Pour la première fois de son histoire, la Société internationale d’éthique des affaires (ISBEE) a choisi l’Afrique subsaharienne pour organiser son congrès mondial quadriennal. C’est à Yaoundé, au Cameroun, que s’est officiellement ouvert ce 14 juillet 2026 le 8e Congrès mondial de l’ISBEE, placé sous le thème : « Repenser l’éthique des affaires du point de vue des pays du Sud : Perspectives locales, impact global “. La cérémonie d’ouverture, qui s’est tenue en présence de nombreuses personnalités dont le recteur de l’Université catholique d’Afrique centrale, Thomas Tchoungui, et l’ambassadrice de Suisse au Cameroun, Nathalie Kholi, a donné le ton d’une rencontre résolument tournée vers la déconstruction des cadres établis.
Un congrès pour décoloniser le discours sur l’éthique des affaires
Dans son discours présidentiel, Florian Wettstein, président de l’ISBEE et professeur à l’Université de Saint-Gall, a justifié le choix du Cameroun par la volonté de déplacer le centre de gravité des débats. Il a souligné que le discours international sur l’éthique des affaires, comme tout discours scientifique global, est « fortement dominé par une perspective particulière, celle du Nord global ». L’objectif n’est pas d’apporter des solutions toutes faites, mais de « problématiser » ce discours, d’en interroger les hypothèses et d’ouvrir la voie à des dialogues « plus holistiques et plus complets ». Pour Thierry Ngosso, coordinateur du congrès et chercheur à l’Université catholique d’Afrique centrale et à l’Université de Saint-Gall, il s’agit d’enrichir – et non de remplacer – la réflexion globale en l’ancrant dans les réalités, les besoins et les sensibilités des populations du Sud. « Ce congrès essaie de commencer une nouvelle conversation sur la manière dont nous devons produire même ces savoirs, et en particulier dans le domaine de l’éthique économique et de l’éthique des affaires ».
Une programmation riche et une diversité inédite
Pendant quatre jours, du 14 au 17 juillet, ce sont près d’une vingtaine de panels d’experts qui se sont succédé sur le campus d’Ekounou, réunissant des chercheurs venus de tous les continents : Afrique, Amérique, Europe et Asie. La diversité géographique des participants, voulue comme un gage de justice épistémique, visait à faciliter la contribution des Suds globaux sur un sujet aussi épineux. Les débats ont abordé des thématiques aussi variées que la colonialité de la responsabilité sociale des entreprises, le leadership éthique en période de turbulences, ou encore la sagesse des philosophies du Sud – Ubuntu, Buen Vivir – pour pérenniser la pratique de l’éthique des affaires. Des tables rondes ont également exploré les défis du pouvoir, de la politique et de la richesse en Afrique, tandis que d’autres sessions ont questionné la décolonisation de l’enseignement de l’éthique dans les écoles de commerce.

Un appel à l’apprentissage mutuel
Au-delà des échanges académiques, ce congrès a incarné une véritable démarche d’humilité intellectuelle. Comme l’a rappelé Florian Wettstein, « nous ne venons pas ici en espérant que les gens et les universitaires locaux adoptent quoi que ce soit. Je pense que nous venons ici pour apprendre du Cameroun ». L’enjeu est de faire en sorte que les participants repartent dans leurs pays respectifs « avec de nouvelles idées ». L’organisation d’un village académique favorisant les échanges informels, les présentations culturelles et même la projection de la demi-finale de la Coupe du monde a renforcé cette atmosphère de convivialité et d’immersion dans l’hospitalité africaine. En choisissant Yaoundé, l’ISBEE a non seulement déplacé son congrès, mais a aussi posé un jalon décisif dans la construction d’une éthique des affaires véritablement globale, attentive aux voix longtemps marginalisées.

