèles économétriques avec WorldPop) pour couvrir les zones d’insécurité.

Objectifs techniques et innovations
Durant trois jours, les près d’une quarantaine d’experts — représentants des Instituts Nationaux de la Statistique (INS) des six pays, d’institutions régionales (IFORD, ISSEA, AFRISTAT) et de partenaires techniques (Banque mondiale, CEA, STATAFRIC, BAD, UNFPA) — vont :
· Examiner et valider le contenu technique du guide pratique ;
· Valider les méthodologies de cartographie censitaire, de dénombrement, et d’enquête post-censitaire ;
· Intégrer les spécificités sous-régionales (défis sécuritaires, numérique) ;
· Échanger sur les innovations de collecte (CAPI, SIG, cartographie numérique) ;
· Établir une feuille de route pour l’adoption effective du guide par les INS.
Vers un système statistique régional intégré
Au-delà de la simple harmonisation, ce guide pratique vise à réduire les délais de diffusion des données, améliorer leur qualité et leur comparabilité, et renforcer leur utilisation dans la planification stratégique et le suivi des Objectifs de Développement Durable (ODD).
Pour le Cameroun, dont le système statistique national est structuré par une loi de 2020 garantissant la qualité et la coordination des productions statistiques, cet engagement régional constitue un prolongement naturel de sa politique nationale d’assurance qualité.
« Ce travail vise à bâtir un cadre régional de référence, garantissant fiabilité, transparence et comparabilité des données RGPH dans l’espace CEMAC », a conclu le représentant de l’Institut national de la statistique du Cameroun.
À l’issue de cet atelier, le guide pratique validé, deviendra un instrument clé pour la préparation des recensements de nouvelle génération, et un levier stratégique pour la coopération statistique en Afrique centrale.

