Dans une ambiance empreinte de fraternité et de détermination, la ville de Yola, capitale de l’État d’Adamawa au Nigeria, a vibré au rythme d’une rencontre historique entre les organisations patronales camerounaise et nigériane. Ce sommet, tenu dans la salle de conférence de l’hôtel Mamma Chare, concrétise l’accord stratégique signé en octobre 2024 à Tanger (Maroc) entre le Groupement des Transporteurs Terrestres du Cameroun (GTTC) et la Nigerian Association of Road Transport Owners (NARTO). Une étape décisive pour l’intégration économique en Afrique de l’Ouest et centrale.
La cérémonie s’est ouverte en présence de nombreuses personnalités : la Ministre des Transports de l’État d’Adamawa, des responsables des forces de maintien de l’ordre, le Conseil national des chargeurs nigérians, le représentant du président national de la NARTO, le directeur général de la Chambre de commerce, ainsi que le représentant du directeur général du CNCC (Conseil national des chargeurs du Cameroun). L’émotion était palpable lors de l’exécution successive des hymnes nationaux, symbole fort d’une volonté partagée de briser les barrières frontalières.
Dans leurs allocutions, les intervenants – représentant de la NARTO, porte-parole de l’Organisation africaine unie des transports et de la logistique (UAOTL), ministre des Transports, représentant du conseil national des chargeurs du Cameroun, et le président national du GTTC, M. Ibrahima YAYA – ont souligné l’urgence de moderniser les corridors communs, notamment les axes Yola-Garoua, Moubi-Mayo-Woulo, et ceux reliant la frontière nigériane au Sud-Ouest camerounais.
Des avancées techniques majeures
Le volet technique a été marqué par deux interventions phares. M. LIANKOUOMB NKOUOMB Albert, conseiller technique auprès du président du GTTC, a présenté le thème : Régulation du secteur du transport terrestre et protection du patrimoine routier : état des lieux du transport transfrontalier Cameroun-Nigeria, opportunités et difficultés. Il a insisté sur la protection des infrastructures et le respect des normes communautaires.

Le président du GTTC a ensuite dévoilé le Guichet d’Affrètement des Cargaisons (GAC). Cet outil numérique innovant vise à dématérialiser les documents de fret (lettre de voie LVO/LVI) pour garantir une traçabilité totale et réduire les lourdeurs administratives.
M. Salami, représentant la NARTO et l’UAOTL, a également fait une présentation sur la connectivité et l’avenir de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Dénonciation des entraves et appels à l’action
Les participants ont vivement dénoncé la multiplication des barrières parfois illégales et des faux frais, tant du côté camerounais que nigérian, qui fragilisent le commerce transfrontalier. Le président national du GTTC a plaidé pour un accompagnement des pouvoirs publics en faveur de la protection du patrimoine routier, via le respect des tonnages autorisés et la sensibilisation des acteurs contre les mauvaises pratiques.
Il a également invité les professionnels à justifier les raisons de la contrebande, afin que les deux organisations patronales puissent y remédier. Concernant les infrastructures, il a rappelé la disponibilité du CNCC pour le parking côté camerounais, un dossier en cours depuis plus de deux ans. Enfin, il a annoncé la mise en place future d’un péage routier avec l’Agence des normes et de la qualité, qui sera présente à la prochaine réunion de Garoua en décembre.
Recommandations et perspectives
L’assemblée s’est conclue sur une note ambitieuse avec l’adoption de plusieurs recommandations :
· Mise en place de la plateforme GAC en version anglaise pour une interopérabilité totale avec les acteurs nigérians, et signature prochaine d’une convention entre la NARTO et le patronat des transports.
· Respect strict du tonnage des marchandises pour préserver les infrastructures routières.
· Organisation d’une réunion de suivi à Garoua (Cameroun) en décembre 2026, impliquant cette fois les autorités des deux pays : douanes, conseils des chargeurs, polices, gendarmeries, syndicats, ministères du commerce, des transports et de l’administration territoriale.
C’est sur une note de satisfaction générale, après la traditionnelle photo de famille, que les délégations se sont séparées, convaincues que l’avenir des échanges transfrontaliers passe par cette synergie renforcée entre le Cameroun et le Nigeria.

