SOCIETE

Journée de réflexion sur le génocide des Tutsis : La CDHC salue les efforts du Cameroun contre les discours de haine et appelle à la vigilance

Written by Annette Olinga


À l’occasion de la commémoration de la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) a rendu publique une déclaration solennelle ce lundi 7 avril 2026. Dans ce document, l’institution nationale de promotion et de protection des droits humains que dirige le Pr. James Mouangue Kobila, appelle à une mobilisation générale contre la résurgence des discours de haine et du tribalisme, tout en saluant les initiatives récentes des pouvoirs publics et de la société civile camerounaise.

Placée sous le thème onusien « Se souvenir. S’unir. Se renouveler » et le thème complémentaire de l’UNESCO axé sur « Le rôle de l’éducation, de la mémoire et du dialogue intergénérationnel », cette édition 2026 revêt une importance particulière dans le contexte sociopolitique national marqué par des tensions identitaires.

Un appel à la tolérance zéro face au crime de génocide

Dans sa déclaration, la Commission présidée par une institution indépendante souligne que cette journée vise à « mobiliser l’ensemble des acteurs de la scène internationale autour d’une action concertée et coordonnée en vue de prévenir le crime de génocide qui constitue une menace majeure pour l’humanité ». La CDHC insiste sur le lien intrinsèque entre la prévention des génocides et la lutte contre la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants, rappelant que ces violences extrêmes sont souvent les prémices ou les corollaires des atrocités de masse.

La Commission accueille favorablement la convergence des thématiques retenues par les Nations Unies et l’UNESCO, qui participent selon elle d’une même dynamique : « Faire vivre le devoir de mémoire, promouvoir une culture de paix et prévenir la récurrence des atrocités de masse”

Le Cameroun en action : Du discours présidentiel aux initiatives numériques

La déclaration de la CDHC met en lumière plusieurs avancées significatives enregistrées au Cameroun dans la lutte contre les discours de haine tribale. L’institution salue en premier lieu le message à la Nation du 31 décembre 2025 du Président Paul Biya, dans lequel le Chef de l’État avait « insisté sur la nécessité d’intensifier nos efforts collectifs, pour promouvoir le vivre ensemble et consolider l’unité nationale, face au repli identitaire et aux discours de haine qui inondent l’espace médiatique ».

La CDHC note avec satisfaction l’appel du Chef de l’État à une « reprise en main vigoureuse » des pouvoirs publics face à l’impunité dans ce domaine.

Par ailleurs, la Commission tient à saluer le dynamisme des Organisations de la Société Civile (OSC) . Elle cite en exemple le lancement, le 18 février 2026 à Bafoussam, de la campagne numérique « Stop Hate Speech 237 » portée par l’association Youth for Peace Cameroon. Cette initiative vise à sensibiliser les jeunes internautes à la responsabilité en ligne et à promouvoir des discours inclusifs sur les réseaux sociaux, identifiés comme des vecteurs majeurs de radicalisation.

La visite du Pape Léon XIV : Un symbole d’espérance pour la paix

Dans un élan d’optimisme prudent, la CDHC a tenu à saluer la prochaine visite apostolique de Sa Sainteté le Pape Léon XIV au Cameroun, prévue du 15 au 18 avril 2026. L’institution y voit « un voyage hautement symbolique et porteur d’espérance », en particulier la Rencontre pour la paix programmée le 16 avril en la Cathédrale Saint-Joseph de Bamenda.

« Cette initiative empreinte de spiritualité et de dialogue témoigne de l’engagement constant en faveur de la réconciliation, de la cohésion sociale et de la promotion d’une paix durable dans les Régions en proie à l’insécurité », souligne la déclaration, en référence aux crises qui secouent les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Des sujets de préoccupation persistants

Malgré ce tableau encourageant, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun ne cache pas ses inquiétudes face à des foyers de tension encore actifs.

Conflits intercommunautaires : La CDHC demeure « préoccupée par la persistance des conflits intercommunautaires », évoquant notamment l’incendie et la destruction de maisons survenus le 13 février 2026 dans le village Mbat, Département du Donga-Mantung. Ces violences, imputées à des milices d’éleveurs Mbororo, s’inscrivent dans le cadre récurrent des litiges entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades liés aux incursions de bétail dans les plantations.

Éducation à la paix : La Commission relève avec insistance « l’insuffisante intégration de l’éducation à la paix, à la tolérance et au vivre-ensemble harmonieux dans les programmes scolaires ». Elle déplore la persistance de stéréotypes en milieu éducatif, facteurs susceptibles de « fragiliser durablement la cohésion sociale ».

Le suivi des recommandations internationales

La CDHC rappelle également l’obligation de rendre compte au niveau international. Sur les 220 recommandations acceptées par l’État du Cameroun lors du 4e cycle de l’Examen Périodique Universel (EPU) le 26 mars 2024, sept concernent directement la préservation de la paix et la sanction des auteurs de violences. La Commission indique avoir procédé à la ventilation de ces recommandations auprès des structures étatiques et des OSC concernées.

Recommandations aux parents : L’éducation au cœur de la prévention

En conclusion de sa déclaration, la CDHC réitère avec force les recommandations formulées lors de l’édition 2025, adressées spécifiquement aux parents, qu’elle considère comme le premier rempart contre la haine.

La Commission appelle ainsi les familles à :

· Dissuader les enfants, dès le plus jeune âge, de recourir aux injures et propos haineux, en réprimant systématiquement ces comportements.
· Inculquer à la progéniture les valeurs de diversité, d’inclusion, de solidarité, de respect mutuel, d’amour, d’interculturalité, d’égalité des droits et d’acceptation de l’autre.

« La mémoire des victimes du génocide des Tutsis nous commande de rester vigilants et de faire de l’éducation familiale le socle d’une nation camerounaise unie et tolérante », peut-on lire en substance dans ce plaidoyer.

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