C’est ce 28 juillet 2026 à Yaoundé que le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, a officiellement ouvert le séminaire de lancement des activités de préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027. Placé sous le thème « Le budget de l’État face aux défis du renforcement de la qualité des services des investissements publics, en vue de la stimulation de la croissance et l’amélioration des conditions de vie des populations », cet atelier de réflexion réunit l’ensemble des acteurs gouvernementaux chargés de la programmation budgétaire. L’objectif affiché est de procéder à un diagnostic approfondi de la performance des investissements réalisés lors des exercices antérieurs, dont les effets multiplicateurs attendus en matière de développement et de réduction de la pauvreté n’ont pas toujours été au rendez-vous. En cause : une lenteur dans l’exécution des projets, une détérioration rapide des infrastructures et une insuffisance notoire des crédits alloués à leur entretien, qui compromettent la durabilité des ouvrages et leur contribution effective au bien-être des populations.

Face à ce constat, le ministre a invité les administrations à repenser en profondeur l’ensemble du cycle de l’investissement public, depuis la sélection et la maturation des projets jusqu’à leur financement et leur maintenance. Il s’agit désormais de budgétiser des actions qui visent la pleine fonctionnalité des équipements à réaliser, afin d’induire une croissance économique plus forte et mieux partagée entre toutes les composantes de la société. Pour y parvenir, plusieurs défis structurels ont été identifiés comme prioritaires : intensifier la production locale des produits de première nécessité pour réduire le déficit commercial et renforcer la sécurité alimentaire, restaurer l’équilibre financier du secteur énergétique et finaliser le plan de redressement des entreprises publiques comme la SONARA, accélérer la réforme foncière pour catalyser les investissements privés, poursuivre le vaste programme de renforcement des infrastructures routières et de transport, moderniser l’administration publique et réduire son train de vie, renforcer les mécanismes de soutien aux couches vulnérables, et approfondir la décentralisation par une allocation plus équitable des ressources aux communes et aux régions.

Dans un contexte marqué par la rareté des ressources budgétaires, Louis Paul Motazé a appelé à un choix judicieux des actions à mener. Il a ainsi préconisé l’intensification du plan intégré d’import-substitution agro-pastorale et halieutique, dont les premiers résultats sont déjà perceptibles, en vue de le faire basculer vers une échelle agro-industrielle. Il a également insisté sur la poursuite du plan d’impulsion initiale et d’autres initiatives destinées à accélérer la transformation structurelle du pays, le renforcement de l’offre énergétique à travers des projets structurants comme la centrale hydroélectrique de Kikot ou les compacts énergie et eau, la reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest touchées par la crise, la mise en service des grands projets portuaires, routiers et autoroutiers, ainsi que l’extension de la couverture santé universelle à toutes les couches de la population.
Cependant, ces urgences en matière d’investissement se heurtent à d’importantes charges courantes qui pèsent lourdement sur les ressources de l’État. Parmi celles-ci figurent la sécurisation des zones en crise et la reconstruction, la prise en charge des loyers de l’État dont les inscriptions budgétaires restent inférieures à la facture annuelle des redevances liées aux partenariats public-privé, et surtout le service de la dette publique, qui représente environ un tiers de l’ensemble des recettes budgétaires. À cela s’ajoute l’urgence de procéder au règlement des arriérés de l’État vis-à-vis des entreprises, afin de renforcer leur trésorerie et leur capacité à contribuer à l’effort fiscal. Pour préserver l’équilibre des finances publiques face à la baisse progressive des recettes pétrolières, le ministre a souligné la nécessité d’accroître les recettes internes non pétrolières en élargissant l’assiette fiscale, sans sacrifier l’efficacité de la politique d’import-substitution, tout en scrutant de nouvelles sources de financement, notamment dans le cadre des fonds climat et environnement, et en rationalisant la dépense publique.
En matière de gestion des investissements, l’orientation forte est claire : prioriser l’achèvement des projets en cours plutôt que de lancer de nouveaux chantiers, afin de tirer rapidement les bénéfices socio-économiques attendus. La programmation de nouvelles opérations devra désormais reposer sur une analyse approfondie de leur cohérence avec les objectifs de développement et de leur maturité institutionnelle et opérationnelle. Quant aux dépenses de fonctionnement, elles devront être évaluées sur une base réelle, en intégrant les efforts d’assainissement du fichier solde de l’État, les gains issus de l’application AUGURE, et l’audit en cours des allocations familiales. Pour concrétiser ces orientations, le séminaire a prévu cinq thématiques majeures : l’évaluation des recommandations issues du séminaire précédent, le contexte macroéconomique et les orientations budgétaires, l’efficacité de l’état de service des investissements publics, l’amélioration du processus d’élaboration du budget, et enfin un état des lieux des outils d’accompagnement des administrations sectorielles. En exhortant les participants à une participation active et au respect strict des directives présidentielles, Louis Paul Motazé a conclu en exprimant sa conviction que ces assises permettront de produire un projet de loi de finances 2027 répondant aux normes de qualité exigées par la réforme des finances publiques, et apportant satisfaction à l’ensemble des parties prenantes.

