SANTE

Septembre en Or : Mori’sChild Foundation mobilise environ 250 personnes pour la marche sportive contre les cancers pédiatriques

Written by Annette Olinga

Samedi dernier, les artères de la ville de Yaoundé ont vibré au rythme d’une cause noble et urgente : la lutte contre le cancer de l’enfant. À l’appel de l’ONG Mori’sChild Foundation, dirigée par Ruth Grâce Ngo Nyobe, environ 250 personnes ont pris part à une marche de sensibilisation baptisée « Golden Street Walker ». Cette mobilisation s’inscrit dans le cadre de la campagne internationale « Septembre en Or », mois dédié à la sensibilisation sur les cancers pédiatriques. L’objectif était clair : sortir des murs de l’hôpital pour aller à la rencontre de la communauté, briser les tabous, favoriser une meilleure compréhension de la maladie, soutenir les familles et rappeler que la lutte contre le cancer de l’enfant concerne toute la société.

« Le Cameroun se lève pour ses enfants. Parce que chez nous en Afrique, l’enfant est l’enfant de la communauté. Ensemble, nous pouvons vaincre le cancer de l’enfant », a déclaré Ruth Grâce Ngo Nyobe, fondatrice de l’ONG Mori’sChild Foundation. Pour elle, il était impératif de dépasser le cadre strictement hospitalier pour interpeller l’ensemble de la nation. « Nous avons pensé qu’il était impératif pour nous de sortir des salles d’hospitalisation, des murs d’hospitalisation, pour aller à la rencontre de la communauté. Nous avons choisi le Monument de la Réunification parce que, chez nous, en Afrique, l’enfant est l’enfant de la communauté. En allant à ce monument qui porte toute sa symbolique, c’est le Cameroun qui se lève pour ses enfants atteints de cancer. C’est ton enfant, c’est mon enfant, c’est l’enfant du voisin. Il est nécessaire que chacun de nous sache que le cancer de l’enfant le concerne. »

Le choix du Monument de la Réunification comme point de départ de cette édition n’était donc pas anodin. Sa symbolique d’unité a permis de placer la cause des enfants atteints de cancer au cœur d’un message adressé à tout le Cameroun. La marche a débuté par deux gestes forts : le tambour des signes et le flambeau de l’espoir. « Chez nous en Afrique, le tambour a longtemps servi à annoncer les nouvelles importantes et à rassembler la communauté. Nous avons voulu lui donner une nouvelle mission : annoncer les signes du cancer de l’enfant, à travers la voix des enfants en bonne santé venus soutenir leurs frères malades afin que la communauté les reconnaisse et puisse agir plus tôt. Parce qu’un signe reconnu à temps peut conduire à une consultation et, potentiellement, changer le parcours d’un enfant », explique l’organisation. Quant au flambeau, il a été porté par un enfant guéri. Un symbole puissant : ce n’est pas une personne extérieure qui vient parler d’espoir, mais un enfant qui a traversé la maladie et qui porte symboliquement la lumière pour ceux qui sont encore sur ce chemin.

Après des étirements d’échauffement, les participants ont parcouru un itinéraire qui a traversé plusieurs quartiers de la capitale : du Monument de la Réunification à la Poste Central, en passant par Camer, le carrefour PJ Élig Essono et le quartier Fouda, pour enfin rejoindre l’esplanade du stade omnisport, point de chute de la rencontre. Une belle ambiance a marqué cette marche, rythmée par des animations musicales, un car podium habillé aux couleurs de Mori’sChild, ainsi que la présence des forces de maintien de l’ordre et d’une ambulance tout au long du trajet. Les enfants qui ont participé à la marche n’étaient pas présentés comme des enfants malades : ils marchaient pour leurs frères et sœurs hospitalisés ou en traitement. Ils étaient leur voix.

L’ONG Mori’sChild Foundation, créée en 2021, porte une vision ambitieuse : qu’aucun enfant ne succombe au cancer par ignorance de la maladie, par errance thérapeutique ou par indigence financière. Sa mission est d’améliorer la qualité de vie et des soins des enfants atteints de cancer afin d’augmenter leurs chances de guérison. Pour y parvenir, l’organisation intervient à travers six axes complémentaires. Elle sensibilise les populations sur le cancer afin de favoriser le diagnostic précoce et la prise en charge des enfants. Elle soigne les enfants en leur offrant un accès à la chimiothérapie et au matériel de soins indispensable au traitement. Elle encourage les populations à faire des dons de vie, notamment de sang, de plaquettes et de moelle osseuse, et couvre les urgences en produits sanguins. Elle éduque les enfants grâce à la Happy Class, l’école à l’hôpital, qui permet la poursuite de leur cursus scolaire. Elle soutient psychologiquement les enfants atteints de cancer et leurs parents dans le processus pré et post-traitement. Enfin, elle renforce le suivi post-cancer afin de minimiser les séquelles et d’éviter les récidives.

Après cinq années d’actions et d’engagement, les résultats sont porteurs d’espoir. Plus de 400 enfants ont été enregistrés et aidés. Depuis 2024, 53 enfants en cours de traitement ou en rémission, de la maternelle à la Terminale, sont scolarisés à la Happy Class. Quatre diplômes officiels ont déjà été obtenus pendant et après le traitement. « Le combat mérite qu’on continue parce qu’on a à côté de nous une équipe professionnelle. Mori’sChild agit au sein des centres hospitaliers de référence qui prennent en charge les enfants atteints de cancer. Aujourd’hui, nous avons enregistré plus de 400 enfants. Avec la Happy Class, nous avons scolarisé 53 enfants depuis 2024, dont 4 diplômes obtenus. En 5 ans d’action, nous pensons que les résultats sont positifs, parce que nous avons autour de nous des enfants qui sont guéris. Le cancer de l’enfant existe et se soigne », affirme Ruth Grâce Ngo Nyobe.

Parmi les initiatives phares de l’ONG figure le programme « 100 FCFA pour un sourire-guérison ». « Tout le monde ne peut pas financer un traitement. Mais chacun peut avoir 100 FCFA par mois pour contribuer au Sourire et à l’espoir de Guérison d’un enfant », rappelle l’organisation. Une manière de souligner que chacun, à son niveau, peut participer à l’accompagnement des enfants et des familles.

Les experts présents ont insisté sur l’importance du diagnostic précoce. Pour le Professeur Pondi, du service hémato-oncologie du Centre Mère et Enfants de la Fondation Chantal Biya, « le cancer pédiatrique ne se prévient pas. Il se soigne précocement. Ce n’est pas comme les maladies où on va dire que je veux prévenir une pneumonie parce que je vais faire le vaccin. Le cancer de l’enfant, nous marchons parce que c’est courant, on peut l’avoir, mais on doit le diagnostiquer précocement et on va le traiter. C’est pour ça que nous marchons aujourd’hui. » Interrogé sur les signes d’alerte, elle précise : « Les signes d’alerte sont comme la plupart de toutes les maladies de l’enfant : la fièvre, les maux de tête, l’anémie, la douleur… Donc tout ce qui persiste malgré les traitements de tous les jours. J’ai soigné le paludisme mais il continue à chauffer, je dois être inquiet. Chaque type de cancer de l’enfant a un symptôme fréquent qui ressemble à des maladies courantes, c’est pour ça que nous disons qu’il faut diagnostiquer précocement et on va avoir la guérison et ils vont rentrer à l’école. »

Le Dr Zeh Kakanou Florence, Secrétaire permanente du Comité National de Lutte contre le Cancer, a pour sa part fait le point sur la prise en charge au Cameroun. « Avec la collaboration de toutes les parties prenantes, nous avons mis en place un réseau pour la prise en charge des cancers pédiatriques, afin que ceux qu’on réfère soient pris en charge rapidement. Au niveau du Cameroun, nous avons deux formations sanitaires d’excellence : la Fondation Chantal Biya, qui s’occupe des enfants, et l’hôpital Mbingo Baptist. Les formations sanitaires satellites sont présentes à l’Extrême-Nord, à Garoua, à Ngaoundéré, au Littoral et à Yaoundé. Dès qu’ils trouvent un cas, ils réfèrent immédiatement au niveau de ces deux formations d’excellence. Pourquoi ? Parce que pour la prise en charge des cancers, il faut centraliser les expertises, afin que le suivi soit de qualité. Pour le moment, plus de 1 500 enfants sont déjà pris en charge. Cette marche nous donne de l’espoir. Nous aimerons surtout que ceux qui vont nous écouter, ceux qui vont nous voir, nous apportent plus d’étoiles d’espoir afin que nous puissions le transmettre aux enfants et aux familles. »

La Golden Street Walker est une initiative portée et coordonnée par l’ONG Mori’sChild Foundation, avec l’appui et la participation de ses partenaires et institutions engagés autour de la cause des enfants atteints de cancer : le Ministère de la Santé Publique, le Comité National de Lutte contre le Cancer, le GCOP, World Child Cancer, le St. Jude Children’s Research Hospital, Canal+ et Source du Pays, ainsi que les structures de prise en charge concernées, notamment la Fondation Chantal Biya, le Mbingo Baptist Hospital de Bamenda, l’Hôpital Protestant de Ngoubela à Tibati et Alternative Santé.

À travers cette mobilisation, Mori’sChild Foundation et ses partenaires rappellent une vérité essentielle : le cancer de l’enfant n’est pas une fatalité. Détecté à temps et traité correctement, il peut être guéri. Mais pour cela, il faut que toute la communauté se mobilise, que les tabous tombent et que chacun prenne conscience que l’enfant est l’enfant de la communauté. Comme le résume si bien Ruth Grâce Ngo Nyobe : « C’est ton enfant, c’est mon enfant, c’est l’enfant du voisin. Il est nécessaire que chacun de nous sache que le cancer de l’enfant le concerne. »

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